Option C
B ou C, C ou B, B ou C…
ainsi était-ce, ad nauseam, au cours d’une insomnie la nuit dernière.
Je vais intervenir
publiquement le 14 mars dans le cadre d’une Table Ronde de l'APA à propos de l’intime,
du privé et du public. J’ai
déjà écrit ici les hésitations que j’avais à propos de cette intervention. Non
pas sur son contenu : je vais partir de mon expérience concrète de
blogueur, des inflexions de ma pratique et des interrogations diverses qui ont
été le miennes au fil du temps. Mais sous quel nom vais-je parler ? Dans
la revue de l’association annonçant la Table Ronde j’ai déjà laissé paraître
mon nom d’état civil (option B). Mais à cette étape ce n’est pas bien
gênant : la diffusion de la revue est assez confidentielle, et de toute
façon je n’aurais pas les moyens de cacher mon nom aux gens qui seront présents
et qui pour la plupart me connaissent. Par contre pour ce qui est d’internet
c’est autre chose. La diffusion est potentiellement infinie et surtout par le
biais des moteurs de recherche elle peut conduire vers moi des gens que je
connais dans des contextes complètement autres. Donc je penche plutôt pour
parler finalement en tant que Valclair (option C) et pour m’annoncer sous ce
nom sur le site de l’association. D’autant que c’est bien évidemment forcément
sous ce nom que j’en parlerais ici. Vu comme ça le choix paraît une évidence.
Je crois avoir décidé et
pourtant l’instant d’après j’ai une espèce de panique en imaginant ce moment
bizarre où je dirais « coucou, ce type qui est devant vous, ne croyez pas
que c’est celui que vous connaissez, ce type qui va vous parler c’est le
blogueur Valclair », ce moment bizarre où, tout à coup, je serai double.
Jusqu’à présent je suis Valclair pour les gens qui me lisent (même si pas mal
de mes blogamis connaissent mon nom d’état civil), je suis celui qui porte mon
nom d’état civil pour les gens que je fréquente dans l’association (même si
quelques uns, mais peu, savent que je suis aussi Valclair). Et là je serai
d’emblée, dans le regard que les gens porteront sur moi, complètement et
totalement les deux.
Bien sûr vous direz :
ben quoi, il n’y a là rien d’extravagant, plein de gens jouent de plusieurs
identités sans que l’une soit forcément étanche à l’autre. N’empêche je ressens
ce moment comme très troublant. Je croyais être à l’aise avec ça, pouvoir
assumer sans difficulté la situation et finalement ce n’est pas si simple.
En fait il faut que je
décide. Une fois que ce sera fait, annoncé sur le site de l’association, il n’y
aura plus de problèmes. Enfin, plus d’hésitations en tout cas, car plus de
retour en arrière possible mais il y aura sûrement des moments où je me
dirais : « Mais quel idiot ! Pourquoi as-tu donc ainsi cramé ton
anonymat ? ». mais ça n’ira pas plus loin, les dés auront été jetés,
il y aura juste à assumer ce choix.
C’est de toute façon un
mouvement engagé. Il est possible, et même vraisemblable qu’il conduise à une
inflexion de mon écriture, à conserver plus de billets hors ligne ou, qui sait,
à créer un blog parallèle, maintenu celui-ci dans un anonymat plus rigoureux,
ouvert aux seuls blogamis autorisés. Ça m’attriste un peu car j’étais assez
content de cette sorte d’équilibre difficile auquel j’étais parvenu, en allant
dans l’intime jusqu’au bord d’aller trop loin, ce que j’appelle ma ligne de
crête. J’avais toujours refusé la solution du double blog. Peut-être que j’y
serais contraint. Je verrais bien. Au fond c’est l’expérimentation, c’est
l’aventure qui continue.
Allez, c’est l’option C,
c’est évident dès que je réfléchis, elle présente bien moins d’inconvénients
que l’option B. Il me suffit de passer par-dessus ces bouffées de panique liées
à ce qui n’est en fait que le sentiment ou plutôt le pressentiment d’un moment
un peu anxiogène à vivre.