Archéologie
Je
me suis plongé ces derniers jours dans le passé d’internet. On est
habituellement tellement dans un présent très immédiat avec internet qu’on a
l’impression de faire œuvre d’archéologue dès qu’on va se promener ne serait-ce
que 7 ou 8 ans en arrière. Pour faire un article que mes amis de l’Association pour l'Autobiographie m’ont
demandé je suis parti à la recherche de Mongölô. Mongölô est un jeune type qui
a tenu son journal en ligne entre 1997 et 2001 et qui l’a déposé dans le fonds
de l’APA. 1997 vous vous rendez compte ! En 1997 je n’étais pas né à
Internet, je savais que ce truc existait mais sans plus, j’ai dû commencer à
regarder des journaux personnels en ligne vers 2000, j’avais découvert le site
l’intimiste de Michèle Senay, il existe encore je viens d’aller voir mais n’est
plus actualisé depuis belle lurette, peut-être que j’ai croisé Mongolô avant
qu’il n’arrête mais ce n’est même pas sûr, de toute façon à l’époque pour moi
c’était des coups d’œil de ci de là, par curiosité pour un nouveau phénomène
mais j’étais loin d’imaginer la part qu’il prendrait dans ma propre vie, je
n’étais pas mûr même si je sentais bien qu’il y avait là quelquechose qui
pourrait me passionner…
Mongölô
est non seulement sur cdrom sur les rayonnage de la Grenette, le lieu où l’APA,
entrepose son fond d’archives. Il est toujours présent en ligne et chacun peut aller
se promener chez lui (mais je crois qu'il faut demander l'autorisation), enfin dans ce chez lui d’autrefois, dans cette sorte de
monument historique internautique. C’est plaisant on y trouve des choses
totalement décalées avec la réalité d’aujourd'hui mais aussi on y rencontre des
questions qui animent toujours nos discussions, par exemple sur l’effet de la
mise en ligne, sur la transformation de l’écriture qu’induit le regard des
autres, sur l’anonymat et la façon de le gérer. Bien sûr je ne l’ai pas lu ce
journal en continuité, en suivant la chronologie. J’y ai fait de plongées
plutôt un peu au hasard ou bien en suivant les nombreux liens internes présents
sur ses pages et qui sont une autre façon d’en structurer le contenu. Je ne
l’ai pas lu comme un journal, ce qu’il est pourtant, mais plutôt comme une
sorte de tranche de vie, prise dans l’épaisseur du temps et se jouant de la
stricte chronologie. On n’est pas dans la fraîcheur de la vie même en train de
se dérouler, comme c’est les cas pour les sites que l’on suit au jour le jour
(surtout s’il s’agit de blogs avec ce que rajoute d’impétuosité
communicationnelle les jeux de commentaires) mais on perçoit finalement
beaucoup de choses d’une personne en se tenant ainsi un peu plus à distance en
profitant d’une sorte de vue cavalière.
Du
coup j’ai remis mon nez aussi dans l’enquête que Philippe Lejeune avait fait
sur les journaux en ligne en 1999 et qu’il a publiée dans « Cher
écran ». J’y ai vu la liste qu’il donnait des journaux de l’époque, la
plupart sont arrêtés mais il y en a certains qui sont encore de ce monde (si
j’ose dire), vivants et actifs et qui font justement partie du cercle de ceux
que je lis plus ou moins régulièrement : Sally qui publie toujours avec
une impressionnante régularité et dont je me demande toujours comment elle
trouve le temps en plus de ses diverses vies très actives, professionnelle,
familiale et associative d’écrire son journal et même de donner des textes aux
ateliers d’Obsolettres, Lou notre ancienne Insomniaque qui préfère maintenant
les charmes du Petit Jour et qui a traversé la flaque récemment pour venir
s’installer en France, l’ Incrédule qui nous donne toujours ses apologies
inutiles et ses petites lubies sans façon, mais, zut, elle a enlevé les
bandes dessinées pleines de charme qui illustraient son site, Gargil le Tisserand, un
des premiers parmi les français de France, parti, revenu mais qui est de
nouveau bien silencieux depuis quelques mois. Toutes ces personnes là je ne les
ai jamais rencontrées (sauf Gargil), j’ai même à peine échangées avec
elles et pourtant ce sont de vieilles connaissances, je connais d’elles plus de
choses que de certaines personnes que je fréquente depuis dix ans, cataloguées
comme « nos amis », avec qui on se fait régulièrement des
« bouffes »et qu’en réalité on ne connaît qu’à peine. C’est un peu
simple d’opposer le virtuel et le réel, il y a du virtuel qui vaut bien le
réel. Les détracteurs d’internet diront ce qu’ils voudront, il y a quand même
quelquechose de merveilleux là-dedans et de décidément un peu magique, en tout
cas pour nous qui n’avons pas, contrairement à nos enfants, sucé de l’internet
avec le lait de notre enfance.