Elle et son double
C’était il y a quelque temps
déjà, pendant les vacances de Noël. Un autre croisement de hasard survenu le
week-end dernier en a réactivé le souvenir et m’a donné l’envie de l’évoquer.
Nous avions passé avec
Constance la journée au musée du Quai Branly, associant la visite des
expositions (« Bénin » et « L’aristocrate et ses
cannibales ») avec une nouvelle tentative pour appréhender un peu mieux
les galeries permanentes (mais je suis resté sur ma première impression assez
négative). Nous nous étions posés pour souffler et nous restaurer au café
Branly. A côté de nous il y avait une famille, deux grands-parents, une mère et
ses deux pré-ados, un gars encore petit-garçon et une fille déjà jolie
demoiselle. Les a rejoints une femme d’une quarantaine d’années, à l’allure
plutô juvénile, elle-même maman et qui semble-t-il était la tante des deux
ados, une jolie femme à l’élégance simple, racée, aux cheveux blonds demi longs
tombant en liberté sur ses épaules, à la parole vive et déterminée, plutôt
joyeuse à sa surface mais laissant deviner je ne sais comment un sous-texte
intime moins gai, plus tendu. Ça m’a fait un flash. J’ai cru voir avec une
impressionnante intensité de présence une certaine amie...
Il y avait bien sûr une
grande ressemblance physique. Mais il ne s’agissait pas d’une reproduction à
l’identique, ce n’était ni un clone ni une jumelle homozygote. Et pourtant il y
avait quelque chose d’encore plus fort, que je ne saurai vraiment définir,
quelquechose de l’ordre de l’aura quoique je ne sache pas trop ce que ça peut
vouloir dire. J’ai eu la conviction très forte que cette personne, bien au-delà
de la ressemblance physique, partageait une sorte de communauté de vie, dans
son positionnement culturel, social, et même psychologique, relationnel et
affectif avec la personne qu’elle m’a si intensément rappelée.
Je n’ai guère détaché d’elle
mon regard pendant tout le temps du repas ni mon oreille de ce qu’elle disait
comme pour tenter de percer le mystère. Je ne pense pas qu’elle s’en soit
aperçu, elle était entièrement accaparée par sa propre tablée. Et je continuais
quant à moi à assurer, au travers d’un autre circuit mental, ma présence et mes
paroles auprès de Constance.
Dans l’après-midi nous nous
sommes recroisés dans l’espace d’exposition. Comme par hasard j’ai à ce moment
là fait glisser pendant un petit moment notre propre visite dans ses pas, la
suivant et l’observant à distance.
Bref j’ai été assez
fasciné !
C’est très troublant ce
genre d’impression. Bien sûr il ne s’agit sans doute que d’un fantasme.
L’aurais-je interrogé, sans doute aurais-je trouvé une figure bien différente
de la personne qu’elle m’avait évoqué. N’empêche c’est l’impression que j’ai eu
et qui a perduré, et qui perdure au-delà de l’analyse rationnelle : elle
et elle étaient, ne pouvaient être, même si elles l’ignoraient, qu’en intime
proximité personnelle et affective !
Tiens, en écrivant ceci tout
à coup un souvenir cinématographique me revient. « La double vie de
Véronique » de Kieslowski. Oui ce film étrange peut aider à me faire
comprendre et donner une idée du sentiment qui m’a saisi.