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Les échos de Valclair
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9 janvier 2007

Mon année cinéma

Je ne fais pas de palmarès comme je l’avais tenté en 2004 ou déjà évité en 2005 mais j’aime bien quand même jeter un regard rétrospectif sur les films vus pendant l’année.

Je me refuse à les classer : on aime des films pour des raisons tellement différentes ! Ce qui est plus intéressant c’est de voir les films qui laissent trace, qui continuent à vivre en nous, cristallisent dans le souvenir alors que certains s’effacent totalement. J’ai relu mes listes de 2004 et de 2005, il y a parmi les films cités certains dont je suis incapable de dire même de quoi ils parlent et dont je n’ai plus la moindre image. Ce qui a quelquechose d’effrayant quant à la fragilité du souvenir. Il reste si peu de choses de tout ce que nous croyons emmagasiner.

Hier j’ai regardé à la télévision le DVD de « Juliette des Esprits » de Fellini. J’étais convaincu de ne pas l’avoir vu. J’ai tenu jusqu’au bout accroché par quelques images flamboyantes, quelques traits brillants ou drôles mais sinon j’ai trouvé ce film est artificiel et lourd, tout ça passe mal aujourd'hui, cette apologie du plaisir, cette allégorie de la libération, cette psychanalyse de bazar. Vers la fin du film seulement je me suis dit : tout ça me rappelle quelquechose et j’ai bien dû me convaincre qu’en effet je l’avais vu ! Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’avait guère laissé trace pour être effacé à ce point. Ça m’est déjà arrivé dans d’autres cas de ne plus me souvenir à la lecture du titre que j’avais déjà vu tel ou tel film mais en général dès les premières images, dans le premier quart d’heure en tout cas, je les remets, là il m’a fallu attendre la toute fin.

De la cinquantaine de films que j’ai vu cette année il me semble que resteront plus que d’autres et dans des registres tout à fait différents : « Le Caïman », « Volver », « Little Miss Sunshine », « Le voyage en Arménie », « La raison du plus faible », « Lady Chatterley ». J’ai beaucoup apprécié quantité d’autres films que j’ai évoqués au moment où je les ai vus mais je suis frappé aussi que certains dont la critique avait fait grand cas et que j’avais trouvé pas mal comme « Lord of war », « Le vent se lève », ou « le Nouveau Monde » se soient déjà pas mal éloignés, cela ne m’étonne pas tellement, j’avais bien ressenti en les voyant qu’ils ne touchaient pas en moi des fibres émotionnelles profondes malgré leur qualités incontestables.

Mais je veux profiter de cette entrée pour évoquer trois films parmi ceux que j’ai vu à la fin de l’année dernière et que j’ai bien apprécié :

Il y a d’abord « The last show », un beau film choral comme Altmann était si habile à les réaliser, entremêlant avec maestria des personnages nombreux et divers, des anecdotes, des numéros de music hall et des chansons. Le film évoque la dernière séance d’un show radiodiffusé dans un petit théâtre de province que des requins de la finance viennent de racheter. Le show est totalement ringard et en devient parfois fort drôle, les personnages qui le composent sont plutôt minables mais au fond tendres et émouvants. Les acteurs sont excellents en particulier Garisson Keillor, le meneur de jeu qui a une époustouflante capacité à changer de registre. En réalité il ne fait que jouer son propre rôle puisqu’il est animateur d’un show radiophonique bien réel auquel le film emprunte une bonne partie de ses contenus. Bref c’est un plaisir, un festival pétillant, un hommage à la vie malgré la nostalgie qui émane forcément du film qui évoque une dernière fois, la fin d’un monde, un film où la mort est très présente à plusieurs titres et qui est d’autant plus émouvant qu’il est un adieu puisque Altmann est mort au moment même de la diffusion de son film. C’est un bel adieu qu’il nous a offert.

J’ai apprécié aussi « La faute à Fidel ». Il montre au début des années 70 les réactions d’une gamine délurée face au brutal basculement de ses parents d’origine très bourgeoise devenus sur fond d’unité populaire au Chili et de franquisme agonisant de très actifs militants. Les adultes sont un brin caricaturaux et les acteurs adultes pas très convaincants mais les enfants eux sont absolument craquants, très drôles et percutants, le film se situe vraiment à leur hauteur et c’est ce qui fait son intérêt. Il y a peut-être là beaucoup de souvenirs d’enfance de la réalisatrice qui est le fille de Costa-Gavras.

Enfin j’ai beaucoup aimé aussi « L’intouchable ». Jeanne une jeune femme actrice mal dans sa peau apprend le jour d’un anniversaire particulièrement sinistre que son père qu’elle ne connaît pas est un intouchable indien, rencontre de hasard de sa mère au cours d’un voyage. Jeanne alors n’a de cesse de retrouver ce père, quoiqu’il puisse lui en coûter pour s’en donner les moyens. La caméra la suit dans sa quête, il y a peu de mots, ils seraient superflus, on la suit monnayant son corps dans un film malgré son dégoût pour financer son voyage, dialoguant dans l’avion avec un intouchable philosophe, noyée dans la foule de Calcutta, s’approchant des bûchers de Bénarès, entrant dans une famille indienne. Elle finit par apercevoir de loin l’homme en question, il lui suffit de l’avoir vu, elle n’a pas besoin de l’arrêter et de discuter avec lui, quelquechose s’est dénouée en elle, on sent que la vie peut redémarrer pour elle, allégée d’un grand poids d’ombre. Le film est parfois pénible à suivre, très glauque au début, il devient fatiguant lorsque la caméra zigzagante suit au plus près et longuement la jeune femme dans la foule indienne mais ces moyens précisément expriment tout à fait la subjectivité du personnage et lui confèrent sa force. Je n’aime pas trop en général l’actrice Isild le Besco, je ne sais trop pourquoi, il y a quelquechose dans son visage, dans sa mimique qui me gêne, il y a plus sûrement une certaine distance, une certaine froideur dont il me semble qu’elle ne se départit jamais et qui fait qu’on a du mal à adhérer à ses personnages. Mais ici je trouve qu’elle colle très bien au rôle, à cette voyageuse à la fois absente, lointaine, et en même temps terriblement présente à elle-même, à sa quête essentielle. C’est un film qui n’est pas facile mais qui laisse au final une forte impression.

Allez au cinéma. Allez voir des films comme ceux-ci qui ne tiennent pas longtemps le devant de l’affiche. Un article du Monde pointait récemment que la bonne santé apparente du cinéma français reposait sur le grand succès de quelques films très médiatisés mais que les créations originales plus discrètes avaient au contraire vu leur public réduit cette année ce qui n’est pas sans conséquence sur les financements donc sur la richesse de la création à venir. Je remarque par exemple avec tristesse que le très beau et très émouvant « Lady Chatterley » qui par son thème comme par sa réalisation n’a rien d’un film à vocation confidentielle a déjà quasiment disparu des écrans.


intouchable


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