Ma plume est sèche!
J’ai pu faire un ricochet
l’autre nuit, grâce en soit rendue à une insomnie (souvent au milieu de la nuit
les mots me viennent vite, me viennent bien) mais à part cela je n’ai aucune
envie d’écrire. Pourtant le temps très médiocre n’incite guère aux grandes
randonnées à la journée (ben oui, on est dans le midi, il pleut, c’est en
région parisienne et dans le Nord qu’il fait un temps superbe ces jours
ci !), on se contente de brèves balades pour prendre l’air et ça me laisse
théoriquement de longs moments qui seraient propices à l’écriture. Il y a des
tas de choses dont j’aimerais parler, dont j’ai pensé parler : « ça
tiens, c’est un sujet, j’ai des choses à dire là-dessus » mais ma flemme
l’emporte. Je me laisse vivre au fil du train-train des jours, je me lève plus
tard qu’à mon habitude et en plus je fais des siestes, je bouquine beaucoup
dans tous les sens, des livres de ma pile à lire amenés de Paris mais je zappe
aussi dans des bouquins redécouverts qui dorment depuis longtemps dans la
bibliothèque de la maison. Accompagnant souvent mon père, je participe sans
hâte à la vie d’ici, les achats bavards chez les petits commerçants, les
papotages assez ras de trottoir avec de vieilles voisines, de vieilles
cousines. Il y a mille petites tâches d’entretien ou de rangement à faire dans
cette maison trop souvent fermée. Le soir je regarde même un peu la télévision
en famille. Finalement avec tout ça les journées passent vite.
A certains moments je me
dis : je vais m’y mettre, je vais écrire. Mais non je ne le fais pas. Je
le fais ce soir peut-être juste pour me dédouaner. Et bien oui bien sûr il y a
des choses dont tu aurais voulu parler, que tu aurais voulu garder en les
structurant en mots (tenter de garder !) et que tu laisses passer. Ce
n’est pas grave. C’est comme ça. Cette écriture n’est pas une obligation.
Laisse toi aller à ta « vacance » pendant ton temps de
« vacances » si tel est ton besoin.
J’aurais voulu parler des
films que j’ai vus à Paris ces derniers temps pour en garder mémoire et surtout
de celui sur l’aventure des Lip vu juste avant mon départ de Paris, j’aurais
voulu parler de cet autre temps du capitalisme et de combats qui semblaient
pouvoir être gagnés, j’aurais voulu dire tout ce que j’ai trouvé de lumineux dans
les visages vieillis des protagonistes de l’époque, j’aurais voulu parler de ce
que film a réveillé de souvenirs en moi et de ma nostalgie...
J’aurais voulu parler de
« Un roman russe », le très beau livre d’Emmanuel Carrère dont je
viens d’achever la lecture et dont j’avais commencé en le lisant un
commentaire, j’aurais voulu parler de la richesse de ces histoires emmêlés,
parler de la quête d’identité qui s’y effectue et du beau témoignage d’amour à
la mère qui s’y exprime au final, j’aurais voulu parler aussi des liens
étranges, pervers et dangereux qui se nouent entre le récit et la vie elle-même
et qui ne sont pas sans me faire penser aux risques que prend le diariste en
ligne lorsqu’il fait parfois jouer au récit de sa vie dans son immédiateté un rôle
aux conséquences peu prévisibles...
J’aurais voulu parler de mon
arrivée ici, de cette ambivalence toujours face à ce lieu, face à cette maison
qu’à la fois j’aime, dont j’aimerais faire quelquechose mais qui, lorsqu’on
l’ouvre en arrivant, pèse tellement de son poids de silence, de vies éteintes.
Les fantômes de mes grands parents y planent encore, presque rien n’a bougé,
les meubles, les bibelots, tout est pareil, simplement à chaque visite on
constate telle ou telle dégradation nouvelle, il faudrait transformer des
choses en profondeur, le mobilier, la destination des pièces pour inscrire ici
de nouvelles couches de vie…
J’aurais voulu parler de
cette présence en famille, de ce que je lui trouve de précieux mais de pesant
aussi. Quand Papa a su que nous envisagions d’aller passer quelques jours dans
la maison de ses parents, il a souhaité venir avec nous. Même si avec Constance
nous aurions préféré des vacances où nous soyons plus présents seuls à
nous-mêmes, il n’était pas question de lui refuser ce plaisir qui est de
surcroît aussi un plaisir pour nous, pour moi en tout cas. Combien d’années
cela sera-t-il encore possible de telles promenades en commun, de tels moments
partagés ? Et du coup on a pris l’option famille, on a proposé à la maman
de Constance de venir aussi, puis Bilbo et un de ces copains sont arrivés, il y
a de l’intendance du coup, des dépendances mutuelles, ce n’est pas cette
légèreté dont Constance et moi aurions sûrement eu besoin…
Voilà, au moins en aurais-je fait cette entrée résumé, à défaut des développements qui tournaient dans ma tête!
(Ecrit samedi 14 avril)