Lézarder...enfin rien qu'un peu...
Je suis dans un sacré tunnel
de boulot en ce moment. J’entre dans une semaine très chargée au bureau et
comme par un fait exprès c’est aussi cette semaine qu’interviennent diverses
échéances prenantes liées à mes activités associatives.
Ce week-end je suis revenu à
la maison avec des dossiers de travail du bureau, ce qui, je dois l’avouer, est
plutôt rare. Week-end très studieux donc. Au point même de rester à l’écart de
ma blogosphère : je ne me suis pas connecté à internet pendant plus d’une
journée, un week-end en étant à Paris, travaillant sur mon ordinateur, donc à
portée de clic, c’est vraiment un record ! Ni tournée de mes blogamis, ni
coup d’œil à mon propre blog pour voir si des commentaires y avaient été déposés,
ni même vérification de mes mails arrivés ! Ce n’est pas plus mal. Ça fait
du bien de temps en temps de laisser internet à l’écart, de le faire de sa
propre volonté et pas seulement parce qu’on a un méchant bug ou parce qu’on est
au loin, à distance de toute connexion. L’addiction me menace souvent, alors je
suis content parfois de ne pas lui céder.
Donc hier, après plusieurs
heures occupées à bosser et comme le temps s’y prêtait, qu’après la grisaille
matinale le soleil enfin semblait vouloir percer, plutôt que de me connecter je
suis parti pieds et jambes par les rues de Paris…
Il y avait dans mon quartier
l’opération « Lézards de la Bièvre ». Il s’agit d’une journée portes
ouvertes d’artistes travaillant ou habitant dans le quartier. Il sont très
nombreux finalement avec quantité de styles et de pratiques très différentes,
de bonnes choses et de beaucoup moins bonnes mais c’est chouette en tout cas de
voir cette créativité. Cette initiative est promue notamment par l’association
qui souhaite que soit remis à ciel ouvert dans certains endroits de Paris et
de banlieue la Bièvre, cette petite rivière actuellement couverte, venue des
coteaux du sud ouest parisiens et qui serpente jusqu’à la Seine en traversant
le 13° et le 5°arrondissement. C’est autour d’elle que s’étaient développées
nombre d’activités artisanales du vieux Paris et notamment les activités de
teinture et de tannerie autour des Gobelins. Inutile de dire que son cours
avait fini en cloaque et que sa couverture était apparue comme mesure de
salubrité et d’hygiène publique.
Outre la rencontre avec des
œuvres et des artistes, il y a un vrai plaisir à découvrir des aspects du
quartier que l’on ne connaît pas : accès à des cours habituellement
fermées, traversées de jardins insoupçonnés, montées dans les étages parfois
élevés et coups d’œil inhabituels sur les toits de Paris, découvertes
d’appartements à peine bouleversés par l’installation des œuvres, présence
devinée de la vie quotidienne. C’est ce petit plus qui individualise et fait se
sentir plus proche des artistes, c’est tout ce que n’offrent pas les lieux
classiques d’exposition ou les galeries.
Au fond j’ai trouvé à cette
déambulation quelque chose du zapping sur internet : avec son charme et
aussi ses limites, celle de la multiplication des sollicitations et de
l’impossibilité d’aller au fond des choses, d’être une fois encore dans la
dispersion : petite lucarne ouverte sur un bout de vie, croisement d’un
talent peut-être, qu’on aperçoit sans approfondir, échange bref de quelques
mots avec l’hôte et passage au suivant…
Je me suis promené en
solitaire. J’aime bien en général les promenades en solitaire, surtout dans des
situations comme celles-ci où prédomine sur tout itinéraire préprogramé, le
musardage de hasard, la marche à l’impulsion. Seul, je me sens libre de régler
ma direction et mon pas exactement au rythme que je le souhaite. Mais là ce
n’était pas le cas pourtant. J’aurais eu besoin d’échanger il me semble sur ce
que je voyais, si varié, de sortir des quelques mots formels échangés avec
l’artiste, des mots que je me suis efforcés de faire toujours assez
appréciatifs même si au fond de moi j’étais beaucoup plus réservé. Mais
peut-être y avait-il d’autres raisons à ce sentiment : l’envie simple
d’être deux, un goût d’une présence de l’autre, que des amitiés nouvelles, ici
et là, réactivent…
Ce soir en sortant du bureau
il faisait beau et chaud. Enfin. Une vraie bonne chaleur qui sent l’été, sans
être en rien étouffante, et qui autorise ce plaisir de rentrer avec la chemise
ouverte et la veste sur le bras puis celui en arrivant à la maison de
s’installer sur la terrasse pour lire le journal, au pied de mon petit buisson
de jasmin en pleine floraison, ses fleurs entremêlées à celles finissantes du
chèvrefeuille…
Ouf, dernière ligne droite de boulot intense, et au-delà ça sent un peu la fin de l’année, l’approche des vacances. Bon je sais c’est un peu triste de penser son année dans la perspective des vacances, ça dit des choses pas très gaies du rapport que l’on a à son métier. J’en suis là, c’est dommage mais bon c’est ainsi. Mes vacances sont dans un mois, il n’empêche je les sens venir malgré le coup de chauffe du moment et ça m’a fait du bien cette impression, ça m’a fait me sentir guilleret, tout à l’heure en sortant du bureau…
