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Les échos de Valclair
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21 avril 2007

Mon petit Toulouse-carnet

Hier je me suis échappé de mon cadre familial pour m’offrir une petite parenthèse blogosphérique à Toulouse, j’y ai vu trois blogamies. Ainsi à coup de rencontres duelles successives je me suis fait mon petit Toulouse-carnet personnel.

Sortant du car j’ai retrouvé Samantdi, j’ai été prendre un café chez elle, j’y ai fait la connaissance du célèbre Coloc et de Nini, la douce chatte qui partage aussi « La vie commune ». Samantdi on ne la présente plus. C’est une star à sa manière, dans les cercles que nous partageons. Ses registres d’écriture sont si multiples qu’elle touche bien des gens aux intérêts très variés, moi ce que j’aime c’est justement cette capacité qu’elle a de nous promener d’un jour à l’autre sur des chemins si divers de réflexion, d’émotion, de fantaisie, avec une verve jamais démentie (c’est curieux, écrivant cela tout à coup je ressens qu’au delà de différences abyssales de temps et de mondes sociaux, elle partage quelquechose avec ma grand mère toulousaine, cette verve peut-être, pourrait-on parler « de verve méridionale » ou serait-ce un poncif ?). Samantdi en tout cas c’est cette humeur gaie si communicative, ce sourire et ces rires qui ont le don de vous mettre du soleil au cœur.

D’ailleurs c’est bien simple, sortant de chez elle, un vaillant soleil enfin inondait les rues après cette semaine toute grise !

J’ai traversé rapidement le centre ville pour rejoindre mon second rendez-vous marqué lui du sceau de l’imprévisible. Viendrait-elle ? Car c’est Cassymary que je devais rencontrer et, vous le savez si vous la lisez, pour Cassymary rencontrer des gens nouveaux ce n’est pas mais alors pas du tout évident. Il nous fallait un lieu de rendez-vous en terrain ouvert, nous avions choisi les bords de Garonne au pied de la place de la Daurade. Je suis pile à l’heure, je fais le tour une première fois, je n’ai pas le temps de m’inquiéter de sa venue car la voici qui s’avance vers moi, foulard jaune de reconnaissance en bandoulière, petit salut de la main, un échange de regards et de sourires, voilà, nous nous sommes reconnus. Nous marchons le long du quai pour nous éloigner de lieux trop envahis en cette première journée de bonne chaleur, nous parlons, les mots coulent sans peine, les miens comme les siens, je sens qu’elle se détend peu à peu, nous nous asseyons un moment, parlons plus au cœur de nous mêmes puis reprenons notre marche, nous faisons un arrêt sous les merveilleuses palmes de l’église des Jacobins puis nous allons nous asseoir à une terrasse de café tranquille, prolongeant à plaisir notre entretien. Je sens qu’elle se sent bien et moi je me sens bien de la sentir bien, je suis heureux d’être l’occasion pour elle d’une petite victoire. Mais je suis heureux pour moi aussi, pour le plaisir de la rencontre, pour ce qu’elle m’apporte à moi dans ce qu’elle me dit, dans ce qu’elle m’apprend, dans ce qu’elle me fait comprendre pour moi-même en me parlant d’elle. Je pense ainsi à ces mots que je veux dire depuis si longtemps dans mon couple mais qui se dérobent, me font défaut d’une façon toute physique, s’étranglant dans mon gosier, s’effaçant sur mes lèvres même. Ce qu’elle me dit de son expérience sur la dissociation entre ce que veut la tête et ce que veut, ce qu’autorise le corps m’éclaire, je n’avais pas vu les choses sous cet angle là. L’après-midi finissait lorsque nous nous sommes quittés…

Ensuite j’ai rejoint le domicile de Miss Poulpi chez qui j’allais dîner et qui m’accueille avec sa chaleur habituelle. Nos cercles et fréquentations blogosphériques ne sont pas les mêmes mais j’avais eu l’occasion de la rencontrer par l’intermédiaire de Coumarine lorsque j’étais venu ici au mois d’octobre dernier. J’aime ses mots, ils reposent sur un fond de désespérance mais à travers les allusions, les métaphores et grâce à de belles fulgurances d’écriture, souvent ils touchent justes, au profond de détresses que chacun un moment ou l’autre peut partager. Mais chez Poulpi l’encre des mots se dissout dans l’eau, elle revendique le droit à l’éphémère, ce qu’elle a concrétisée en effaçant plusieurs blogs successifs, certains sans en garder trace, et en ne laissant désormais en ligne que les sept entrées les plus récentes. Moi je sens derrière ces éphémérides la possibilité de quelquechose qui pourrait faire « œuvre » et donner sens aux mots au-delà de la vivacité de leur surgissement. Nous parlons de ça entre autres et de mille choses encore dans la nuit tombée…

J’ai eu un peu de mal à m’endormir ensuite, passent en moi les mots, les regards, les présences de ces trois personnes si différentes, si riches d’humanité. Comment aurais-je pu sans les blogs, sans ce que nous avons mutuellement découverts de nous-mêmes en nous lisant, entrer si vite et de plein pied dans une communication tournée d’emblée vers l’essentiel, faisant l’économie de ces relations superficielles qui sont la plus grande part des échanges que nous avons lorsque nous sommes abrités derrière nos personnages, avant que ne se fende l’armure. La blogovie ce n’est pas un enfermement dans le virtuel, c’est au contraire un accélérateur de vie réelle.

Le matin je me suis levé tôt. J’ai eu plaisir à marcher dans la fraîcheur d’une belle journée neuve. Pour rejoindre la gare, j’ai fait un détour par le quartier du Boulingrin, je suis entré dans la rue de Fleurance. Numéro quatre : c’était la maison de mes grands parents, il y a très, très longtemps, avant qu’ils n’acquièrent au moment de leur retraite la maison où nous séjournons en ce moment. Je contemple la façade pendant un moment, rien ne semble avoir changé, c’est la maison telle qu’en elle-même il y a cinquante ans, cette façade de briques roses, le porche, les fenêtres, les soupiraux de la cave. Je voudrais franchir le porche, voir la cour, la dépendance au fond qui servait de garage, le grenier dont l’ouverture donnait directement sur le vide, un endroit où nous aimions ma sœur et moi venir nous poster au grand dam de ma grand mère qui avait peur que nous tombions. Et me reviennent dans la foulée des promenades au Grand-Rond, les colonnes jumelles avec la louve et le chien, la peur que me faisait cette louve que je refusais de trop regarder, mes essais sur mon vélo d’enfant, les petites roues que l’on avait enlevées, cette chute que j’avais faite, ma grand mère nettoyant les gravillons sur mes genoux écorchés et me disant pour me consoler cette phrase au sens mystérieux, qui m’avait paru si étrange et que j’entends encore : « c’est le métier qui rentre »… Tiens ça ferait du joli ricochet ça lorsque j’atteindrais ces temps lointains de la fin des années cinquante !

J’ai pris mon train. Constance et mon père m’attendait à la petite gare. Nous avions décidé de faire une randonnée dans le secteur profitant du beau temps enfin revenu. Quinze kilomètres dans les collines du Lauragais, le vert printanier des blés, l’éclat jaune des colzas, les bouquets mauves des lilas sauvages dans les haies, les tapis de pâquerette sur certains chemins, le pique-nique à l’ombre au rebord d’une colline, le soleil et la chaleur progressivement plus fortes, ça commence même à picoter sur la nuque et les bras nus, l’ambiance a totalement changé, là ça sent les vacances, les vraies, enfin…

Zut, demain, à la première heure on ferme la maison et retour vers Paris…

(Ecrit jeudi 19 avril)

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Commentaires
V
Merci de ces précisions JSP mais c'est vrai que pour moi ces statues sont avant tout une image enfantine à la signification de laquelle je ne m'étais jamais attaché.
J
Bonjour.<br /> <br /> J'essaie de comprendre pourquoi la statue de la chienne est prise pour un chien, alors que sur la statue de la chienne on peut voir nettement que celle ci allaite les chiots qu'elle a gardés, elle regarde avec tristesse et agressivité la louve qui a deux chiots qui doivent appartenir à la chienne. Un des chiots sous la louve est sculpté entièrement l'autre est suggéré sous des branches et des feuilles. La "signification" de ces deux statues est liée à l'histoire de la France après 1870, la chienne représente la France, la louve représente la Prusse (l'Allemagne) les chiots représentent les provinces de la France, les deux chiots que garde la louve représentent l'Alsace et la Lorraine perdues par la France lors de la guerre de 1870. À cette époque les nouvelles très deux grandes rues percées à Toulouse prennent des noms liés à ces provinces, la rue d'Alsace-Lorraine, et la rue de Metz, mais il y a aussi le boulevard de Strasbourg.
F
Un accélérateur de vie réelle. Ca c'est vraiment une bonne définition !
C
Merci à toi de m'avoir aidée à "affronter". Tu sais maintenant à quel point c'est important pour moi toutes ces victoires. Alors champagne :o)
S
Notre petite entrevue m'a fait bien plaisir. Je te souhaite un bon retour à Paris...
Les échos de Valclair
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