Les érotiques de Rodin
J’ai vu hier l’exposition
« Figures d’Eros » au Musée Rodin dont je dois dire qu’elle m’a un
peu déçue. Il y a certes de belles choses. Parfois la grâce d’un trait léger,
comme à peine esquissé, une tâche de couleur suffisent à conférer une intense
présence et émeuvent. Mais dans l’ensemble j’ai trouvé que l’exposition ne
répondait pas à ce que j’en attendais, telle du moins que j’avais pu l’imaginer
par les 3T de Télérama : « une présentation qui ensoleille notre
hiver… le tumulte des aquarelles bleues et roses, la danse de traits allègres
et heureux… non un enfer mais un paradis charnel… une émotive floraison fragile
et animale, un régal évidemment »
Or je trouve que
l’impression qui se dégage contrairement à tout ce que j’ai lu n’est pas si
heureuse que ça. On n’y ressent pas la présence d’un érotisme solaire, d’une
affirmation panthéiste de la vie que je m’attendais sans doute à tort à y
trouver à la façon dont elle s’affirme chez Picasso par exemple. J’y vois ici
plus la fascination du regard sur les lignes d’un corps ou d’une pose parfois
quasi acrobatique que la traduction et l’accompagnement d’un mouvement dans sa
fraîcheur et sa vitalité. Ce ne sont pas non plus les corps contemplés dans
leur plénitude, dans l’affirmation tranquille d’eux-mêmes. Ils portent parfois
même les stigmates d’une dissociation douloureuse ou les traces d’une
inquiétude : corps s’absentant, se diluant quasiment dans le fond du
dessin, tâche sanglante ou pieuvre menaçante à la hauteur du sexe. Les visages sont
absents ou réduits à leur plus simple expression. Rarement se devine la
présence de la jouissance féminine, or c’est elle qui, pour moi en tout cas,
peut conférer un caractère vraiment érotique à une image (ou alors il faut que
se devinent des histoires, alimentant des fantasmes, comme chez Balthus par
exemple ). J’ai l’impression qu’on en reste ici au regard fasciné du
dessinateur, happé par un coin d’anatomie, plus que par la vibration d’ensemble
du corps, par l’expression du visage ou par le ravissement d’un regard, là où
s’inscrit justement la présence de la jouissance.
Pour autant je ne regrette
nullement d’avoir vu cette exposition, elle est belle tout de même, disons
qu’elle n’a pas accompli toutes les attentes que j’en avais conçu.
Et puis il faut dire aussi
que j’ai eu le plaisir de la voir avec une amie chère, nous avons prolongé
notre visite par une promenade dans le parc, ce lieu merveilleux de paix et de
silence en plein Paris, avec ce dôme des Invalides tout proche brillant de ses
ors sur fond de ciel gris, avec cette branche délicate d’un arbuste osant
fleurir au cœur de l’hiver puis ensuite avec ce long moment d’échange profond
et tendre que nous avons eu dans la cafétéria qui est au bout du parc. On s’en
doute, ça ne gâte rien !