Bretagne
Me voici en
Bretagne. Ciel clair, quoique pommelé de quelques blancs cumulus dont le
passage par moments adoucit la chaleur du soleil. D’emblée il y a cet air plus
léger, plus vivifiant, ces odeurs de plantes et de mer et c’est un bonheur...
Arrivé à notre
petit appartement en début d’après-midi nous avons attendu l’approche du soir
au soleil moins violent, à la lumière plus belle, à la plage rendue plus vaste
par le départ de la majorité des plagistes pour descendre jusqu’à la mer. Ce n’est
pas loin la plage, on y va sans y penser habituellement, et bien là non, appuyé
sur ma canne, traînant la jambe, ça ne m’a pas paru si prés, et longue m’a
parue ensuite la marche en dévers dans le sable dans lequel on enfonce, avec
cette pente modeste pourtant et ses micro dunes pour aller jusqu’à l’endroit où
nous voulions nous poser. J’ai posé ma canne à l’extrême bord de l’eau et
sploutch. L’eau est bonne, plus tiède que bien d’autres étés, on y rentre
facilement, je nage, je barbote plutôt car malgré cet allégement du poids de la
pesanteur que confère l’immersion je ne suis pas très à l’aise, ma nage n’a pas
sa fluidité habituelle, le mouvement de la brasse avec les jambes est
impossible, j’arrive un peu à pratiquer les battement de pieds mais avec précaution
et sans ampleur, je me mets sur le dos, ça va mieux, j’essaie d’être tout à
fait là, je regarde le ciel, la ligne de sable, les vaguelettes autour de moi,
j’ai un peu de mal à oublier cette patte que je traîne, en sortant je ne
pourrais que m’affaler sur le sable, pas question de ces marches si agréables
le long de l’immense plage ou des promenades sur les chemins qui parcourent le
polder en arrière de la dune dont nous avons l’habitude.
J’ai un peu de mal
avec ça. Je savais naturellement tout ce que je ne pourrais pas faire. Je m’y
attendais. Je m’étais mis en disposition mentale d’accueillir cette dépendance
et ces incapacités. Certes mais c’est autre chose de les découvrir dans le
concret de chaque heure.
Je suis toujours dans l’apprentissage de la patience, si apprentissage il peut y avoir…
(Ecrit le 28 Juillet)