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Les échos de Valclair
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19 octobre 2007

La grève

Je n’étais pas favorable à la grève d’hier (et d’aujourd'hui aussi d’ailleurs car elle a largement continué et, allant en réunion à l’autre bout de Paris, j’ai pas mal galéré dans le métro).

Bien sûr pour des raisons politiques ça m’aurait titillé de m’y associer et d’aller à la manif sous le beau soleil d’hier, plutôt que de faire le pied de grue dans mon service où c’était calme, calme. Un mouvement si puissant, la joie, dans l’illusion de l’instant, de se sentir fort et groupé contre Sarkozy, la joie de pousser un grand coup de gueule, oui bien sûr tout ça ne m’aurait pas déplu. D’ailleurs de façon plus intime il y a toujours en moi dans mes envies de manifester le fantasme de renouer avec un certain passé. Mais ça, je le sais, c’est parfaitement illusoire. J’ai l’impression d’avoir souvent ces dernières années fait grève ou manifesté, sans être en accord profond avec ce pourquoi j’étais censé me mobiliser (à l’exception notable de la manif anti Le Pen de 2002). Bien sûr je me cherchais toutes les bonnes raisons de protester mais, au fond, sans en être tout à fait conscient, c’était surtout par nostalgie. Pas étonnant alors que j’en sois revenu souvent avec un goût de cendre dans la bouche. Je me suis totalement reconnu dans quelques pages du « Cercle fermé » de Jonathan Coe où est évoqué un sentiment similaire.

En tout cas, cette grève ci, je sais que je n’ai pas envie de la soutenir. L’argument principal en est bien la défense des régimes spéciaux même si comme chaque fois, pour ratisser large, d’autres revendications sont mises en avant. Or je suis pour une réforme des régimes spéciaux, comme de façon générale je suis pour l’assouplissement de tout ce qu’il y a de très figé dans une organisation sociale basée sur des statuts, des corps, des grades. C’est protecteur certes. Mais derrière la protection il y a une part d’infantilisation. Et j’en parle pour moi aussi, parfois je me dis que le cocon de la fonction publique a sûrement contribué à mon immobilisme, ce n’est pas un hasard que je l’ai choisi.

Le vrai problème concernant les retraites est bien celui de la pénibilité qui est évidente dans certains postes mais pas pour tous les salariés de ces entreprises. La pénibilité elle est présente et parfois de façon bien pire dans d’autres métiers et dans des statuts moins protégés. Ce qu’il faudrait c’est accroître les possibilités d’évolution vers d’autres postes en fin de carrière, rendre plus facile la mobilité, qu’elle soit la règle et non l’exception. Plutôt que de partir en retraite avant les autres il faudrait que les roulants puissent et soient incités à faire autre chose. Et pas qu’eux d’ailleurs. Une institutrice de maternelle qui arrive dans sa cinquantaine peut se sentir épuisée par ce qu’il y a de très physique dans le fait de tenir, d’intéresser, d’entraîner une troupe de 30 gamins de 4/5 ans. Bien sûr on dira qu’il est possible d’évoluer, certains le font. Mais il n’empêche que les statuts précisément ne facilitent pas la mobilité, ils confortent plutôt la continuité des carrières dans les mêmes entreprises ou administrations.

Autour de cette question des régimes spéciaux s’est greffé tout un patchwork de revendications diverses de « défense du service public ». Toute proposition de réforme, de réorganisation ou de rationalisation quelle qu’elle soit est présentée comme mauvaise, comme l’expression d’une volonté de « casse » du service public. C’est vrai qu’il y a de la casse mais il y a aussi bien des choses qui ont un sérieux besoin de réforme, y compris contre les intérêts catégoriels de certains. Je me suis senti agacé pour le moins par le ton du tract qui dans mon service appelait à s’associer au mouvement. Quelle langue de bois ! Quel pur langage de dénonciation ! Un véritable inventaire à la Prévert de ce qu’il faut dénoncer, c’est à dire tout. Franchement la fusion des services de Bercy et du Trésor est-ce bien , est-ce mal, je n’en sais fichtrement rien mais j’en ai marre de voir poser à priori sans le moindre argument que ça ne peut être que mauvais.

Et puis il y a quand même le problème de ce genre de grève qui pèsent sur des usagers qui n’en peuvent mais. Ça fait réac de le dire mais c’est vrai pourtant. Ça aurait peut-être un sens d’essayer de penser les relations sociales autrement.

Il y a d’autres aspects dans la politique de Sarko qui me choquent infiniment plus que cette réforme des régimes spéciaux. Il y a cet autoritarisme, ce comportement d’empereur au petit pied, cette nervosité et cette frénésie qui font peur, dont on peut se demander où elle peuvent conduire en cas de déstabilisation majeure. Il y a cette complaisance sans mélange pour l’argent et les riches, cette affirmation des valeurs du fric et de la concurrence plutôt que de celles de la coopération et de la solidarité, exprimées dans les amitiés et traduites dans des mesures bien concrètes, du paquet fiscal à la dépénalisation de la vie des affaires. De ce point de vue je comprends d’ailleurs très bien la réactivité de ceux qui se voient arrachés le peu d’avantages qu’ils avaient. Pour faire accepter des réformes il faudrait aussi faire preuve d’équité, ne pas donner aux plus riches tandis qu’on retire aux plus modestes.

Et puis il y a ces lois répressives et de contrôle social accru, il y a surtout cette grave affaire d’utilisation des tests ADN pour établir une filiation, ce texte maintenu envers et contre tout pour flatter la part la plus droitière de l’électorat et des troupes sarkozistes. On dira que le projet de loi a été amendé, que l’utilisation des tests est tellement encadrée qu’en fait ils seront rarement mis en œuvre. Certes. Mais enfin le texte n’a pas été retiré. Le principe est maintenu. Et c’est grave.

Mais ce n’est pas là-dessus qu’on manifeste en masse !

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Commentaires
V
Tiens Pivoine tu as posté ton com pendant que j'écrivais ma propre réponse.<br /> D'accord avec ce que tu dis à propos du travail, toute la différence entre travail contraint, travail choisi, ça va aussi un peu dans le sens de ce que je viens de répondre à Antagonisme
V
Bien sûr Berlioz il y a tout le reste je suis parfaitement ton regard, il me mène au même endroit que le tien, cette politique est faite pour les riches.<br /> Mais je ne pense pas néanmoins que sur le plan des retraites on puisse imaginer garder et améliorer tout ce qui a été acquis comme tu le dis, ça me parait normal d'être actif plus longtemps le tout est de savoir comment, c'est pour ça que j'insistais sur la mobilité, la possibilité de faire d'autres choses dans sa vie.<br /> Mais c'est sûr que ce gouverneemnt là avec ses cadeaux fiscaux et tutti quanti est particulièrement mal placé pour imposer ça, je comprends l'exaspération de ceux qui se sentent attaqués même si je ne la partage pas.<br /> <br /> Antagonisme je suis assez d'accord avec ce que tu dis. D'ailleurs le mot de "retraite" en lui même est assez effrayant. Peut-être faut-il remplacer travail par activité. Il est évident pour moi que si je commence à lorgner sérieusement vers la "retraite" (et à espérer qu'on n'en sera pas à 42 ou 44 annuités quand je pourrai la prendre) c'est parce que j'ai quantité d'autres projets que je mène d'ailleurs déjà partiellement en les gérant tant bien que mal à côté de mon boulot à temps plein. C'est en ce sens que je parlais de favoriser vraiment la mobilité par exemple en offrant des facilités pour permettre d'aller travailler quelques temps dans une association, pourquoi pas des mécanismes pour permettre de partir plus tôt en contre-partie d'activités associatives, je suis sûr qu'il y a plein de choses à imaginer pour contribuer à la fluidité de la société et au bien être des gens à travers des activités qui les motivent et dans lesquelles ils se montreraient sans doute plus efficaces et "productifs" pour prendre un mot à la mode que dans un boulot dont ils sont lassés.
P
je sais difficilement discuter du problème rencontré en France, mais toute proportion gardée, on rencontre les mêmes en Belgique. L'âge à la retraite a été repoussé: à 65 ans pour tout le monde (avant les hommes prenaient leur retraite à 65 et les femmes à 60). Et l'on reparle d'ailleurs toujours de repousser l'âge à la retraite. <br /> <br /> En général, les grèves concernent les services publics ou les métiers où il y a des commissions paritaires solidement constituées, ou des syndicats très dynamiques, fût-ce des syndicats plutôt de 'métiers' ex. dans l'associatif... L'ordre des médecins, le para-médical... Et effectivement, c'est l'usager qui est directement pénalisé. Généralement, les lois passent envers et contre tout, majorité contre oppotion, c'est trop tard qu'on manifeste, quand le mal est fait, et c'est avant des élections qu'il faudrait agir et réagir, mais quoi? Le problème est le même en France et en Belgique, la société se libéralise ou va en majorité (même serrée) de préférence vers la droite libérale. <br /> <br /> En effet, Val, quel sens cela-a-t-il d'encore militer au sens où on l'entendait dans les années 70. Mais cela a probablement du sens de militer autrement, comment, je ne sais pas très bien... En écrivant, c'est déjà quelque chose. C'est mince, mais l'écriture est aussi une militance et nous donne la possibilité de défendre nos idées... Ou de les confronter au débat, même si c'est dans une blogobulle. <br /> <br /> Concernant le travail, il faudrait qu'on s'entende un jour sur cette notion de travail. Je n'ai pas d'emploi... Je veux dire chez un employeur, pour le moment. Cela ne veut pas dire que je reste sans rien faire. En l'occurrence, si je travaillais, comme prof ou comme employée, je n'aurais plus un gramme à de temps à consacrer à ce que j'apprends en ce moment (et dont, je le reconnais, j'espère un jour tirer quelque chose). <br /> <br /> Pourquoi faut-il toujours que par travail, on entende service ou contrat où l'on est l'employé exécutant pour une direction toute puissante? <br /> <br /> Franchement, quel bénéfice y a-t-il a travailler comme employée sous-payée, occupée à temps plein (j'ai encore connu le temps plein de 40 heures semaine), où les relations humaines consistent surtout à du tirage dans les pattes ? <br /> <br /> Quel bénéfice y a-t-il à craindre sans arrêt de perdre son boulot, à être confronté à des harcèlements divers, voire au 'fear management' (management par la terreur). Par contre, le travail ou tout autre revenu de remplacement est indispensable pour continuer de manger, de pouvoir assurer le quotidien et même un peu plus. Mais sauf boulot exceptionnel et passionnant, pour ce qui est de l'épanouissement, je suis très sceptique... <br /> <br /> Voilà quelques réflexions en passant. <br /> <br /> Pauvre France, la potion sarkozienne est amère à boire, mais faut bien se dire qu'il faudra la boire jusqu'à la lie. Comme nous notre jus d'oranges bleues si elle arrive au jour... Un jour.
A
Tout à fait d'accord avec toi relativement aux retraites; il y a aussi autre chose dont personne ne parle, je me demande si je suis la seule à le penser; peut-être est-ce parce que je vis à l'étranger et que ma vie est agréable, mais je trouve que c'est bien de travailler. Je m'explique. Indépendamment du fait qu'on en a matériellement besoin, je me suis plusieurs fois retrouvé en situation de ne pas travailler, de n'avoir aucune activité, et j'ai trouvé cela affreux. Le travail permet de rencontrer d'autres personnes, de réfléchir, parler, bouger, et de rester vivant. Evidemment, chez certaines personnes, il y a une lassitude du travail, du service, des collègues; par exemple je crois que c'est ton cas; cette lassitude fait peut-être espérer l'arrivée de la retraite. Mais je ne crois pas que ce soit une bonne chose. Peut-être faut-il essayer de trouver un autre travail, quoiqu'en France en ce moment, on a plutôt envie de garder son poste, l'avenir étant plutôt sombre. Il faudrait, plutôt, essayer de faire en sorte que les gens perçoivent le travail comme un plus plutôt que comme une contrainte. Je veux dire que les gens ressentent le besoin detravailler, comme essentiel à leur développement, plutôt que comme une nécessité économique; les seules personnes qui en sont conscientes, ce sont, je pense, les chômeurs, qui se retrouvent en marge, et savent comme c'est dur. Pour toutes ces raisons, je ne vois pas pourquoi c'est affreux d'augmenter l'âge de la retraite. On dirait que "travailler plus longtemps" c'est un cauchemar; mais, comme tu dis, certains emplois épuisants ou usants pourraient être remplacés par d'autres; j'imagine bien qu'il faudrait réformer plein de choses pour cela. Ma remarque vaut surtout pour l'état d'esprit : travailler, c'est bien, c'est tonifiant. Ce qu'il faudrait réformer, ou développer, c'est "l'harmonie" dans le travail. Non? je suis seule à penser ça?
B
Il ne faut pas oublier que les caisses de retraites seraient moins vides si<br /> 1) on n'avait pas, à tour de bras, exonéré de charges des emplois sur lesquels les entreprises se sont rués à fin d'économies.<br /> 2) Les entreprises ne viraient pas régulièrement leurs employés les plus âgés, sans doute pour mettre à la place des petits jeunes éxonérés.<br /> 3) Les entreprises ne délocalisaient pas pour tout et pour rien, surtout pour des économies à court terme.<br /> <br /> Réformer, pourquoi pas, quand c'est dans le sens de l'amélioration; quand c'est pour casser systématiquement tous les acquis sociaux depuis 1945, je pense que c'est mauvais et qu'il faut le combattre.<br /> <br /> Dans le même état d'esprit, et je pense que ça éclaire la politique de notre gouvernement, on projette la dépénalisation du droit des affaires et la restriction du pouvoir des juridictions prudhommales. A qui sont destionées ces réformes ? Suivez mon regard...
Les échos de Valclair
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