Jour(nal) plombé
Ce matin réveil intempestif,
à quatre heures et demi. C’était bien trop tôt, mon manque de sommeil
s’accumule. Mais c’était trop tard pour prendre le petit cachet qui m’aurait
permis de compléter ma nuit.
Alors j’ai eu d’emblée le sentiment,
la sensation plutôt, d’entrer dans un jour qui serait un jour sans, un jour
sans énergie, sans joie, un jour plombé d’avance.
J’ai commencé, à défaut de
pouvoir me rendormir, par une tentative d’écriture mais sans succès.
J’ai le sentiment que mon
écriture, quoique toujours authentique dans ce que je dis, devient artificielle
dans la façon dont je l’écris.
Combien de fois ai-je écrit
un billet par « devoir » , avec cette idée qu’un journal ne vit que
d’être entretenu ? Sinon le lectorat s’étiole. D’ailleurs je le constate
déjà. Il me semble qu’il y a moins de vie autour de ce journal. Peut-être parce
que je l’investis moins. Ou bien est-ce que je l’investis moins parce que qu’il
y a moins de vie autour de lui ?
C’est comme si l’obligation
de venir écrire ici était devenu une habitude que je n’interroge plus, comme si
c’était une seconde nature. Sans pour autant que l’écriture soit facile,
naturelle, coulant de source. Il me faut mes deux ou trois billets pas
semaine ! Oh, ça, les sujets ne manquent pas ! Une sorte de réflexe
me fait voir des sujets partout. J’écris mais sans toujours en ressentir
vraiment l’envie, sans être porté par le sentiment de leur nécessité
intérieure, pire sans être sûr d’avoir vraiment quelquechose à dire.
J’ai par moments l’impression,
et là c’était tout à fait le cas, que j’en arrive à une sorte d’épuisement de
ce journal. C’est comme s’il se continuait sur sa lancée alors que sa source
profonde en serait tarie.
Mon intervention coming-out
de mars m’avait fortement stimulé. Elle m’a redonné de l’envie, de l’élan mais
d’une façon qui n’est pas forcément durable. Ça me fait penser à ces couples en
difficulté, qui croient se relancer par un grand projet commun, faire un enfant
par exemple, alors que la venue de celui-ci va simplement masquer
provisoirement les difficultés avant de les faire ressurgir avec d’autant plus
de force.
Ce week-end j’ai été
confronté à de sérieux ennuis dans ma famille proche. J’ai essayé d’aider comme
j’ai pu et l’affaire d’ailleurs n’est pas finie. Mais impossible d’en parler
ici car ce n’est pas moi qui suis concerné au premier chef par cette situation
plus que problématique, je ne le suis que par ricochet.
Mais du coup mes tentatives
de billets culturels sur mes derniers films vus ou livres lus, ou sur
l’exposition William Blake, vue hier, m’ont paru complètement à côté de la
plaque, décalés de mes ressentis réels.
Je n’ai donc pas poursuivi
et suis parti au bureau en
traînant la patte.
Pour la première fois ce
matin, il faisait une chaleur évoquant la canicule, un matin sans fraîcheur,
dès huit heures et demi le soleil était chaud. Ça ne m’a pas mis le cœur en
joie comme d’autres fois où je ressens ces premières chaleurs fortes comme un
avant-goût des vacances, où je pense aux escapades à venir. Non je me suis
traîné au bureau sans avoir rien d’autre en moi que ce sentiment de ma journée
plombée.
J’ai eu du mal à entrer dans
mon activité du jour, il faut dire essentiellement paperassière et
bureaucratique, rapports de fin d’année en bonne langue de bois.
J’ai été légèrement patraque
en plus, j’ai mal digéré mon repas pris trop vite à midi et j’ai traîné tout
l’après-midi une insupportable envie de dormir.
Inutile de dire que
l’efficacité n’était pas au rendez-vous.
Bon allez, je passe, tout ça
n’est peut-être que mauvaise impression d’un jour sans.
Demain est un autre
jour ! D’ailleurs ce soir déjà, ça va beaucoup mieux, je me sens sorti de
ma léthargie semi dépressive.
Oui, il faut bien se dire
ça, demain est un autre jour…