Parc Montsouris
J’étais seul cet après-midi
avant la fort sympathique soirée qui s’annonce, j’avais des projets de cinéma
mais j’ai trouvé que le ciel était décidément trop bleu, le soleil trop
caressant pour aller m’enfermer dans une salle obscure. J’aurais pu me mettre
sur ma terrasse avec bouquins et carnets, c’est le privilège d’avoir une
terrasse en plein Paris, mais la saison est avancée, le soleil n’y parvient
plus et à l’ombre il fait trop frais. Et puis dehors il y a ce plaisir de voir
la vie qui passe.
J’ai donc pris ma besace et
me suis mis en route vers le parc proche. Les places au soleil sur les bancs
sont chères mais la pelouse est accueillante. Quoique elle soit signalée comme
« au repos » et qu’on ne soit pas censé y poser nos honorables
fessiers, une zone au moins manifestement semble bénéficier de la tolérance des
gardiens.
Ma lecture est certes plus
hachée qu’elle ne l’aurait été à la maison. Il y a mille raisons de lever les
yeux : des gamins qui chahutent, un vol de pigeons qui me frôlent (ils ne
sont pas farouches les pigeons parisiens !), un type qui s’entraîne à
jongler, de belles filles qui passent (il y a toujours de belles filles qui
passent !), ou tout simplement la lente descente tourbillonnante d’une
feuille juste devant mes yeux, une feuille isolée, solitaire, par ce temps
calme et sans vent.
Me reviennent aussi des
pensées de mon grand-père. Lors de son dernier voyage à Paris pour venir voir
ses enfants et petits-enfants, et alors qu’il était malade déjà et se sachant
dans la dernière ligne de sa vie, il était venu un jour déjeuner chez nous et
l’après-midi j’avais fait seul une promenade ici avec lui. Quel mois
était-ce ? La fin du printemps sans doute, j’ai le souvenir non de chaleur
(il n’aurait pas supporté) mais d’une grande douceur. Nous avons fait à pas
précautionneux le tour du petit lac, nous nous sommes assis sur un banc,
restant un moment à observer comme le font les enfants la manège d’une famille
de canards, nous avons observé aussi de près quelques uns des très beaux arbres
de ce parc. Le vieil homme se gorgeait de tout, intensément dans le présent.
C’était quelques mois avant les fameuses gorgées, à l’occasion desquelles
d’ailleurs cet épisode du tour au parc qui était un peu en stand by dans ma
mémoire m’est revenu. Et voici qu’aujourd'hui dans ce moment de promenade
paisible et solitaire, favorable à la rêverie, il se revivifie à nouveau pour
mon plus grand bonheur.
D’écho en écho le passé
nourrit le présent et lui donne toute son épaisseur.
Ecrit sur mon carnet hier dans le parc, vers 16h