Un soupçon de Paris
Paris a ceci de merveilleux
qu’il offre toujours des surprises et que si une activité prévue ne se révèle
pas possible il se trouvera bien au coin d’une rue quelquechose d’inattendu
pour remplacer ce qui s’est dérobé.
Le temps ne semblait pas
vouloir être mauvais ce dimanche en début d’après-midi, j’ai enfourché mon
vélo, en route vers le Marais avec l’idée d’aller à la Maison Européenne de la
Photographie. J’aime bien ce lieu, bien adapté à un temps disponible assez
limité. Le fait qu’y soient présentées en même temps plusieurs expositions
courtes permet d’appréhender plusieurs facettes de la création, plusieurs
mondes en un temps restreint. Seulement j’avais oublié un petit détail, nous
sommes le onze novembre, lequel, comme chacun sait, est un jour férié, ce qui
dans la mesure où nous sommes aussi dimanche m’était tout à fait sorti de la
tête. Et la Maison de la Photo était bel et bien fermée, je n’étais pas le seul
à y débarquer et à me demander pourquoi avant de prendre conscience de la date.
Un peu dépité je me suis
demandé où aller à la place. Je n’avais pas d’envie précise. Alors je me suis
contenté de musarder au gré des rues.
Je suis passé sur le Pont
Saint Louis, lieu merveilleux s’il en est, cœur du cœur de Paris, donnant sur
les îles, l’Hôtel de Ville, le chevet de Notre-Dame. Nous y fumes l’autre jour
n’est-ce pas, dame blonde, mais un bisolet glacé nous a empêché d’en jouir.
Aujourd'hui il faisait moins clair mais plus doux. Il y avait, comme souvent le
week-end, des musiciens ou d’autres saltimbanques en pleine action sur le pont.
Bien souvent c’est gentillet sans plus. On s’arrête quelques minutes, on hume
l’ambiance et basta. Mais aujourd'hui il y avait un groupe de jazz vraiment
bon, les types semblaient si bien ensemble, si heureux de jouer, que c’en
était, au-delà même de la qualité de la musique, un vrai bonheur qui se
communiquait sans peine aux promeneurs nombreux, piétons, cyclistes, skaters,
communiant dans une joyeuse et swinguante ambiance. J’ai arrimé mon vélo moi
aussi. Je me suis posé. Je suis resté là presque une heure. C’était un vrai
concert gratuit. Quel lieu pour chanter « I love Paris » !
Manifestement ces types ont
du métier, ce sont nettement plus que des amateurs et apparemment ce pont est
un de leur lieu de show traditionnel mais personnellement je ne les avais
jamais croisés. Ils distribuaient leur carte : « The Buddy DiColette
Band ».
On peut les retrouver là :
Il y a eu, après qu’ils
aient terminé leur session, un coup de soleil magnifique sur fond de ciel très
noir. Le temps de ressortir mon appareil photo c’était déjà éteint. Il ne m’est
plus resté qu’à reprendre mon vélo vite fait et à pédaler sans mollir pour
arriver à la maison sans être trop trempé, un peu quand même…
Mais ces gars ont su me mettre un joli rayon de soleil dans le cœur ce qui, en l'occurrence, n'était pas mal venu.


