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Les échos de Valclair
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16 mai 2008

Mes parents, mai 68 et moi

Pour prolonger ma réflexion sur le livre de Virginie Linhart je me suis interrogé sur mon propre positionnement générationnel vis à vis de Mai 68. Evidemment je suis entre les deux, pas de la génération des parents comme son père Robert, mon premier fils ne naîtra que 15 ans plus tard alors que beaucoup d’eau sera passé sous beaucoup de ponts personnels et politiques, je ne suis pas de la génération des enfants, mes propres parents n’ayant rien de fougueux soixante huitards…

Encore que…

Mon père était un juriste distingué, assez haut fonctionnaire déjà dans un ministère, ma mère ne travaillait pas. Ils étaient d’origine petite bourgeoise, un peu plus possédante du côte de mon père, fils d’un petit industriel, un peu plus « méritocratie républicaine » du côté de ma mère, fille d’ingénieur, petite fille surtout d’une institutrice à la forte personnalité, hussarde de la république, qui racontait encore dans son vieil âge comment elle avait été accueillie par des volées de pierres par les paroissiens, remontés par le curé, dans le village de la Savoie profonde où elle avait commencé sa carrière. Ils avaient les sympathies de gauche des milieux intellectuels parisiens, anti gaullistes, anti cléricaux, mendésistes, nourris de la lecture du Monde et de France Observateur, favorables à une modernisation d’une société qu’ils ressentaient comme vieillotte et autoritaire mais ils n’appartenaient à aucun parti, n’étaient nullement militants. Ils ont accueilli mai 68 avec sympathie. Mes engagements bénéficiaient de leur part d’une neutralité plutôt bienveillante. Mes parents baignaient dans le climat, dans l’air du temps qui leur interdisait d’interdire.

Je me souviens bien de l’anxiété de ma mère, elle était morte d’inquiétude mais osait à peine me le dire. Je la trouvais en rentrant des manifs, accrochée à son poste de radio, m’attendant dans la nuit sans dormir.

Plus tard, lorsque j’ai renoncé à la khâgne et à Sciences-Po qui étaient les deux idées d’études que j’avais eues avant que la tourmente ne me fasse considérer que tout ça n’était pas l’important, j’ai bien ressenti la déception de mon père. Il a essayé de discuter, un peu : « tu ne crois pas que c’est une bêtise ? » mais il n’a pas insisté devant ma détermination.

Lorsque, une fois le bac en poche, je suis parti en province pour y construire « l’orga », avec un statut de demi permanent (je serais étudiant en histoire, ce qui laissait beaucoup, beaucoup de temps pour faire autre chose, je ne serai pas rétribué mais les frais de transport et de loyer seraient pris en charge par l’organisation), là encore ils ont tiré grise mine mais sans plus. Moi je me sentais tout fier de ce que cette prise en charge marquait de reconnaissance. J’avais l’impression, outre de m’inscrire dans la révolution à venir, d’acquérir mon autonomie, d’entrer dans la vie adulte. Alors qu’adulte je l’étais si peu, je n’étais qu’un gamin !

Qu’aurais je fait s’ils s’étaient opposés ? Ou s’ils avaient tenté de le faire avec un peu plus d’énergie ? S’ils m’avaient tout simplement coupé les vivres car le loyer de l’appartement et les transports payés, ce n’était pas tout ? Peut-être serais-je passé outre. Peut-être aussi après quelques tensions et affrontements aurais-je réfléchi et me serais-je rendu à leurs raisons. A priori je ne le pense pas, vu le climat de l’époque. Mais je me dis que peut-être, il m’a manqué d’être, à un moment au moins, dans le conflit avec eux, ouvert, explicite, assumé. C’est un peu dur de dire ça, de leur faire presque reproche de leur attitude ouverte, compréhensive, il y en a tant qui ont dû subir des parents fouettards. Peut-être aurait-il fallu une voie moyenne.

Oui, en ce sens, sur le terrain des rapports parents-enfants, sur le terrain de l’autorité, mes parents ont bien été soixante huitards.

A moins que cette façon d’épouser l’air du temps n’ait eu en réalité à voir avec d’autres éléments bien plus graves, comme un déficit en eux, au moins sur certains terrains, de leur propre affirmation d’eux-mêmes. Comme si, derrière leur présence attentive et aimante, il y avait une béance, une absence.

De phrase en phrase ma réflexion m’entraîne très loin. Brusquement, je repense à ma sœur cadette, aux problèmes douloureux, dramatiques même, qui ont été les siens pendant de longues années et dont elle n’est sortie que cahin-caha. Il y a des abîmes là dessous, je le sais, bien loin de mai 68.

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Commentaires
V
Ah c'est super ça Cassy. ça me fait plaisir. <br /> Moi qui ai toujours un petit regret de ne pas participer à ce joli kaléidoplumes, ce sera comme une participation indirecte.<br /> Et je viendrai vous lire bien sûr.<br /> En plus l'exemple de personnage que tu donnes n'est vraiment pas éloigné de moi à part les parents ouvriers!
C
Tu sais que c'est en lisant tes reflexions sur mai 68 que j'ai écris ma consigne 21 de Kaléïdoplumes?<br /> Notamment "c'était un vendredi" et sa suite.<br /> Alors merci pour tous ce que je trouve sur ce blog :o)
V
Oui, B., je ne voulais pas être critique à l'égard de mes parents dans cette note, ils ont sûrement voulu toujours faire bien, trop peut-être, je voulais juste poser des interrogations sur la part de l'air du temps et la part de failles plus mystérieuses dans ce qui a pu en résulter de négatif dans notre famille.<br /> Mais je ne suis pas aussi catégorique que toi sur l'idée que tout parent fait ce qui lui semble le mieux pour ses enfants, il y a parfois des attitudes d'indifférence, de rejet, voire de haine qui sont terribles.<br /> <br /> Pivoine, un petit cours pour toi sur le système scolaire français: ces classes font parties des classes préparatoires, deux ou trois années après le bac que l'on fait en lycée pour préparer les concours des grandes écoles, plus valorisées en France que l'université. Hypokhagne et khâgne sont les prépas littéraires qui préparent à l'école normale supérieure comme il y a les math sup et math spé qui préparent aux grandes écoles d'ingénieurs. <br /> <br /> Bienvenue Ponts des Arts pour cette première visite qui m'a permis de découvrir votre blog, pas par hasard!
P
Dis-moi, Valclair, qu'est-ce qu'on étudie en khâgne et en hypokhâgne ? Hypo prépare à khâgne ? On n'a vraiment pas l'équivalent en Belgique, cela reste un mystère pour moi que votre organisation d'études... <br /> <br /> J'aime beaucoup ce style d'article... Tu sais, je crois que tout ça est très dans une ligne sociologique... Mais tu le sais sans doute !
B
c'est si difficile d'être parent.. si difficile de savoir si l'on fait bien ou mal...<br /> je crois qu'on fait du mieux qu'on peut chaque jour. <br /> chaque jour on essaie d'avancer, même si certains jours les pas sont douloureux...<br /> douloureux pour nous parents, nous qui nous souvenons avoir été enfants, et pour nos enfants aussi.<br /> je crois que chaque parent fait ce qui lui semble le meilleur pour l'épanouissement de son enfant.<br /> <br /> faire au mieux... avec ses propres failles
Les échos de Valclair
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