Canalblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Les échos de Valclair
Publicité
Derniers commentaires
5 décembre 2008

"Jour de souffrance"

Catherine Millet est surtout connue pour être l’auteur de « La vie sexuelle de Catherine M. » dans laquelle elle décrivait sans fard ses pratiques sexuelles et analysait la place que le libertinage tenait dans sa vie. Elle est la compagne de l’écrivain Jacques Henric avec lequel elle a construit une relation forte et durable.

Elle raconte dans ce nouveau livre comment elle a découvert fortuitement que son compagnon avait des relations amoureuses extérieures à leur couple et combien elle en a souffert, d’une façon véritablement pathologique.

Le titre est joliment polysémique. Le « Jour de souffrance » du titre est au singulier, c’est d’abord l’ouverture discrète qui permet d’épier le voisin sans être vu. Mais bien sûr on y entend aussi au pluriel les jours d'intense souffrance vécus par l’auteure.

Car, à partir de sa découverte fortuite, elle s’est mise à traquer le moindre indice, se sentant entraînée à son corps défendant dans un « acharnement inquisitorial tournant à l’addiction ». Elle construit à partir de là des imaginations, des « mythologies » même dit-elle, dans laquelle elle se complaît de façon morbide et qui la conduisent à certains moments à de véritables crises avec des manifestations somatiques, tremblements, tétanie, prostration, sentiment de dédoublement de la personnalité.

Ses propres pratiques sexuelles font qu’elle serait malvenue à porter de quelconques critiques à l’égard du comportement de son compagnon et d’ailleurs elle n’y songe pas. Elle sait que cette affaire est bien entre elle et elle même et c’est ce qui rend le livre passionnant. Elle interroge son malaise, elle en cherche les sources profondes dans sa propre histoire.

Elle a le sentiment que son propre corps, lorsqu’il était engagé dans ses errances libertines était détaché de son être, « des parties de moi-même se détachaient de celle qui s’engageait avec Jacques ». Au contraire ce qui la fait souffrir lorsqu’elle imagine Jacques en compagnie amoureuse c’est le sentiment qu’elle-même en tant que personne est radicalement exclue de sa vie, qu’elle est totalement effacée, totalement niée. Elle a beau savoir que ce n’est pas vrai c’est ce qu’elle ressent intimement.

Catherine Millet est d’abord une visuelle, une observatrice qui a tendance à être toujours en extériorité. Il est beaucoup question de regards et d’images. Sans doute n’est-ce pas un hasard si elle est critique d’art, elle a ce regard affûté qui s’accroche à tel détail infime d’un tableau comme il peut être accroché par une enveloppe particulière dans un fouillis des documents sur le bureau de son compagnon. Elle a un regard, comme détaché d’elle, qu’elle ne cesse de porter sur elle-même notamment dans les situations libidinales : « même lorsque les corps sont le plus étroitement en contact, n’y a-t-il pas détour par une projection fantasmée au delà de ce contact, par un spectacle, fut-il mental ».

Elle cherche à rattacher ses manifestations maladives à sa propre histoire, à la façon dont elle s’est échappée de son univers d’origine et de ses valeurs, à la façon dont elle s’est construite sur le plan social, comme sur le plan amoureux et sexuel, aux souvenirs aussi qu’elle garde de la figure douloureuse de sa mère.

La reprise d’une psychanalyse puis la décision d’écrire le livre « la vie sexuelle de Catherine M. » lui permettent de sortir de cette situation de crise. L’exploration qu’elle en donne aujourd'hui achève le travail. J’ai bien aimé ce livre. Il est bien écrit, ses longues phrases amples parviennent par leur mouvement à suivre les méandres des réactions psychologiques et à décortiquer la pensée. Il fait réfléchir aussi, à partir d’une expérience certes extrême, sur l’extraordinaire hiatus possible entre les pensées rationnelles que l’on peut avoir sur la jalousie (la jalousie c’est mal, la jalousie c’est une souffrance inutile) et les vécus qui peuvent survenir. Et cela peut valoir, sur un terrain ou un autre, pour chacun de nous.

Publicité
Commentaires
V
Je remplace "amusant" par "surprenant". <br /> <br /> Continuez à me tutoyer, Valclair. Ne vous occupez pas de moi et de mon vouvoiement. J'ai tenté de vous tutoyer, le vouvoiement revient au galop (comme le naturel...).
V
C'est vrai Ségo qu'il m'est arrivé de penser à toi en lisant plus d'une page de ce livre notamment celles qui évoquent la sortie du trouble grâce à l'écriture.<br /> Et oui Julie les PAL menacent de nous engloutir, avec toutes ces idées de lecture que nous donnent les blogamis!<br /> Amusant n'est pas vraiment le terme qui traverse l'esprit en lisant ce livre plutôt austère, Val, mais tu as mis le terme entre guillemets et je ne sais trop ce que tu mettais dans ces guillemets. (oups, je continue à tutoyer malgré ton insistant vouvoiement!)
V
J'ai entendu parler de ce livre. <br /> <br /> C'est "amusant" qu'elle se soit fait du mal à ce point... Comme quoi...
J
Tiens tiens... ça m'a l'air d'être passionnant tout ça..sourire. Mon dieu, mais arriverai-je à tout lire!!
S
Bouleversant...je crois que " des parties de moi même se détachent " en lisant ton entrée...et cette phrase...<br /> qui " achève le travail " comme un seul et unique îlot...
Les échos de Valclair
Publicité
Publicité
Publicité