Mon petit Toulouse-carnet
Hier je me suis échappé de
mon cadre familial pour m’offrir une petite parenthèse blogosphérique à
Toulouse, j’y ai vu trois blogamies. Ainsi à coup de rencontres duelles
successives je me suis fait mon petit Toulouse-carnet personnel.
Sortant du car j’ai retrouvé
Samantdi, j’ai été prendre un café chez elle, j’y ai fait la connaissance du
célèbre Coloc et de Nini, la douce chatte qui partage aussi « La vie
commune ». Samantdi on ne la présente plus. C’est une star à sa manière,
dans les cercles que nous partageons. Ses registres d’écriture sont si
multiples qu’elle touche bien des gens aux intérêts très variés, moi ce que
j’aime c’est justement cette capacité qu’elle a de nous promener d’un jour à
l’autre sur des chemins si divers de réflexion, d’émotion, de fantaisie, avec
une verve jamais démentie (c’est curieux, écrivant cela tout à coup je ressens
qu’au delà de différences abyssales de temps et de mondes sociaux, elle partage
quelquechose avec ma grand mère toulousaine, cette verve peut-être, pourrait-on
parler « de verve méridionale » ou serait-ce un poncif ?).
Samantdi en tout cas c’est cette humeur gaie si communicative, ce sourire et
ces rires qui ont le don de vous mettre du soleil au cœur.
D’ailleurs c’est bien
simple, sortant de chez elle, un vaillant soleil enfin inondait les rues après
cette semaine toute grise !
J’ai traversé rapidement le
centre ville pour rejoindre mon second rendez-vous marqué lui du sceau de
l’imprévisible. Viendrait-elle ? Car c’est Cassymary que je devais
rencontrer et, vous le savez si vous la lisez, pour Cassymary rencontrer des
gens nouveaux ce n’est pas mais alors pas du tout évident. Il nous fallait un
lieu de rendez-vous en terrain ouvert, nous avions choisi les bords de Garonne au
pied de la place de la Daurade. Je suis pile à l’heure, je fais le tour une
première fois, je n’ai pas le temps de m’inquiéter de sa venue car la voici qui
s’avance vers moi, foulard jaune de reconnaissance en bandoulière, petit salut
de la main, un échange de regards et de sourires, voilà, nous nous sommes
reconnus. Nous marchons le long du quai pour nous éloigner de lieux trop
envahis en cette première journée de bonne chaleur, nous parlons, les mots
coulent sans peine, les miens comme les siens, je sens qu’elle se détend peu à
peu, nous nous asseyons un moment, parlons plus au cœur de nous mêmes puis
reprenons notre marche, nous faisons un arrêt sous les merveilleuses palmes de
l’église des Jacobins puis nous allons nous asseoir à une terrasse de café tranquille,
prolongeant à plaisir notre entretien. Je sens qu’elle se sent bien et moi je
me sens bien de la sentir bien, je suis heureux d’être l’occasion pour elle
d’une petite victoire. Mais je suis heureux pour moi aussi, pour le plaisir de
la rencontre, pour ce qu’elle m’apporte à moi dans ce qu’elle me dit, dans ce
qu’elle m’apprend, dans ce qu’elle me fait comprendre pour moi-même en me
parlant d’elle. Je pense ainsi à ces mots que je veux dire depuis si longtemps
dans mon couple mais qui se dérobent, me font défaut d’une façon toute
physique, s’étranglant dans mon gosier, s’effaçant sur mes lèvres même. Ce
qu’elle me dit de son expérience sur la dissociation entre ce que veut la tête
et ce que veut, ce qu’autorise le corps m’éclaire, je n’avais pas vu les choses
sous cet angle là. L’après-midi finissait lorsque nous nous sommes quittés…
Ensuite j’ai rejoint le
domicile de Miss Poulpi chez qui j’allais dîner et qui m’accueille avec sa
chaleur habituelle. Nos cercles et fréquentations blogosphériques ne sont pas
les mêmes mais j’avais eu l’occasion de la rencontrer par l’intermédiaire de
Coumarine lorsque j’étais venu ici au mois d’octobre dernier. J’aime ses mots,
ils reposent sur un fond de désespérance mais à travers les allusions, les
métaphores et grâce à de belles fulgurances d’écriture, souvent ils touchent
justes, au profond de détresses que chacun un moment ou l’autre peut partager.
Mais chez Poulpi l’encre des mots se dissout dans l’eau, elle revendique le
droit à l’éphémère, ce qu’elle a concrétisée en effaçant plusieurs blogs
successifs, certains sans en garder trace, et en ne laissant désormais en ligne
que les sept entrées les plus récentes. Moi je sens derrière ces éphémérides la
possibilité de quelquechose qui pourrait faire « œuvre » et donner
sens aux mots au-delà de la vivacité de leur surgissement. Nous parlons de ça
entre autres et de mille choses encore dans la nuit tombée…
J’ai eu un peu de mal à
m’endormir ensuite, passent en moi les mots, les regards, les présences de ces
trois personnes si différentes, si riches d’humanité. Comment aurais-je pu sans
les blogs, sans ce que nous avons mutuellement découverts de nous-mêmes en nous
lisant, entrer si vite et de plein pied dans une communication tournée d’emblée
vers l’essentiel, faisant l’économie de ces relations superficielles qui sont la
plus grande part des échanges que nous avons lorsque nous sommes abrités
derrière nos personnages, avant que ne se fende l’armure. La blogovie ce n’est
pas un enfermement dans le virtuel, c’est au contraire un accélérateur de vie
réelle.
Le matin je me suis levé
tôt. J’ai eu plaisir à marcher dans la fraîcheur d’une belle journée neuve.
Pour rejoindre la gare, j’ai fait un détour par le quartier du Boulingrin, je
suis entré dans la rue de Fleurance. Numéro quatre : c’était la maison de
mes grands parents, il y a très, très longtemps, avant qu’ils n’acquièrent au
moment de leur retraite la maison où nous séjournons en ce moment. Je contemple
la façade pendant un moment, rien ne semble avoir changé, c’est la maison telle
qu’en elle-même il y a cinquante ans, cette façade de briques roses, le porche,
les fenêtres, les soupiraux de la cave. Je voudrais franchir le porche, voir la
cour, la dépendance au fond qui servait de garage, le grenier dont l’ouverture
donnait directement sur le vide, un endroit où nous aimions ma sœur et moi
venir nous poster au grand dam de ma grand mère qui avait peur que nous
tombions. Et me reviennent dans la foulée des promenades au Grand-Rond, les
colonnes jumelles avec la louve et le chien, la peur que me faisait cette louve
que je refusais de trop regarder, mes essais sur mon vélo d’enfant, les petites
roues que l’on avait enlevées, cette chute que j’avais faite, ma grand mère
nettoyant les gravillons sur mes genoux écorchés et me disant pour me consoler
cette phrase au sens mystérieux, qui m’avait paru si étrange et que j’entends
encore : « c’est le métier qui rentre »… Tiens ça ferait du joli
ricochet ça lorsque j’atteindrais ces temps lointains de la fin des années
cinquante !
J’ai pris mon train.
Constance et mon père m’attendait à la petite gare. Nous avions décidé de faire
une randonnée dans le secteur profitant du beau temps enfin revenu. Quinze
kilomètres dans les collines du Lauragais, le vert printanier des blés, l’éclat
jaune des colzas, les bouquets mauves des lilas sauvages dans les haies, les
tapis de pâquerette sur certains chemins, le pique-nique à l’ombre au rebord
d’une colline, le soleil et la chaleur progressivement plus fortes, ça commence
même à picoter sur la nuque et les bras nus, l’ambiance a totalement changé, là
ça sent les vacances, les vraies, enfin…
Zut, demain, à la première heure on ferme la maison et retour vers Paris…
(Ecrit jeudi 19 avril)