Voilà cette fameuse journée est passée…

C’est fait donc. C’est un soulagement. Et en même temps me voici presque dépité que toute cette tension et cette excitation soit terminée. Ce n’est pas « post-coïtum animal triste » mais pas loin…

Globalement pendant la Table ronde c’est le plaisir de l’intervention qui l’a emporté, l’excitation joyeuse d’y être enfin et de m’exprimer sans détour devant une salle bien remplie, plus de 150 personnes, un peu plus que les Tables rondes des autres années, avec un public plus varié et pas mal de gens qui nous étaient inconnus. Les annonces passées, sur le site de l’association mais aussi sur quelques blogs y ont peut-être contribué, annonce sur le Sablier de Fuligineuse par exemple ou dans les Lignes de fuite de Christine Genin, un blog qui devient une véritable référence dans la blogsophère littéraire, j’ai bien aimé d’ailleurs le ton enlevé et gentiment humoristique sur lequel y était annoncée mon intervention.

Le public blogueur cela dit est resté certainement encore bien minoritaire dans cette assemblée. J’ai eu le plaisir cependant de voir quelques blogamis avec qui j’ai échangé au moment où ils rentraient des sourires complices. J’ai balayé la salle cherchant à deviner si je pouvais en suspecter d’autres parmi les têtes inconnues mais l’exercice est difficile et très vite je n’y ai plus pensé. Mais je me suis amusé aussi des visages stupéfaits de quelques apaïstes interloqués de réaliser tout à coup qui était ce mystérieux Valclair. Il y a un petit côté assez jouissif dans un coming out !

J’ai bien aimé les diverses interventions de la Table ronde avec leur tonalité très différentes, sur le fond comme dans la forme: la promenade plaisante de Michèle Perrot dans les chambres d’écrivains (ou d’écrivants) et plus largement dans les espaces privés ou publics où se génère l’écriture ; le récit simple, clair et fort de la façon dont l’écriture pour Marie Chaix s’enracine dans une nécessité vitale, voire comme condition même de la survie, « écrire pour sauver sa peau » ; les réflexions très fines de Philippe Vilain sur la fictionnalisation de l’intime et la mise en roman (Et voilà que j’ai très envie de rajouter « Défense de Narcisse » à une Pile à Lire déjà plus haute que moi !)

Ensuite il a fallu que je me lance. A vrai dire je n’ai pas eu beaucoup de difficulté car je n’ai fait que lire un texte entièrement écrit à l’avance, contrairement à mon habitude. Sur un sujet pareil j’avais besoin de cette sécurité. Je crains toujours que la lecture donne un côté soporifique à l’intervention mais il faut reconnaître que l’assurance que donne le papier est bien agréable. J’ai essayé d’y mettre un peu de ton et de vivacité et je crois que j’y suis à peu près parvenu.

Il y a eu un léger couac. Marie Chaix apparemment me trouvait trop long et s’impatientait, elle m’a brusquement interrompu en disant à peu près « mais enfin donnez des exemples, plutôt que tout ce blabla ». J’ai eu un blanc, très bref, l’esprit traversé par « oh là, là, catastrophe, je dois être affreusement rasoir, je suis à côté de la plaque, j’emmerde tout le monde, etc, etc… ». Les idées perturbantes dans un moment comme ça fusent à toute vitesse. La déstabilisation a été de courte durée et sans doute intérieure plutôt que visible. J’ai répondu quelque chose du genre « c’est déjà pas si facile de raconter ça alors pour le détail et les exemples libre à chacun d’aller y voir », puis j’ai repris mon texte en accélérant un peu et en passant à la trappe quelques phrases vers la fin et en me demandant si j’ennuyais mon monde. Mais j’ai eu l’impression que la salle restait plutôt attentive et que c’est une exaspération personnelle de Marie Chaix qui s’est manifestée plutôt qu’un sentiment qui aurait été largement partagé dans la salle.

Je ne lui en ai pas voulu de cette intervention un peu intempestive. Elle m’est apparu au fond comme un pendant de ce qui fait la qualité de son positionnement et donne sa force à ses livres, ce côté direct, fonceur, un peu brut de décoffrage, cette part écorchée liée à son histoire qu’à la fois elle semble avoir parfaitement dépassée mais dont on sent que les blessures restent malgré tout si vives, près de la surface, prêtes à saigner. Elle semble un peu agacée aussi par la réflexion théorique (ce qui est apparu aussi dans certaines divergences dans la discussion entre elle et Philippe Vilain (« vous vous posez bien des questions ! »). Je regrette un peu avec toutes les sollicitations de la fin de séance de ne pas avoir eu l’occasion d’aller la saluer en partant pour neutraliser avec un sourire le souvenir de ce petit moment de tension.

Je me suis interrogé ensuite pour essayer de percevoir ce qu’il y avait à la source de cette exaspération. Je me suis demandé s’il n’y avait pas chez elle des réticences liées à une méfiance viscérale à l’égard d’internet. En tout cas j’ai souligné moi dans les discussions qui ont suivi l’apport d’internet comme source positive d’élargissement et de démocratisation des pratiques culturelles, malgré les scories inévitables et là dessus il m’a semblé ressentir plutôt une approbation de la salle ce qui va aussi tout à fait dans le sens de l’approche de l’APA et de sa promotion des écritures ordinaires. Marie Chaix ne niait pas cet aspect mais on sentait il me semble quand même comme une sorte de résistance ou d’inquiétude de l’écrivain patenté devant ce surgissement aux formes imprévisibles.

En tout cas je crois que la discussion entre tous les participants et avec la salle a été très vivante, ce n’était vraiment pas quatre monologues juxtaposés.

J’ai été ensuite prendre un pot bienvenu avec les blogamis venus m’écouter. Ils m’ont tous rassuré en me disant que mon intervention était passée plutôt bien mais c’était un public un peu acquis d’avance. D’autres échanges ave des membres de l’APA que j’ai vu hier, à priori moins susceptible de blogocomplaisance m’ont également rassuré comme Constance de son côté. Donc, bon, je pense qu’au final tout ça a été plutôt intéressant pour les gens qui y ont assisté et mon intervention pas moins que les autres.

Je n’ai pas de regret d’être intervenu. Pour le moment en tout cas. J’imagine ce qu’aurait été ma frustration et combien j’aurais rongé mon frein si, sur une question comme celle-là, avec l’expérience et les réflexions que j’ai eu depuis des années sur le sujet, je n’avais été qu’un simple spectateur.

Demain je pense que je posterai le texte de mon intervention. C’est sans doute un peu redondant avec des tas de choses que j’ai déjà écrites ici mais ça fait une synthèse et ça a l’avantage d’être un billet tout écrit. Et puis comment me soustraire à une demande que m’a formulée Dame Telle : il faut quand même lui donner de quoi s’occuper, à cette chère Telle, entre deux tétées…