"Neige" (suite)
Je viens de terminer « Neige ». (Voir et lire d'abord ma note de début de lecture). La deuxième partie du livre se lit beaucoup plus facilement, le rythme, au récit d’évènements qui se précipitent devient rapide, ce qui avait été longuement préparé par les chapitres un peu lents du début se met en place.
Profitant de l’isolement de
la ville par la neige, diverses forces anti-islamistes réalisent un mini putsch
théatralo-militaire, coup d’état d’opérette grotesque vouée de façon certaine à
l’échec mais qui entraîne toutefois morts d’hommes. Ka se trouve entraîné dans
la spirale des évènements, il noue avec Ipek une relation amoureuse qui lui
fait rêver d’une vie nouvelle, des poèmes lui viennent les uns après les
autres, dont il a la soudaine intuition qu’ils peuvent se répartir sur
plusieurs axes et s’inscrire dans la structure d’un flocon de neige, formant
une œuvre qui le résume tout entier.
La structure narrative est
inhabituelle et habile. Au deux tiers du livre le narrateur qui n’est autre que
l’écrivain auteur du roman et qui était déjà intervenu épisodiquement au
préalable nous raconte l’assassinat quelques années plus tard de Ka revenu à
Francfort solitaire et brisé. Dès lors l’intérêt est relancé, on sait que les
choses vont mal tourner pour Ka mais on ne sait pas comment, il faut attendre
de rebondissements en rebondissements les dernières pages pour le savoir. Et
sans avoir de certitude sur les causes de ce retournement : vient-il de Ka
lui-même, poussé à un acte destructeur, par ses contradictions ou par sa lâcheté
ou plus profondément par sa profonde inaptitude au bonheur ? L’auteur
omniscient ne l’est pas tout à fait et laisse une planer une part de mystère.
Quoique tragique et
déprimant le personnage de Ka en devient profondément attachant. Cet homme
passe tout à côté du bonheur mais il le rate et il le rate par sa faute. Il a
échoué politiquement et socialement, il a échoué dans sa vie amoureuse, il
échoue même dans sa vie littéraire puisque cette trace qu’il aurait pu laisser,
ces poèmes composés dans l’urgence pendant les trois jours de la tempête de
neige, les trois jours du roman, disparaissent avec lui au moment de son
assassinat. Mais les a-t-il écrits ou les a-t-il seulement rêvés ?
Ce Ka m’a sans doute renvoyé, toute proportion gardée et dans un contexte très différent, quelquechose de moi-même. Repensant à mon gros coup de déprime de l’autre nuit alors que j’avançais laborieusement dans ma lecture, je me dis que sans doute l’image de ce personnage, de ce qu’il pouvait avoir de commun avec moi a dû contribuer à me mettre dans le climat propice à mes idées noires, sans que j’en ai conscience puisque ce n’est pas du tout venu à mon esprit sur le moment. Ce n’est pas pour autant que je regrette cette lecture naturellement, au contraire maintenant que j’ai achevé je tire satisfaction de ce qui est tout de même un très beau livre, très riche, même s’il est très sombre.
(Ecrit le 20 Aout)