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Les échos de Valclair
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10 janvier 2006

Archéologie

Je me suis plongé ces derniers jours dans le passé d’internet. On est habituellement tellement dans un présent très immédiat avec internet qu’on a l’impression de faire œuvre d’archéologue dès qu’on va se promener ne serait-ce que 7 ou 8 ans en arrière. Pour faire un article que mes amis de l’Association pour l'Autobiographie m’ont demandé je suis parti à la recherche de Mongölô. Mongölô est un jeune type qui a tenu son journal en ligne entre 1997 et 2001 et qui l’a déposé dans le fonds de l’APA. 1997 vous vous rendez compte ! En 1997 je n’étais pas né à Internet, je savais que ce truc existait mais sans plus, j’ai dû commencer à regarder des journaux personnels en ligne vers 2000, j’avais découvert le site l’intimiste de Michèle Senay, il existe encore je viens d’aller voir mais n’est plus actualisé depuis belle lurette, peut-être que j’ai croisé Mongolô avant qu’il n’arrête mais ce n’est même pas sûr, de toute façon à l’époque pour moi c’était des coups d’œil de ci de là, par curiosité pour un nouveau phénomène mais j’étais loin d’imaginer la part qu’il prendrait dans ma propre vie, je n’étais pas mûr même si je sentais bien qu’il y avait là quelquechose qui pourrait me passionner…

Mongölô est non seulement sur cdrom sur les rayonnage de la Grenette, le lieu où l’APA, entrepose son fond d’archives. Il est toujours présent en ligne et chacun peut aller se promener chez lui (mais je crois qu'il faut demander l'autorisation), enfin dans ce chez lui d’autrefois, dans cette sorte de monument historique internautique. C’est plaisant on y trouve des choses totalement décalées avec la réalité d’aujourd'hui mais aussi on y rencontre des questions qui animent toujours nos discussions, par exemple sur l’effet de la mise en ligne, sur la transformation de l’écriture qu’induit le regard des autres, sur l’anonymat et la façon de le gérer. Bien sûr je ne l’ai pas lu ce journal en continuité, en suivant la chronologie. J’y ai fait de plongées plutôt un peu au hasard ou bien en suivant les nombreux liens internes présents sur ses pages et qui sont une autre façon d’en structurer le contenu. Je ne l’ai pas lu comme un journal, ce qu’il est pourtant, mais plutôt comme une sorte de tranche de vie, prise dans l’épaisseur du temps et se jouant de la stricte chronologie. On n’est pas dans la fraîcheur de la vie même en train de se dérouler, comme c’est les cas pour les sites que l’on suit au jour le jour (surtout s’il s’agit de blogs avec ce que rajoute d’impétuosité communicationnelle les jeux de commentaires) mais on perçoit finalement beaucoup de choses d’une personne en se tenant ainsi un peu plus à distance en profitant d’une sorte de vue cavalière.

Du coup j’ai remis mon nez aussi dans l’enquête que Philippe Lejeune avait fait sur les journaux en ligne en 1999 et qu’il a publiée dans « Cher écran ». J’y ai vu la liste qu’il donnait des journaux de l’époque, la plupart sont arrêtés mais il y en a certains qui sont encore de ce monde (si j’ose dire), vivants et actifs et qui font justement partie du cercle de ceux que je lis plus ou moins régulièrement : Sally qui publie toujours avec une impressionnante régularité et dont je me demande toujours comment elle trouve le temps en plus de ses diverses vies très actives, professionnelle, familiale et associative d’écrire son journal et même de donner des textes aux ateliers d’ObsolettresLou notre ancienne Insomniaque qui préfère maintenant les charmes du Petit Jour et qui a traversé la flaque récemment pour venir s’installer en France, l’ Incrédule qui nous donne toujours  ses apologies inutiles et ses petites lubies sans façon, mais, zut, elle a enlevé les bandes dessinées pleines de charme qui illustraient son site, Gargil le Tisserand, un des premiers parmi les français de France, parti, revenu mais qui est de nouveau bien silencieux depuis quelques mois. Toutes ces personnes là je ne les ai jamais rencontrées (sauf Gargil), j’ai même à peine échangées avec elles et pourtant ce sont de vieilles connaissances, je connais d’elles plus de choses que de certaines personnes que je fréquente depuis dix ans, cataloguées comme « nos amis », avec qui on se fait régulièrement des « bouffes »et qu’en réalité on ne connaît qu’à peine. C’est un peu simple d’opposer le virtuel et le réel, il y a du virtuel qui vaut bien le réel. Les détracteurs d’internet diront ce qu’ils voudront, il y a quand même quelquechose de merveilleux là-dedans et de décidément un peu magique, en tout cas pour nous qui n’avons pas, contrairement à nos enfants, sucé de l’internet avec le lait de notre enfance.

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Commentaires
I
Valclair, ton texte me touche et m'intéresse particulièrement. Nos deux parcours de découverte de l'écriture en ligne se ressemblent, ainsi que l'intérêt que nous y portons. Tous ces "anciens" que tu cites ont fait partie de mes premières lectures.<br /> <br /> Tu as raison, le temps sur internet semble se dérouler à une autre vitesse. L'immédiateté du procédé fait s'éloigner le passé à grande vitesse.<br /> <br /> Je ne sais pas pourquoi, mais depuis l'origine je me suis intéressé à cette pratique de l'écriture en ligne. Probalement en recherchant ce qui la différenciait du hors-ligne... <br /> Probablement aussi parce que je me suis rendu compte de l'extraordinaire possibilité d'ouverture à l'autre que cela permettait, bien loin de cette virtualité parfois villipendée...
Les échos de Valclair
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