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Les échos de Valclair
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19 mai 2007

Un someone carnet

Jeudi de l’ascension, jour férié de printemps, jour idéal pour une escapade à la campagne, on s’imagine sous les arbres des bois proches, allongé dans l’herbe après le pique-nique, chapeau sur les yeux, sous les chants d’oiseaux…

Mais jour gris, pluvieux, venteux…

Mais jour précieux, jour heureux...

C’est que l’objectif de mon excursion vers une banlieue lointaine au bout d’une ligne de RER, n’était pas la promenade bucolique mais bien la rencontre avec quelques unes des personnes qui sont parmi celles qui comptent dans mon blogomonde. Il s’agit pour plusieurs d’entre elles de blogueuses discrètes qui ne cherchent pas à développer leur lectorat, se tiennent à l’écart des rassemblements, qui ne commentent guère en dehors de leur petite blogobulle, ne souhaitent pas apparaître dans les listes de liens.

C’est l’amie chère qui avait conviée chez elle quelques ami(e)s venu(e)s de la région parisienne, de plusieurs coins de France et même de l’étranger. Il y a eu d’abord ce plaisir d’arriver chez elle. Rencontrer une personne pour la première fois à une terrasse de café c’est déjà passer du virtuel au réel. Mais la rencontrer chez elle, la voir dans son cadre quotidien et ses meubles, parmi ses livres et les objets accrochés sur ses murs, croiser ses enfants, cela rajoute encore un élément de réalité, c’est une autre part qui se révèle qui complète, approfondit l’image.

Beaucoup ici se rencontraient pour la première fois, certaines personnes se connaissaient déjà ou du moins s’étaient un peu croisées, entre d’autres préexistaient des amitiés plus intimes, comme c’est en général le cas dans ce genre de rencontre. Mais les contacts entre tous se sont établis rapidement, agréablement, gaiement et nous ont conduit aussi très vite à des échanges profonds. Sans doute était-ce d’autant plus naturel que se trouvait ici une part de la blogosphère très engagée dans le décodage de l’intime, dans lesquels la part de l’émotionnel est très forte, certains de ces blogs tiennent ou ont tenu une place quasi ou totalement thérapeutique dans l’économie de vie des personnes. C’est toujours fascinant de voir à quel point on embraye rapidement sur des sujets que l’on aborde si difficilement avec nos relations et même avec la plupart des amis de la vie courante, fussent-ils de vingt ans. Plusieurs des sujet évoqués m’ont donné l’idée ou l’envie d’un billet dont déjà j’imaginais les titres : « Il faut qu’un blog soit ouvert ou fermé », « Le Meetic des intellectuels », « Thérapie en ligne ? »… Rassurez-vous ! Rien ne dit que je les écrirai. Ce n’est pas un programme de travail, mais c’est mon deuxième moi, ce personnage réflexif qui m’observe pendant que je vis en se disant : « Qu’en dirais-je ? », c’est ce que j’appelle mon symptôme de Trigorine, ce personnage d’écrivain gentiment ridicule, avec son éternel petit carnet (dans « La Mouette » je crois).

La taille du groupe est adaptée aussi, pas trop nombreuse, permettant que tous nous tenions autour d’une table pas trop grande, où la discussion peut rester pleinement collective, où chacun peut entendre chacun.

Le temps passe. On va on vient entre le dehors et le dedans au gré des envies des fumeuses. On passe de la table à des moments devant la cheminée à regarder les flammes danser, à se chauffer un moment à la chaleur du feu. On s’avance dans la profondeur de la nuit. Les discussions pourtant ne s’alanguissent pas.

Chaque mode de rencontre entre blogueurs a sa fonction. Il y a les grandes assemblées, type Paris-carnet. J’y suis passé à quelques occasions. C’est ce que j’aime le moins tout de même. Je ne m’y sens pas à l’aise d’emblée, trop de monde, trop d’inconnus. Cela permet sans doute d’élargir son horizon, d’avoir de premiers échanges avec certains mais il me semble qu’on y reste avant tout un personnage qui se montre, comme dans les rencontres conventionnelles. Il y a ces « someone carnet » que j’apprécie infiniment plus parce qu’ils rassemblent des personnes choisies par l’invitant(e) et entre lesquels les zones de convergence et d’affinités sont forcément plus nombreuses. Et puis il y a les rencontres duelles. J’aime les rencontres duelles. Ce sont celles où l’on va le plus loin, où l’on a la possibilité d’aller au bout (enfin au bout, non, il reste ce que chacun réserve de lui, volontairement ou pas, il reste l’incompressible mystère de la personne. Heureusement !). Mais elles peuvent combler en tout cas ce qui peut rester frustrant même au sortir de rencontres comme celle de ce jeudi : parce que tout simplement et tout normalement c’est la logique de l’échange de groupe qui l’emporte ici, parce que certains restent plus discrets que d’autres, s’expriment moins et qu’on aimerait les mieux connaître, parce que moi-même je n’ai pas l’art de l’apparté dans les groupes, je l’ai toujours constaté, j’y ai comme une réserve irrationnelle dont je ne sais trop la raison (sembler m’éloigner du groupe, peur d’afficher une connivence particulière)...

L’après-midi et la soirée ont été longues. Et pourtant je n’ai jamais baillé. Au contraire cela a passé vite. Combien de fois dans des repas chez des amis conventionnels je regarde ma montre, je dis à Constance qui souvent est plus résistante que moi (ou plus à l’aise dans les sociabilités superficielles) : « bon, allez, il serait temps qu’on y aille ». L’heure du dernier RER ici est venu très vite, je l’ai laissé passé et j’ai pu profiter heureusement d’une voiture plus tardive. Et lorsqu’on s’est quitté, il me semblait encore que c’était trop tôt. Il y avait un petit pincement à s’arracher à la bulle chaleureuse de cette sorte de famille de cœur.

Comme c’est étrange de pouvoir parler ainsi !

Des personnes que pour certaines je voyais pour la première fois !

Décidément la blog attitude, malgré toutes ses limites, ses illusions, ses chausse-trappe, révolutionne les relations humaines. En bien !

Merci, mille mercis, à notre hôtesse d’avoir rendu cette rencontre possible.

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Commentaires
C
J'ai hate de cette petite excursion prévue en juillet ;-))
V
Ben oui, Nan, faut bien commencer... moi aussi je te lis depuis très peu comme ex nihilo d'ailleurs. C'est ça la vertu de ces rencontres aussi. Elargir nos cercles...<br /> Avec sa contrepartie évidente. On ne peut tout lire. la blogomanie est chronophage. Alors on essaie de trouver son équilibre entre nouvelles découvertes, survol, lecture approfondie, infidélités temporaires ou plus durables, mais la trace restera toujours de ceux qu'ont a croisé vraiment dans leurs mots .
N
Valclair, je l'avoue, c'est la première fois que je te lis. Mais tu as tellement su décrire avec tes mots ce que j'ai ressenti lors de cette journée, et j'ai tellement aimé t'entendre que oui, je reviendrai.<br /> <br /> Blog thérapeutique ? Plus que jamais ! Mais maintenant, tu sais :o)<br /> <br /> Julie se joint à moi pour les bises douces.
P
Quant à moi, ressenti absolument... Pareil ! Faut que les mots se réchauffent et se mettent juste en route ;-)
L
> ex nihilo<br /> "pourvoir" sourire...lapsus?<br /> d'après la définition du dico c'est "fournir à qqun ce qui lui est nécessaire"... moi en tout cas j'espère que tu vas pouvoir pourvoir!<br /> <br /> > valclair<br /> tu vois que j'ai fait des progrès? )))
Les échos de Valclair
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