Trois films
Je donne une petite
évocation vite fait de mes derniers films vus. Avant qu’ils ne s’échappent tout
à fait de ma tête...
Je veux surtout parler de
« J’aimerais partager le printemps avec quelqu’un » de Joseph Morder
non du tout parce que c’est un très bon film ou qu’il m’aurait particulièrement plu. Plutôt parce que l’expérience technique comme
autobiographique qu’il représente m’a beaucoup intéressée. C’est un film très
inhabituel, quasi expérimental et que sans doute peu de gens verront dans le
circuit classique où il ne restera sûrement pas longtemps.
C’est le premier long
métrage réalisé uniquement avec un téléphone portable. De ce seul fait c’est
déjà un objet d’intérêt : voir comment un auteur peut s’emparer d’un tel
nouveau format, comment il peut jouer de ses particularités et contraintes.
Évidemment il ne faut pas
attendre de belles images, un beau spectacle, une belle histoire construite à
partir d’un scénario qui nous emmènerait en voyage dans le temps ou dans
l’espace. On est devant une sorte de carnet intime avec des billets successifs,
images tremblées avec par-dessus le commentaire en voix off de l’auteur. Au
lieu d’écrire comme nous le faisons sur nos cahiers ou sur nos blogs, Joseph
Morder se filme au fil des jours entre février et mai 2007.
L’impression première n’est
pas très agréable. Il faut s’habituer au tremblé des images, aux brusques
changements de lumière et de couleur. On peut être agacé au début par cette
façon de se raconter, avec un côté légèrement geignard, entre plainte et
détails volontairement triviaux. On baille un peu par moments. Et puis
l’émotion gagne. Il devient touchant cet homme avec sa fragilité assumée. Le
désir amoureux s’invite sous les traits d’un beau jeune homme, qui ne fut
d’abord qu’un passant filmé sur le Pont Neuf. Le passé n’est pas absent non
plus à travers l’évocation des parents du narrateur/filmeur et le souvenir de
la Shoah lequel explique sans doute pour partie son obsession de conserver. Le
présent très concret de Paris au printemps 2007 est là aussi avec les rumeurs
de la campagne électorale présidentielle et l’élection de Nicolas Sarkozy qui
laisse notre homme incrédule et atterré.
Il n’y a pas de scénario
mais il y a certainement un gros travail au montage, la construction, les
moments retenus, la façon de les articuler et de les commenter sont l’effet
d’un travail, pas celui de l’accumulation bout à bout de la matière récoltée.
C’est un journal certes, dont rien n’est rejoué mais qui est mis en ordre, composé,
organisé de telle sorte que sans rien enlever de la spontanéité du premier jet,
il puisse parler finalement avec une certaine force à qui le regarde.
J’ai eu du mal à retrouver
spontanément les autres films vus les semaines précédentes. Ce n’était pas il y
a bien longtemps et pourtant il m’a fallu me concentrer un bon moment pour les
retrouver, signe que déjà ils s’éloignent.
Pourtant ce sont de bons
films l’un comme l’autre :
« Wonderful town »
est un beau film thaïlandais au tempo lent, parfois un petit peu soporifique
mais qui montre avec délicatesse, pudeur et cependant beaucoup de sensualité,
le rapprochement qui s’effectue entre une jeune femme tenant un hôtel dans une
bourgade très marquée par le tsunami et un jeune architecte venu de Bangkok pour
travailler sur un chantier de reconstruction. L’ambiance est pesante, la
catastrophe qu’a vécu la région est omniprésente. L’idylle d’ailleurs tourne au
drame dans une seconde partie moins convaincante.
« Ciao Stefano »
est une comédie italienne sans prétention mais très enlevée, bien jouée par des
acteurs épatants et qui derrière ses gags dits des choses pas si anodine sur
les liens familiaux et sur la situation sociale de l’Italie contemporaine. On
passe un très bon moment.
Mais ça me frappe tout de même de voir comment des films qu’on a trouvé bons en sortant du cinéma évoluent différemment dans notre souvenir. La hiérarchie s’organise alors vraiment. Certains films restent. D’autres beaucoup moins. C’est la réflexion que je me faisais en déposant un commentaire chez Dasola ce matin à propos des Citronniers. Je n’ai pas besoin pour ce film là, vu pourtant il y a un peu plus longtemps d’aller gratter dans ma mémoire pour qu’il reste très présent en moi.
