Mon vendredi buissonnier
Quel temps, mais quel
merveilleux temps !
A peine sorti du bureau en
tout début d’après-midi je file vers le Châtelet avec l’idée de voir
l’exposition photo « Couleurs de Paris » à l’Hôtel de Ville. Il y a
une longue queue. Je n’ai absolument pas envie de m’entasser, alors je passe
mon chemin, je vais m’installer dans le petit square coincé entre la voie sur
berge et le bord de la Seine. Dommage d’avoir derrière soi le bruit trépidant
du flot de voitures mais à part ça, quelle beauté, le fleuve, le trafic des
bateaux mouches et des navettes fluviales, les élégantes bâtisses des quais, la
pointe de l’île Saint Louis s’abîmant entre les deux bras de Seine... Bonheur à
être là, face au soleil encore haut et chaud. J’ai posé mon manteau, plaisir à
cette simple légèreté. Je lis « La Fête » de Vailland. Je lis
lentement, une petite goulée de Vailland, un regard sur ce qui m’environne.
« Je veux la fête, pas le spectacle » fait-il dire à son héros Duc.
Je comprends ça très bien moi qui suis tant un homme de regard. Juste à côté de
moi un joli couple amoureux se fait fête à coup de baisers passionnés. Ils sont
là et tellement loin en même temps, tout à leur fête. Moi qui suis du côté du
spectacle je les regarde non sans une pointe de mélancolie…
Sur le Pont Saint-Louis comme
presque toujours par les belles après-midi il y a un groupe de jazz qui joue,
pas le même que la dernière fois mais c’est le même type de musique, la même
ambiance, les vélos qui passent, les gens qui s’arrêtent et s’assoient au bord
du trottoir. Je fais pareil, je m’arrête, je reste un long moment…
Ensuite ! partir à
gauche, partir à droite ? Chaque direction me requiert. Je choisis.
Choisissant je renonce. Il y aurait tellement de possibles, qui tous m’attirent.
Mais l’heure tourne et déjà le soleil baisse. C’était cela qui se discutait
chez Telle hier aussi. Apprendre à ne pas vouloir tout embrasser. Partir à
droite et se détacher de cette envie qu’on avait aussi d’aller à gauche, ne pas
en avoir de regret, être entièrement dans le plaisir de son pas, dans la
direction qu’on a eu finalement l’impulsion de prendre, ne pas accaparer ce
temps présent qui file par l’idée de ce qu’on aurait pu y mettre s’il était
élastique.
Je reprends le bus à Maubert. Embarras de circulation rue Monge à la hauteur de Censier. Un gros accident dirait-on. Cars de police secours et de pompiers sont sur place. Les pompiers prodiguent des soins, penchés sur un corps au milieu de la chaussée que je ne distingue pas mais qui est sans doute très mal en point. Comme un dard me traverse la pensée du fiston qui prend toujours cette rue en vélo pour aller et revenir du lycée. J’imagine tout à coup la terreur que ce serait si c’était lui. Cette fois-ci ou une autre ! Pensée idiote mais pensée qui m’accompagne. Je me retiens de lui téléphoner pour me rassurer. Je n’ai rien dit mais enfin je n’étais pas mécontent quand je l’ai vu rentrer.
(les images sont cliquables)

