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Les échos de Valclair
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11 février 2007

"Lettre à D."

Réveil très matinal encore cette nuit. J’ai pris le livre d’André Gorz acheté la veille et l’ai lu d’une traite avant le lever du jour. Il se lit vite, c’est un petit livre, un tout petit livre, tout juste 75 pages. Mais c’est un beau livre, très émouvant. Gorz arrivant dans le grand âge, écrit à sa femme, à l’amour de sa vie et se faisant donne des clés de ce très bel amour au long cours.

Cette lettre est d’abord un bel hommage à sa femme, peut-être ce texte existe-t-il avant tout pour cela, comme remords, comme réparation d’un autre texte écrit bien plus tôt et dans lequel il avait le sentiment d’avoir été injuste à son égard.

Car c’est cet engagement avec elle qui a été pour lui « le ressort d’une conversion existentielle ». Cette femme forte et vivante l’a aidé, l’a porté même sans doute, c’est grâce à elle, grâce à l’acceptation totale qu’elle avait de lui, y compris dans ses humeurs sombres, dans ses enfermements dans l’écriture et dans la théorie, grâce aussi aux encouragements et à la collaboration active qu’elle lui a apporté qu’il a pu devenir ce qu’il a été et qu’il a pu participer si activement à la vie intellectuelle de son temps. Lorsqu’elle a commencé à être physiquement diminuée à la suite d’une intervention médicale dont les conséquences n’avaient pas été mesurées puis d’un cancer surmonté, Gorz entreprend une réévaluation de sa propre vie, il prend sa retraite, ils s’installent à la campagne dans un lieu où ils se sentent plus proches de la nature et de l’essentiel et plus centrés sur leur vie commune. C’est de ce lieu où ils vivent depuis plus de vingt ans qu’il peut écrire :

« Tu viens juste d’avoir quatre-vingt deux ans. Tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinq-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais ».

Chapeau ai-je envie de dire, même si, je le sais, chaque histoire est différente.

J’ai repris le bouquin cet après-midi au moment d’écrire cette note, j’ai eu envie plutôt que de le commenter longuement de retranscrire quelques citations qui font écho en moi :

« Nous avions beau être profondément dissemblables, nous partagions quelquechose de fondamental, une sorte de blessure originaire : l’expérience de l’insécurité… Pour toi comme pour moi elle signifiait que nous n’avions pas dans le monde de place assurée, nous n’aurons que celle que nous nous ferions… Nous avions besoin de créer l’un par l’autre, la place dans le monde qui nous a été originellement déniée. Mais pour cela il fallait que notre amour aussi soit un pacte pour la vie » (p 17 et 19)

« J’avais l’impression de n’avoir pas vécu ma vie, de l’avoir toujours observée à distance, de n’avoir développé qu’un seul côté de moi-même et d’être pauvre en tant que personne. Tu étais et avais toujours été plus riche que moi, tu t’es épanouie dans toute tes dimensions de plein pied dans ta vie tandis que j’avais toujours été pressé de passer à la tâche suivante comme si notre vie n’allait réellement commencer que plus tard » (p 72) (Dans le même ordre d’idée p 46 : « tu te développais sans ces prothèses psychiques que sont les doctrines, théories et systèmes de pensée »)

Et ceci sur ce que signifie un engagement de couple :

Aux objections que Gorz pouvait avoir quant au sens d’un engagement de long terme, la réponse de D. était la suivante : « si tu t’unis à quelqu'un pour la vie, vous mettez votre vie en commun et omettez de faire ce qui divise ou contrarie votre union. La construction de votre couple est votre projet commun. Vous n’aurez jamais fini de le confirmer, de l’adapter, de le réorienter en fonction de situations changeantes » (p 22)

Cette citation tout à coup me mène loin !

Car voilà qui évidemment fait tilt dans ma problématique actuelle ! Je réalise depuis un certain temps que jamais n’a été posé explicitement dans mon couple cette idée qu’il s’agissait d’un projet commun à construire de façon continue et consciente. Il y a eu d’abord l’amour amoureux d’où est venu progressivement l’évidence simple de se mettre à habiter ensemble, puis cette envie partagée, ressentie elle aussi comme une évidence au bout d’un moment, d’avoir un enfant puis deux, la volonté qui en est résulté de nous offrir et de leur offrir un cadre de vie paisible et harmonieux, de les élever correctement... Mon couple a fonctionné ainsi, plutôt bien d’ailleurs, mais comme sur sa lancée, d’évidences en évidences, sans jamais se questionner sur ce qu’il était lui-même en tant que couple.

Face aux effets de l’usure inévitable du temps j’évoquais dans diverses précédentes entrées ce besoin que je ressentais désormais de parler avec mon épouse pour « refonder le contrat ». Or je réalise que nous ne l’avons jamais fondé ce contrat autrement qu’implicitement, que nous ne l’avons jamais explicité et que à fortiori évidemment nous n’avons jamais songé à le travailler dans la durée.

Et est-ce un hasard, si cette discussion là aussi était très présente et presque dans les mêmes termes et avant que je lise ce livre, vendredi dans l’échange que nous avons eu avec l’amie chère dans le parc du Musée Rodin …

Que de convergences soudain !

Qu'en ferais-je?


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Commentaires
M
oui,un accord tacite que chacun finit par interprêter de façon individuelle ... ce n'est même plus un accord mais deux cheminements paralléles ...<br /> converge ! il est toujours temps ...<br /> il faut que les chemins se croisent à nouveau.
P
J'ai lu dans je ne sais plus quel livre une idée qui me paraissait intéressante: se retrouver une fois par an pour renégocier le contrat de vie conjugale. Voir ce qui va bien, ce qui pose problème, en parler très franchement et trouver comment prolonger le contrat... ou pas.<br /> <br /> Comme tu le signales je crois qu'on ne pose jamais vraiment ce contrat dans un couple, se contentant d'un accord tacite dont finalement aucun terme n'a été clairement posé. pas étonnant qu'un jour on constate des points de divergence...
Les échos de Valclair
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