Cas d'école
Bien sûr le blog c’est de la
communication même si au début je pouvais m’imaginer que ce n’était que de
l’écriture pour moi juste déposée dans un espace abstrait, sous les yeux d’un
lectorat lointain et anonyme, sans que ça porte à conséquence.
C’est de l’écriture pour soi
et c’est de la communication, indissociablement.
Et c’est dans la tension
entre ces deux sources que l’écriture doit trouver son chemin, ce qui est
parfois bien compliqué voire périlleux.
Je me suis posé de nouveau ces
questions ces derniers jours et j’ai envie de revenir dessus.
Quand en Bretagne j’ai écrit
le texte « Ambivalence » il est sorti comme une évidence, expression
d’une contradiction ressentie au plus profond. Déjà en l’écrivant puis ensuite
en me relisant je me suis demandé si ce billet allait être pour la mise en
ligne ou pour moi seul, pour le hors ligne rassurant de mon fichier word, tapi
au fond du disque dur de mon ordinateur. Je n’ai pas biaisé son écriture par
cette pensée, je me suis dit, je verrai, je déciderai une fois qu’il sera
écrit. Ce billet je le juge difficile pour l’extérieur parce qu’il me montre
pataugeant dans les mêmes contradictions mille fois dites, parce qu’il peut
donner lieu à de mauvaises interprétations, parce que surtout il met sur la
place publique (enfin, la placette, ne nous exagérons pas la portée de nos
mots !) des éléments relationnels qui ne concernent pas que moi, qui
concernent aussi Constance laquelle est, quoique de façon très soft et
distanciée, mise en quelque sorte en ligne à son insu.
Donc j’ai d’abord penché
pour garder ce billet hors ligne. Mais je réalise que le hors ligne, le hors
communication m’intéresse de moins en moins. Je suis passé par-dessus ma gêne.
Je ne le regrette pas. Je le sens juste ce billet, authentique, il contribue au
portrait qui finalement se trace de moi de fragments en fragments, de facettes
en facettes, portrait bien sûr toujours irrémédiablement partiel et incomplet.
Qu’Ondine avec discrétion écrive en commentaire « touchée plus que je ne
voudrais l’admettre » à soi seul justifierait à mes yeux sa publication
car je me doute bien qu’au-delà d’elle qui s’exprime, ce texte comme beaucoup
qui sont dans le registre dit intime, fait écho de façon personnelle chez
d’autres qui restent silencieux.
Il y aurait aussi la
possibilité, que certains utilisent, du blog bis, réfugié dans un anonymat
mieux défendu, à l’écart du signalement des blogroll, dont l’adresse ne serait
donnée qu’à quelques personnes avec lesquelles se sont nouées des relations de
confiance et où ne viendraient de surcroît que des passants de hasard. Cette
solution intermédiaire ne m’a jamais tentée, il me semble qu’elle crée plus de
problèmes qu’elle n’en résout, ce serait rajouter encore une couche, encore un
niveau de lecture, alors que je vise à construire, à affirmer l’unité de ma
personne au-delà des facettes que j’en donne dans la blogovie, dans la vie
quotidienne ou dans mon personnage social.
Alors sans trop me
compliquer la vie j’ai publié, avec simplicité et sans fausse pudeur.
Mais et c’est ça qui est
intéressant, j’ai éprouvé, sachant que j’allais publier, le besoin d’écrire
aussi l’entrée « Beau temps ». Comme s’il y avait besoin d’une sorte
d’atténuation à ce que j’avais pu écrire quelques jours plus tôt, besoin de dire
« voyez ce n’était pas si mal, ce « côte à côte » tout de même
c’est important ». Ce n’est pas du tout une entrée fausse ou forcée, elle
est authentique, c’est bien ce que j’ai ressenti, mais je ne suis pas sûr que
j’aurais écrit ces quelques mots, en eux-mêmes sans grand intérêt, s’il n’y
avait pas eu cette motivation de compléter l’entrée précédente. J’ai pu sans
doute publier « Ambivalence » parce que pour le lecteur le complément
en serait déjà là au moment même où il en prendrait connaissance, puisque,
éloignement d’internet oblige, mes trois billets de vacance auront été mis en
ligne au même moment.
Ce qui complique encore les
choses, c’est que cette communication est forcément multi adressée. Je le vois
bien si j’analyse à qui « s’adresse » mon récent billet « auprès
de… » : à la blogosphère large à laquelle j’ai plaisir à redonner
accès à ces textes que j’aime bien sur l’amitié amoureuse, à mes blogamis
auxquels je donne de mes nouvelles comme on le faisait parfois autrefois dans
certaines familles par les lettres collectives, à mes plus proches de la
blogobulle qui eux mettront des noms et des visages et des affects sur ma chère
brune et ma chère blonde, à celle enfin qui pour l’heure occupe le plus mes
pensées. L’écriture vient dans l’authenticité, il n’y a pas en elle un mot de
faux, mais tandis que je l’écrivais et de façon inconsciente tous ces
destinataires là étaient présents dans les replis de mon cerveau contribuant à
générer tel mot plutôt que tel autre. Et sans parler d’autre chose encore, un
poil plus pervers pour le coup, l’idée que quelque part peut-être on allait
légèrement « bisquer » à cette lecture, comme on dit gentiment dans
mon pays.
Mais tout ça aussi, surtout,
avec ce paradoxe majeur, terrible qui paraît invraisemblable mais qui est
pourtant, cette incongruité étrange qui fait que les seuls exclus sont ceux
dont on partage le quotidien !
Pessin l’avait très joliment dit en trois traits de crayons (et encore il aurait pu écrire : « je peux savoir ce que tu racontes sur moi ? (ou sur nous), ça en aurait été encore plus percutant !
