Chambre à part
Une insomnie
encore. L’écriture vient donner sens au
temps vide de l’absence, de l’attente lorsqu’on je n’en peux plus des rêveries
hésitantes, des pensées tournoyantes, et lorsque je n’ai pas l’appétence de
lire après l’avoir trop fait déjà au cours de ces journées. Je m’agitais tant
et tant (difficultés à trouver une bonne position, impatience dans les jambes,
besoin de me lever) que Constance qui n’arrivait pas plus à dormir à fini par
passer dans l’autre pièce me laissant pour moi seul le grand lit, la lumière
allumée si je veux, la possibilité d’aller et venir sans déranger, la
possibilité par exemple comme je viens de le faire de m’approcher de la
fenêtre, d’ouvrir les volets, et de respirer pendant un long moment un morceau
de nuit fraîche et apaisante…
C’est elle ce coup ci qui a quitté le lit
conjugal. A Paris, depuis mon accident, c’est moi qui l’avait fait, par
obligation d’abord (difficulté à monter à l’étage à cause de ma blessure) puis
par confort ensuite (fraîcheur mieux maintenue en bas). Mais ça va au-delà de
ce confort immédiat. Je me suis senti mieux de cet éloignement nocturne :
plus libre de moi. De plus en plus j’apprécie mon lit à moi, comme
j’apprécierai ma pièce à moi, et comme j’apprécierai (moins réaliste et
réalisable !) mon pied à terre, proche mais distinct, mon lieu où me
retirer quand j’en éprouve le besoin. Ce qui ne voudrait pas dire que le lit
commun, la pièce commune n’aurait plus sa place mais qu’elle ne serait plus un
cadre obligé, mais une option choisie quand l’envie s’en ferait sentir.
Est-ce le processus enclenché pour aboutir, de façon assumée et claire, à faire chambre à part?
(Ecrit le 30 Juillet)