Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

10 novembre 2009

Un week-end très culturel

Mon dernier week-end a été très rempli d’activités culturelles diverses. On va dire qu’il était riche donc…

J’ai été voir à la Cité de l’Architecture à Chaillot l’exposition issue de la consultation des équipes d’urbanistes et d’architectes travaillant sur le projet du Grand Paris, exposition symboliquement installée dans une des galeries historiques du musée afin de faire ressentir aux visiteurs que la démarche de réflexion sur le futur de l’agglomération ne peut s’envisager qu’articulé avec son précieux passé.

Les projets des diverses équipes sont très différents mais les constats sont largement similaires, ils pointent tous les contrastes excessifs entre l’intra périphérique et son au-delà, la nécessité de faire sauter ce verrou administratif et psychologique qu’est ce mur de Berlin dans les têtes, la nécessité absolue de créer des systèmes de transports concentriques pour décongestionner le cœur parisien comme celle de créer du lien dans des espaces qui sont déstructurés par le passage des axes de transport. Les enjeux en tous cas apparaissent clairement et sont d’une formidable ampleur, ce que ne réalisent pas ou peu les parisiens de l’intérieur que nous sommes.

Chaque matin à 7 heures quand j’aborde doucettement mon petit déjeuner avant de me rendre à pied à mon bureau, j’entends les commentateurs de France Inter qui indiquent le kilométrage des bouchons. A quel heure les gens se sont-ils levés ! Et il y au même moment des milliers de gens entassés dans les trains et les RER filant (ou pas, selon les conditions du trafic, des pannes ou des grèves) vers le cœur de Paris, quand bien même ce ne serait que pour y transiter. Il est clair que la question du transport est la plus cruciale, la plus urgente, et la mise en place de systèmes concentriques, évitant l’obligation de passer par le cœur de la cité est forcément présent dans tous les projets.

Au delà les réponses diffèrent et je serais bien en peine de pencher pour telle ou telle d’autant que le quartier libre donné aux équipes dans leur façon de présenter leurs projets ne facilite pas les comparaisons. Celles qui visant à contenir l’agglomération dans une superficie raisonnable me paraissent cependant plus fortes que celles qui voudraient la faire s’étendre considérablement, par exemple tout au long du Val de Seine de Paris au Havre. Quelques projets m’ont plus accrochés que d’autres, ceux de l’équipe Portzamparc, ceux de l’équipe Castro mais peut-être est-ce seulement parce que leur façon de communiquer et d’expliciter leurs choix était meilleure.

Maintenant je ne sais trop ce qu’il en résultera, les pesanteurs, les féodalités diverses et la crise par-dessus le marché sont de nature à réduire les ambitions des politiques, Nouvel a poussé récemment un sérieux coup de gueule là-dessus.

Au moment où je suis sorti de l’exposition, il y avait une belle éclaircie sur Paris, un ciel magnifique sur la Seine, sur la Tour Eiffel et, au-delà, sur les dômes et les toits de la rive gauche. Mais l’esplanade, outre ses habituels touristes se prenant en plate photo en pied devant la Tour et les dizaines de vendeurs de babioles diverses, était envahie par deux manifestations disparates, un groupe de tamouls protestant contre la répression au Sri Lanka, des gens venaient déposer des fleurs auprès d’une grande photo au décor très bollywoodien et aux couleurs léchées d’un personnage qui devait être un martyr de la cause, tandis qu’un peu plus loin, dans une ambiance plus échevelée, des guinéens protestaient contre la récente et sanglante répression dans leur pays. Je suis passé là devant, je ne saurais que dire ou que faire à l’égard de ces conflits que je connais à peine et que je sais pourtant bien réels, c’est juste comme une piqûre de rappel des malheurs du monde, juste de quoi faire saigner un peu ma mauvaise conscience.

Ensuite je suis descendu jusqu’au quai, je me suis promené dans l’exposition de photographes du monde installée devant le Musée du Quai Branly. Là aussi quelle variété ! Il faudrait s’arrêter, prendre le temps d’essayer de rentrer dans ces diverses approches et visions du monde. Mais voici que la nuit tombe, le vent, le froid se mettent de la partie, il recommence à pleuvoir, alors je n’insiste pas, je me contente de mon zapping, de mon survol non sans en ressentir une certaine frustration.

Le soir j’ai assisté à une séance de théâtre d’appartement où William della Rocca, qui continue son extraordinaire projet de donner en one man show la quasi intégralité du texte des Confessions de Rousseau. A chacun des livres des Confessions correspond un spectacle, il s’agissait ici du 6° livre, le bonheur aux Charmettes, l’étude, les soucis de santé, le voyage à Montpellier et la rencontre avec Madame de Jarnage, le retour à Chambéry et la douleur de se voir remplacé dans le cœur de « Maman », le séjour à Lyon puis le départ à Paris pour y présenter son système de musique. Le secret de la réussite tient à la façon dont William della Rocca investit le texte, la voix nouée, les larmes au bord des yeux, on croirait vraiment avoir en face de soi Rousseau lui-même revisitant, l’âge venu, ses bonheurs et ses douleurs d’autrefois. J’avais entraîné Constance dans l’aventure, un peu réticente au départ, se demandant comment deux heures de monologue d’un texte qui ne paraît pas à priori particulièrement théâtral pouvait ne pas être ennuyeux. Elle est sortie de là enthousiaste et m’a dit n’avoir pas décroché un instant. Le moment convivial qui suit ou les spectateurs et l’acteur échangent autour d’un buffet rajoute au charme de ce genre de soirée.

Dimanche au cinéma j’ai vu « Irène » d’Alain Cavalier. Le film m’a un peu fait bailler et en même temps j’y ai trouvé des choses formidables, plus nombreuses d’ailleurs à mesure que le film avance. Ça mériterait une note sur l’intérêt et les qualités ou faiblesses intrinsèques du film mais plus encore sur le rapport que j’ai entretenu avec lui, qui tient peut-être à une certaine lassitude que j’éprouve ces derniers temps face à la mise en mots de soi, laquelle a sans doute un rapport avec ma moindre appétence à écrire dans ce registre pour moi-même ces derniers temps.

Enfin j’ai participé à un café littéraire autour de Gogol. J’ai retrouvé l’équipe qui animait l’an dernier et avec laquelle j’avais participé entre autres à des soirées Vailland, Ernaux ou Vian. Le lieu a changé, la formule est un peu modifiée, plus structurée mais toujours basée sur des lectures faites par des participants eux-même . Je n’avais pas participé à ce café depuis plusieurs mois et cette fois je n’étais là qu’en spectateur. L’ambiance était chaleureuse, les lecteurs talentueux, les discussions avec la salle le plus souvent intéressantes même si il y a eu quelques débordements à partir de propos par trop généralistes qui font vite basculer vers des discussions de café de commerce. Un jeune violoniste s’est gentiment imposé pendant l’entracte puis a continué à faire l’ambiance pendant le dîner russe qui a suivi et auquel je suis resté, j’étais très content de retrouver cette bande.

Donc riche week-end en effet…

Et pourtant je méditais ! Je me disais que cette accumulation était heureuse mais que ce défilement accéléré était aussi générateur d’une certaine frustration. J’ai besoin il me semble de plus en plus souvent de lenteur, de temps de latence pour me recentrer moi dans le mouvement et les sollicitations. Et je me disais qu’à tout prendre j’avais plus besoin encore du ressac de la mer, du vent dans les arbres, de sentir mon corps vivant et présent à la nature et aux éléments. Les deux temps sont indispensables bien sûr mais j’ai de façon de plus en plus nette conscience de celui qui au final est le plus essentiel.

05 novembre 2009

Nom de noms!

C’était étrange. Je me suis éveillé l’autre jour avec ce nom dans la tête : Xavier Lepage. D’où venait ce nom ? D’un rêve ? Mais alors d’où venait le rêve de Xavier Lepage ? En tout cas je ne connais personne qui s’appelle ainsi, et même en recomposant le nom, en jouant des anagrammes, je ne vois pas.

En même temps, il y avait dans cet éveil des pensées autour de ce que j’écris, de l’anonymat, du nom de plume. Le texte « Traces » que j’ai déposé à l’APA a donné lieu, après un écho de lecture que j’avais refusé, à un autre dans lequel cette fois je me suis bien mieux retrouvé et qui sera donc publié dans le prochain volume du Garde mémoire de l’Association. En plus il est vaguement question que je retravaille une partie de ce texte et que je le donne à une maison d’édition amie qui est intéressée. Je n’ai pas encore décidé sous quel nom d’auteur présenter « Traces ». Au départ j’étais parti sur l’idée de le signer des initiales de mon nom réel. Mais finalement cette demi mesure ne me satisfait pas. Ça fait bizarre un texte signé d’initiales ! Il me faut soit assumer mon nom, soit prendre un pseudonyme. Le nom imprimé c’est autre chose qu’un nom sur internet, dont on peut changer comme de chemise, il faut que je me décide en sachant que c’est cette fois une décision de long terme que je prends.

Trouver un pseudo n’est pas évident. Une fois épuisé les anagrammes de son nom (je n’ai rien trouvé de bien sonnant à partir du mien) on se lance dans des élucubrations variées cherchant à jouer des sonorités, des évocations, voire des symboles. On finit à ce jeu par gonfler de sens le nom à choisir, au point de l’excéder, de le saturer. (C’est un peu ainsi que j’avais procédé pour Valclair aux symboliques transparentes dont au demeurant je suis satisfait mais Valclair n’a pas de prénom et puis c’est mon nom en ligne, ce ne peut être mon nom de plume).

Alors pourquoi pas au contraire un nom neutre, le plus neutre possible ?

Et c’est là que le lien entre mes deux songeries nocturnes s’est fait.

Pourquoi pas ce Xavier Lepage surgi de nulle part ? Je ne l’aime pas trop ce nom ! Je n’aime pas en particulier le prénom Xavier. Mais après tout, son nom, on ne le choisit pas ! Il vous tombe dessus. Alors puisqu’il m’en tombe un dessus, envoyé cette fois non par les ascendants mais par les petits dieux de la nuit, pourquoi ne pas l’adopter sans autre forme de procès. Sur le moment j’ai été convaincu. Je me suis dit Xavier Lepage, Xavier Lepage, bravo, vive Xavier Lepage, ça me va très bien, tope là, l’affaire est faite…

Mais quelques heures plus tard, passé l’euphorie des pensées exaltées du réveil ce n’était déjà plus pareil. Non décidément je ne le sentais pas ce Xavier Lepage, Xavier surtout. Je ne le voyais pas en haut de l’affiche (enfin, disons, en haut de l’articulet, de la brochurette, du livre à diffusion confidentielle) et surtout je ne me voyais pas avec lui. Donc exit Xavier Lepage, aussi vite qu’il avait débarqué.

Mais j’ai envie de garder la méthode, de noter des noms qui me traversent l’esprit, qui surgissent comme ça sans trop que je sache pourquoi. Evidemment, si je suis dans l’attente, il va en surgir plus mais peut-être moins spontanés. Mais du moment que je ne cherche pas à leur attribuer du sens, que je me contente de les appréhender comme sonorité, comme forme, je peux essayer. Je ne sais si c’est possible d’en rester là, si je ne vais pas les charger de sens, même à mon corps défendant, influençant le ressenti premier. Deux autres noms en tout cas ont surgi depuis, Lucas Salvator, Lucas Marinier, va-t-en savoir d’où venu ces deux là aussi…

Je n’en tire rien pour l’instant. Je n’ai même pas encore décidé si vraiment je voulais un pseudonyme ou si je voulais assumer mon nom c’est à dire plus exactement le mouiller de mes mots, me mouiller de mes mots.

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30 octobre 2009

Journées bretonnes

Il a fait plutôt beau tous ces jours-ci ! Quel bonheur que ce soleil, cette lumière bretonne ! Il fait frais le matin mais doux aux meilleures heures, on peut se débarrasser de la parka et du gros pull, ouvrir le col de chemise et offrir sa peau à la caresse du soleil. A l’aube de novembre ça fait plaisir !

Bon, beau presque tous les jours, n’exagérons pas tout de même ! Mercredi le brouillard ne s’est pas levé, la campagne est restée noyée de gris, tout se trouvait amorti, poussé à l’assoupissement, les humains aussi, mais tout de même la marche dans le bois dans l’après-midi parmi les odeurs d’automne était agréable et revigorante.

Aujourd'hui c’était mitigé, brouillard matinal, laborieusement levé en fin de matinée. Tout à l’heure j’étais sur le port où j’avais été, d’un coup de vélo, faire les courses à la supérette. Je me suis posé là un moment. J’ai eu un assez long coup de téléphone avec une amie lointaine et très chère et dont je n’avais pas de nouvelles depuis un moment. C’étaient des nouvelles heureuses et cela m’a infiniment réjoui. Et juste à ce moment là le ciel s’éclaircissait. C’était beau de voir ces teintes très douces s’avivant peu à peu, la découpe des ombres d’abord à peine devinée, puis plus nette, plus tranchée, les formes des maisons, des arbres, des bateaux qui en prenait plus de relief, le gris du ciel virant peu à peu à un bleu amorti. Ça n’a pas été plus loin cependant, la journée est resté dans l’entre deux, le soleil est resté timide même l’après-midi, mais cette lumière ouatée avait son charme. Comme mon cœur aussi était dans un entre deux à la fois plaisant et légèrement mélancolique.

Ce sont des vacances tout ce qu’il y a de plus cool. J’avais amené pas mal de choses à faire et Constance aussi auxquelles nous ne touchons guère. Mais sans culpabilité. Je flemmarde. Je ne manque pas de céder chaque jour au plaisir de la sieste pendant lesquelles inévitablement je m’endors. On se balade dans le secteur, pas de grandes randonnées (sauf hier où on a fait une grande marche de toute la journée autour de la Pointe de la Torche), ce sont plutôt des petits tours sur la plage, dans le bois, à portée de pied de la maison. Je bouquine. J’avale à longues goulées « Dans la main du diable » d’Anne-Marie Garat. C’est le genre de livre pour lequel il faut avoir du temps, une lecture trop hachée ne convient pas, il faut pouvoir s’y immerger suffisamment pour entrer dedans mais alors quel voyage…

Je me suis installé sur la terrasse pour écrire. C’est la nouveauté de l’année, cette terrasse, et on en profite le plus qu’on peut. Ça faisait des années qu’on la souhaitait, il a fallu beaucoup de discutailleries dans la copropriété pour qu’enfin tous soient d’accord mais nous y sommes et les terrasses ont pu être réalisées sur la façade côté mer de notre petit immeuble. La fenêtre est devenue porte fenêtre, notre pièce donne désormais sur l’extérieur, sur les toits des villas, sur les arbres du polder, sur l’arc que dessine la mer un peu plus loin et sur le ciel. J’écris mais lève aussi beaucoup la tête pour regarder. Je devine le grondement continu des vagues qui déferlent sur la plage. Mais cette rumeur est plaisante, elle ne casse pas le silence et la paix du lieu, elle la meuble au contraire, lui donnant ainsi paradoxalement une profondeur, une présence plus grande.

Ce petit appartement est un endroit où nous avons de beaux souvenirs et nos garçons, je crois, de merveilleux souvenirs. Il y a eu le temps du canapé jaune, celui du confort très sommaire et des chahuts d’enfants, nous entrons dans le temps de la terrasse…

Décidément, je l’adore ce pays là, aussi…

*

le_bois

Bretagne des bois

la_mer

Bretagne de la mer

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27 octobre 2009

Halte sur le chemin

Notre voyage vers la Bretagne s’est fait à petites étapes. Du moins la première. J’ai été comme un voyageur des temps anciens qui se serait posé au premier relais de poste venu !

Car nous nous sommes arrêtés en grande banlieue sud, nous avons dîné et dormi chez des amis après avoir été avec eux assister à Longjumeau à un concert de Gilles Vigneault.

Je me suis régalé. Je craignais comme cela arrive parfois lorsque par nostalgie on va revoir ou on écoute les productions tardives d’un chanteur qui a marqué nos jeunes années, d’être déçu par une voix, une présence qui n’aurait plus été celle qu’on a connu (j’ai eu ce genre de déception à l’écoute du dernier disque de Barbara par exemple ou des Ten New Songs de Léonard Cohen).

Rien de ça ici. Vigneault a gardé une énergie, une présence en scène, un timbre et une puissance de voix qui semblent défier les années. Il est resté deux heures en scène, sans interruption, enchaînant les chansons sans même laisser au spectateur le temps de souffler. Il arrive sur scène en courant, il se tient immobile devant son micro ou bondit comme un diable, amorçant ici ou là quelques pas de danse, il déploie sans cesse mimiques et gestuelles très élaborées, il repart en courant pour marquer la fin d’un morceau, on croît qu’il s’éloigne mais déjà il est revenu ! Il y a derrière tout ça bien sûr un grand métier, un show parfaitement maîtrisé, faisant se succéder habilement différentes ambiances et climats sonores, réclamant plus ou moins d’engagement physique ou vocal de sa part. Mais quand même il faut pouvoir. Quelle pêche. Le bonhomme a tout de même 80 ans. Il fait plaisir à voir, pour ça aussi.

Les textes sont très variés, certains très beaux. Alternent chansons d’amour et chansons à thèse, descriptions poétiques, chansons mélancoliques et chansons joyeuses et humoristiques, méditations douces-amères sur le temps qui passe. S’intercalent quelques récits, parfois relativement longs mais pendant lesquels, il sait nous tenir en haleine, Vigneault étant aussi un excellent conteur. Et bien sûr il porte avec lui toujours cet imaginaire du Québec profond, qui nous fait rêver nous gens de la ville, les grands espaces, la présence de la nature, les forêts et la neige, , le village des ancêtres perdu au bout de la longue, longue route, le village où l’on revient immanquablement, le village que l’on n’a jamais vraiment quitté, « c’est à Natashquan là où le temps s’arrête, c’est à Natashquan, là où le temps m’attend ».

Il y avait beaucoup de chansons que je ne connaissais pas, sans doute des chansons nouvelles ou relativement nouvelles mais avec quelques grands classiques enchâssés au milieu pour faire vibrer encore plus le public, heureux de se retrouver en pays de connaissances. « Je t’ai…aime » ou le « Mon pays, ce n’est pas un pays… »

Ce spectacle était le point d’orgue de la semaine québécoise de Longjumeau, qui a vu diverses animations, spectacles, manifestations dans la ville et ses écoles. Il s’est donc terminé par discours des édiles, remise de cadeaux au chanteur, réponse de celui-ci qui a tourné un joli compliment plutôt émouvant, manifestant une émotion qui semblait sincère à l’accueil qui lui était fait. J’aime aussi cette ambiance que donne au spectacle une salle relativement petite, un public majoritairement local, cela crée une plus grande proximité que dans de grandes salles forcément plus anonymes.

J’ai beaucoup aimé ce refrain qui dit tant en peu de mots: « Sortir de sa cage, et trouver sa voie, c’est un long voyage, pour arriver chez soi… »

*

gilles_vigneault_marie_claude_tetreault

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24 octobre 2009

Je m'en vais voir l'océan

J’ai l’impression que bientôt je finirai par ne venir sur ce blog que pour dire que je m’en vais ici ou là et que je n’écris pas !

Pourtant plusieurs fois dans la semaine j’ai eu envie de parler de choses ou d’autres. Mais de là à faire le pas de rédiger ! Le week-end dernier j’ai repris à deux reprises le chemin du cinéma. Pendant les bandes annonces j’ai réalisé qu’il n’y en avait aucune que j’avais déjà vue. Signe que ça faisait un moment que je n’avais pas mis les pieds dans une salle obscure. J’ai vu « Mères et filles » et « Fish tank », deux films que j’ai apprécié avec certaines réserves pour l’un comme pour l’autre. J’aurais voulu dire ce qu’en eux j’avais aimé et ce que j’avais moins aimé. J’aurais voulu aussi développer les réflexions qu’avaient fait naître en moi ces deux façons de faire du cinéma, si différentes, le contraste étant rendu frappant par le fait de voir ces films de façon si rapprochée, à quelques heures d’intervalle. Ce genre de billet ne sort pas au premier coup de plume, il nécessite un certain travail, je n’en ai pas eu le temps, ou, plus exactement, je n’en ai pas pris le temps.

A défaut de ce billet je me suis dit qu’il fallait au moins – et là c’est de la fonction mémorielle pour soi-même du journal qu’il s’agit – noter le titre, l’impression qu’ils m’ont fait en quelques mots lapidaires. Mais ça n’a guère d’intérêt de publier ça. J’ai pensé alors à un autre fichier possible, une sorte de mémento, où noter ce que j’ai vu, ce que j’ai lu, qui j’ai rencontré, en une ligne, comme on le ferait dans les marges d’un agenda. J’ai même commencé ça une fois sans m’y tenir. J’y repense chaque fois que ce journal se fait peau de chagrin. Ainsi, n’arrivant pas à faire de vrais billets sur ces films vus, ai-je voulu reprendre ce fichier mémento mais non sans immédiatement me questionner sur le sens d’une telle pratique. A quoi ça rime ces prothèses de la mémoire, cette volonté dérisoire de retenir ce qui s’enfuit ? Ça aussi ça aurait pu faire un billet !

Bref pour l’heure je pars m’aérer une dizaine de jours, me gorger d’air marin, du grand vent, m’imprégner du rythme de l’océan, me sentir au plus près des éléments, ça, ça vous aère les neurones et remet les pendules à l’heure.

Pas de connexion, l’ordinateur tout de même des fois que je veuille écrire, plusieurs livres à bouquiner sous la couette (dont certains arrivés par porteur spécial depuis la Belle Province), ma parka, de bonnes chaussures…

En route !

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16 octobre 2009

Quand la vieillesse est un naufrage

Samedi dernier, pendant mon séjour dans le midi, j’ai rejoint en fin d’après-midi ma cousine à la maison de retraite pour aller rendre visite à sa vieille mère.

J’essaie de passer la voir à chacun de mes séjours là-bas. La très vieille dame me paraît à chaque fois un peu plus tassée sur elle même, un peu plus réduite, un peu plus évanescente. Même sa tête dont les joues fripées semblent rentrer dans les mâchoires, paraît rapetisser. On pourrait imaginer qu’à force, bientôt il ne restera presque plus rien, comme une tête réduite de Jivaro, comme un corps momifié.

Elle garde les yeux le plus souvent fermés, les mains recroquevillés sur ses draps. Elle ne lit plus, elle ne regarde plus la télévision. Quand elle a des visites elle ouvre un peu les yeux, dodeline de la tête pour marquer qu’elle a perçu le visiteur, parfois prononce dans un souffle une bribe de parole.

Pendant les beaux jours ma cousine, aidée d’une infirmière, l’assoit sur sa chaise roulante et la descend un moment dans le jardin, pour qu’elle puisse ressentir un peu l’air, le feuillage, le ciel.

Ma cousine reste quatre heures avec elle, chaque jour, sans exception, entre 15 et 19h. Et le dimanche elle vient même prendre son déjeuner avec elle. Elle est là, elle l’assure de sa présence, elle lit son journal ou des magazines, lui parle de temps en temps, répond à ses sollicitations, profite des visites s’il y en a, qui sont autant des visites pour elle que pour la vieille dame. A l’heure du dîner elle la nourrit, lui donnant quasiment la becquée, utilisant toutes sortes de moyens pour essayer de la faire manger, des ruses même, un peu comme on le ferait à un très petit enfant. C’est comme ça depuis plusieurs années. Enfin plutôt c’est de pire au pire, au début la vieille dame était un peu plus mobile, un peu plus active, un peu plus présente.

Après avoir posé doucement mes lèvres sur sa joue fripée, je m’assois, je donne à voix forte quelques nouvelles de mon père, de mes enfants, je parle de la maison, des travaux, de ma journée. Je sais qu’elle entend, elle le manifeste à quelques petits signes, lève parfois sa paupière et porte son regard dans ma direction.

J’échange avec ma cousine et je sais que la vieille dame nous écoute.

Et dans les blancs – il y a forcément beaucoup de blancs – je pense. Je me demande le sens que ça a cette lente, interminable défaite. Ne vaudrait-il pas mieux pour elle-même, pour sa fille, qu’elle se retire, qu’elle éteigne ce qui lui reste de souffle vacillant ? Je pense à Montherlant, à Madame Jospin mère, à d’autres, qui ont fait des choix radicaux, indépendamment même de toute grave maladie et de la souffrance, simplement pour prévenir la déchéance, pour partir avant le naufrage. Je pense mais ne sais que penser !

Ma cousine évoque un point d’histoire familiale dont nous avions parlé à table la veille sans trouver la réponse. Elle se penche vers sa mère :

« La femme de l’oncle Paul – mon arrière grand père – c’était une quoi déjà, on ne le retrouvait plus… »

C’est à peine audible mais ça sort dans la seconde : « une Pagès ».

Ma cousine reprend :

« Et la tante Marie-Rose, elle était morte jeune, n’est ce pas, la tuberculose ? »

« Non… typhoïde… à trente deux ans »

Il faut s’approcher pour entendre mais elle continue

« Et sa sœur, jeune aussi… malheureuse… suicide… le père méchant… la maison coupée en deux »

Ainsi dans cette coque si percluse, si cabossée, si souffrante sûrement, il reste des noms, des images, des personnes. Peut-être que le plus clair de sa vie consiste à se mouvoir parmi ces ombres encore bien dessinées, au fil de ses rêveries et de ses assoupissements, et qui sait, peut-être que malgré tout, elle y fait de beaux voyages.

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10 octobre 2009

Vie provinciale

J’ai fini de vider le petit appartement du rez de chaussée que nous avions équipé de bric et de broc cet été pour pouvoir nous y installer. J’ai tout entassé dans une autre pièce de l’autre côté du hall pour laisser place nette. C’est cet appartement qui sera refait en premier, qui servira ensuite d’espace de stockage et qui pourra nous accueillir pendant le reste des travaux.

Avant de tout refermer et d’aller faire visite à ma cousine et à sa vieille mère à la maison de retraite, je me suis installé devant la porte fenêtre ouverte sur le jardin ensauvagé, je regarde la pluie tomber, je respire la bonne odeur des feuillages mouillés, tandis que me parviens de la fenêtre opposée la rumeur des conversations sur la place.

Je goûte, avant de reprendre tout à l’heure le train de nuit pour Paris, le calme de ce moment de suspens, le bien-être de ma tranquillité, le plaisir de faire courir mon stylo sur le papier. J’ai pu faire tout ce qui était prévu pendant ce bref séjour et j’ai donc l’esprit tranquille.

Il y a quelquechose de pacifiant dans ce rythme de la vie de province. J’en ai eu encore des exemples pendant ces quelques jours. Les gens sont tout de même sérieusement moins stressés ici qu’à Paris !

J’ai été hier midi acheter quelques bonnes cochonailles à rapporter à Paris. Le charcutier est un être qui fonctionne sur un tempo d’une extraordinaire lenteur, il semble comme physiologiquement lent, lent dans ses gestes, lent de le débit de sa parole. Mais en plus il est bavard et tient à faire de son échoppe une annexe du café du commerce. Autant dire qu’on y passe parfois un certain temps mais autant je pourrai m’en exaspérer à Paris, autant ici je m’adapte. Ainsi pendant que j’étais là est passé un groupe de collégiens devant la boutique, ce qui nous a valu des interrogations partagées avec ses pratiques sur le point de savoir s’il s’agissait des jeunes cinquièmes ou des petits sixièmes du collège voisin. Il s’est extasié ensuite sur le très jeune chien d’une de ses clientes et sur le regard suppliant que, de là où il était attaché à l’extérieur du magasin, il jetait sur sa patronne. Quand ce fut mon tour bien sûr il a évoqué l’incendie. Je lui ai donné quelques informations que j’ai tenu à laisser dans le vague mais que j’ai enrobé cependant de quelques considérations générales et consensuelles pour ne pas avoir trop l’air d’un ours parisien restant par trop sur son quant à soi.

L’après-midi en sortant de mes rendez-vous il y avait un joli rayon de soleil. J’ai donc été marcher un peu jusqu’au mini-canal qui fait un joli but de promenade aux limites de la ville et porte les eaux de la Montagne Noire jusqu’au Canal du Midi. J’ai croisé à un moment deux papys engagés dans une grande discussion et qui m’ont arrêté.

« Ah, vous sauriez peut-être, vous, comment appelle-t-on déjà ces maladies que l’on choppe à l’hôpital ? »

Je le sais bien sûr. Mais, sous le coup de l’émotion de la question posée à brûle pourpoint, le mot me fuit et je ne peux après quelques instants de conversation avec eux que reconnaître mon incapacité à les aider. Tandis que je m’éloigne, approche un autre promeneur, qu’ils arrêtent à son tour. Et dans la seconde qui suit j’entends, crié dans mon dos un triomphant et rugueux « nosocomiales ». Je me retourne, fais un petit signe de la main à leur endroit et lance à mon tour un jovial :

« Nosocomiales, mais bien sûr ! »

Et oui on peut même prendre un ton jovial en évoquant des sujets aussi peu plaisants que celui-ci !

Je poursuis mon chemin, le sourire aux lèvres. Ce n’est rien naturellement que cet échange légèrement surréaliste sur un bord de canal, mais c’est un événement quasi inconcevable dans un flux de parisiens, même en promenade et c’est un mini bonheur dont j’embarque avec moi le souvenir...

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08 octobre 2009

Là-bas

Me voici donc en région toulousaine pendant trois jours, pour m’occuper de la maison brûlée.

Ces jours ici me font un joli moment parenthèse. Mes démarches ne sont pas pesantes. Le choc douloureux au moment du sinistre et les anxiétés qui ont suivi sont dépassées, le deuil de ce qui a été perdu est fait, je suis désormais dans le projet, je suis dans la reconstruction est c’est diablement porteur. C’est un peu plus que « à quelquechose malheur est bon », ce serait plutôt « ce sinistre, finalement, c’est une bénédiction ».

En tout cas quel brusque et bienfaisant sentiment de coupure avec mon quotidien. Je l’ai un peu payé dans les jours qui précèdent, j’ai dû concentrer mon activité de cinq jours de travail sur trois, mais ensuite dès que j’ai été installé dans ma couchette dans le train de nuit filant vers le sud, j’ai tout de suite été porté ailleurs, je n’ai plus le moins du monde pensé au boulot, et plus guère à Paris pas plus qu’à ma blogosphère.

La journée a été intense. Je l’ai passée toute entière avec l’architecte, nous avons analysé ensemble les devis des divers corps de métier. Les choses se présentent plutôt bien. La quasi totalité de ce que nous voulons faire tient dans l’enveloppe allouée par l’assurance. Dans quelques mois j’aurai une maison qui sans perdre le charme de son ancienneté sera aux normes de confort actuel, conforme aux façons d’habiter qui sont les nôtres aujourd'hui et qui répondra à la plupart des envies que j’ai pu formuler. Ce ne sera plus la maison des mes grands-parents, ce deviendra véritablement la mienne. Le passé n’est pas renié mais absorbé, intégré, dépassé. Si nous faisons de cette maison notre résidence principale comme j’en ai le projet, nous n’aurons plus ce sentiment d’entrer dans un lieu modelé par d’autres, figé dans les formes dans lesquelles ils l’avaient laissé.

Même si l’essentiel du projet est arrêté il nous reste à nous prononcer sur diverses options ce que je verrai avec Constance et avec mon père dès mon retour à Paris. Puis il faudra rentrer dans de nombreux détails de décoration et d’aménagement dans de prochains voyages ici au cours de l’hiver et du printemps.

Je loge chez ma cousine. J’ai hésité un peu, sachant que j’aurais goûté après mes diverses tâches la tranquillité et ma solitude dans la grande maison vide. Mais outre que ma présence fait plaisir à ma cousine, je trouve aussi un certain agrément au babil avec elle, je trouve bien agréable le confort de son appartement, les douches chaudes et le fait de mettre les pieds sous la table et de ne rien avoir à faire pour les repas, toute tentative de ma part pour l’aider en quoi que ce soit se révélant voué à l’échec.

Cette cousine est d’une extrême gentillesse et d’un dévouement qui confine au sacrifice. Pendant dix ans elle n’a pas bougé de chez elle soignant un mari, épousé sur le tard, et victime quelques mois après leur mariage d’un accident cérébral qui l’a laissé aphasique et paralysé pendant dix ans. Puis, celui ci décédé, c’est sa mère qui est devenu impotente et avec laquelle elle passe à la maison de retraite proche tous les après-midi sans exception .

Sa vie tourne quasi exclusivement autour de ce qu’elle pense devoir à ses malades aimés. Je l’admire et la plains tout en me demandant s’il n’y a pas aussi quelquechose d’un peu pathologique dans son dévouement, si elle n’aurait pas pu, sans manquer à ses devoirs, s’organiser un peu différemment, pendre au moins quelques temps de vacances et d’éloignement dans sa vie de garde malade.

Lorsqu’elle est chez elle la télévision est sa compagne obligée qui est allumée de façon quasi continue. Même lorsqu’elle ne regarde pas vraiment, les programmes, les pubs sont présents en fond sonore. Cette omniprésence m’est pour le moins pénible. J’ai vaguement tenté de lui suggérer d’étreindre pendant les repas puisque j’étais là et que nous causions mais en vain, tout au plus l’a-t-elle baissée pour que le son ne gêne pas trop notre conversation.

Une autre chose me frappe : il n’y a pas ici, dans cet appartement pourtant relativement cossu, la moindre bibliothèque. Cette femme n’est pas inculte, elle a été à l’école jusqu’au baccalauréat, elle a passé ensuite le concours des impôts et a été fonctionnaire de nombreuses années avant de se marier à la cinquantaine, elle provient d’un milieu de petite bourgeoisie provinciale où il y avait des livres (à vrai dire peut-être était-ce surtout des livres pour la parade. Étaient-ils lus ?). Tous les ans elle faisait un voyage culturel avant d’être rivé sur place par ses malades et elle avait été active aussi dans la vie associative et municipale locale. Je ne la vois jamais avec un livre à la main, je ne la vois jamais lire, à part la Dépêche qu’elle parcourt et quelques magazines vaguement glamour. Ça me paraît stupéfiant. C’est, il me semble, comme si elle rajoutait d’elle-même aux mauvais tours que la vie lui a fait une amputation supplémentaire. Bien sûr ce n’est que mon regard de grand lecteur et il me faut bien concevoir que l’on puisse voir les choses différemment mais tout de même, moi, cette absence aussi radicale du moindre livre, ça me rend triste pour elle.

J’ai laissé la télé et ma cousine, prétextant que j’avais encore à travailler sur mes devis. Je me suis mis à écrire avec un certain plaisir. Pas d’internet ici et je n’ai pas même apporté mon ordinateur, je fais glisser le stylo sur le papier de mon carnet. Je vais me relire puis je vais me glisser entre mes draps et rejoindre avec un intense plaisir et jusqu’à ce que mes yeux se ferment, la belle Gabrielle et la maison du Mesnil, surgie d’entre les mots d’Anne Marie Garat.

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04 octobre 2009

A distance, toujours

C’est le week-end. C’est dimanche et dimanche soir même, la nouvelle semaine presque…

Je n’ai pas plus écrit ces jours ci que les précédents.

Ces dernières semaines j’ai lu des livres, vu des films, j’ai été une fois au théâtre, j’ai eu des pensées et des sentiments, de gais et de moins gais.

Mais à aucun moment je n’ai eu l’envie de faire courir mes doigts sur le clavier pour en conserver ou en partager quelquechose.

Cinq billets au mois de septembre ! Il n’y a pas d’autres mois depuis que je tiens journal en ligne où je me sois montré aussi peu prolixe !

Cette absence ne vient pas de ce que j’aurais consacré du temps d’écriture à des billets hors ligne qui me sont parfois nécessaires pour faire le point sur des sujets que je ne veux ou ne peux partager pour différentes raisons.

Non cinq billets en un mois, pas un de plus, que ce soit ici ou dans le secret de mon disque dur !

Ce qui me surprend c’est que je n’éprouve rien à cette absence.

Pas de la satisfaction parce que ma vie serait devenue riche d’autre chose, mais pas plus de la déception à ne rien produire par moi même, pas de la frustration non plus à l’idée de ce que je laisse échapper, pas de gêne ou de culpabilité au fait d’être absent à mes lecteurs. Il n’y a pas de billets qui viennent au bord de ma conscience et que je me désolerai de ne pas écrire par pure flemme. Je ne me promène guère non plus dans ma blogosphère. Encore une fois j’ai laissé couler presque une semaine sans même ouvrir une fois mon propre blog ne serait-ce que pour voir si j’avais des commentaire sur mon dernier billet. Je n’en ai pas d’ailleurs, comme si mes lecteurs eux-mêmes ressentaient que je me suis mis à distance et qu’il n’est pas la peine de communiquer avec un quasi absent. Et c’est à peine si j’effleure les autres blogueurs.

Je ne me m’interroge pas sur le pourquoi du comment, je ne me fais aucune théorie avec tout ça. Juste je constate. Et je ne dis pas que j’arrête, je ne dis même pas que je me mets en pause, non je laisse faire, je laisse filer le temps, l’envie reviendra peut-être, reviendra sans doute mais qui sait peut-être qu’elle ne reviendra pas vraiment.

Le soir j’ai plus envie de me glisser dans mon lit et de m’offrir sous la couette une bonne longue plage de lecture bien dépaysante. Pas des essais, pas des récits, pas des biographies ou des autobiographies, aucune des diverses variétés de l’autofiction que d’habitude pourtant j’affectionne, non je veux du roman, du bon gros roman, avec plein de personnages et plein d’histoires, porteuses de mondes et d’ambiance contrastées. Le dernier de mes achats est le pavé d’Anne-Marie Garat, « Dans la main du diable » dans lequel j’ai commencé à plonger ce week-end. Je ne cesse d’entendre dire le plus grand bien de cette auteure ou de lire des compte-rendus enthousiastes. Celui de Traou a particulièrement contribué à me pousser à mon achat. Et oui j’en lis encore quelques uns de mes blogamis ! Allez il n’est peut-être pas tout à fait perdu pour la blogosphère, l’ami Valclair !

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27 septembre 2009

Journées du Patrimoine

Oui, je sais, c’était le week-end dernier !

Je vais me répéter mais bon sang, qu’est-ce que le temps file !

Je n’ai pas vu passer la semaine encore une fois. Beaucoup de travail au bureau toujours et en plus deux pleines journées de formation. Plutôt intéressantes au demeurant. Elles portaient sur le web 2 et les applications à développer dans mon canton professionnel. Il faut reconnaître que j’étais en avance sur la plupart des stagiaires mais n’empêche j’ai quand même appris pas mal de choses qui me serviront par ailleurs dans ma vie d’internaute.

Les soirées sont passées vite sans que je me mette à ma table d’écriture. J’avais commencé un billet lundi dernier sur mes promenades à l’occasion du week-end précédent que j’ai laissé honteusement de côté.

Et puis il y a cet été indien qui se poursuit et qui donne plutôt envie de se balader que de rester devant son ordinateur, grand bien nous fasse !

Alors je le reprends là où il en était, comme si de rien n’était, comme si nous étions encore en début de semaine…

Le week-end dernier donc avaient lieu les Journées du Patrimoine. Comme souvent à l’avance j’ai ressenti un léger flottement. Envie d’en profiter, de ne pas laisser passer l’occasion, avec en même temps une réserve face à ces grandes opérations programmées, un certain vertige devant des propositions tellement nombreuses, devant tant de sollicitations : on passe déjà une heure à zigzaguer sur le programme en se demandant où aller, à quoi renoncer, comment organiser un parcours entre des lieux géographiquement compatibles.

C’est un peu le même vertige que lorsque je me balade sur internet, devant toutes ces portes que de proche en proche je pourrais ouvrir, le même vertige face aux piles de livres dans les libraires ou aux offres culturelles surabondantes de la capitale. Il arrive que l’on reste paralysé par l’hésitation devant l’abondance de l’offre et qu’on finisse, tel l’âne de Buridan, à ne se décider pour rien.

Plus largement c’est le problème de l’abondance, de la pléthore, de la surconsommation quels qu’en soient les domaines : au fond est-ce qu’on besoin de tout ça, ne vaut-il pas mieux un rapport profond à moins de choses ? Mais bon, là je m’égare au fil de ma parenthèse...

Mais c’étaient les réserves d’avant promenade, celles que mon esprit trop tortueux ne peut manquer de faire surgir, histoire de me compliquer la vie et d’entraver la simple jouissance des choses.

Nos vélos nous ont finalement conduits jusqu’au quartier de l’Observatoire. Je me sentais alléché par la visite de la Maison du Fontainier.

Sur le chemin nous nous sommes trouvés amenés à longer la Techno Parade, une confrontation des plus pénibles, pour ne pas dite quasi physiquement insupportable. Les vibrations des basses provenant de certains chars, réverbérées par les immeubles alentours, non seulement me cassaient les oreilles mais me donnaient même l’impression d’agir sur mes rythmes profonds, cardiaque en particulier. J’avais l’impression tout ce qu’il y a de plus angoissante que mon cœur se calait sur le rythme de la musique et qu’il s’emballait. On a dépassé aussi vite qu’on a pu en se glissant entre les groupes. Je me demande vraiment comment les fans de ce genre de musique et d’ambiance supportent et restent des heures entières collés au plus près des chars en se trémoussant sur ces rythmes anxiogènes.

Arrivé au lieu de visite il a fallu se confronter à l’inévitable queue, autre ingrédient habituel de ce genre de Journées très médiatisées. J’ai horreur des queues. Pendant que je patiente me revient toujours l’inévitable antienne : « mais qu’est-ce que je fous donc là, mouton parmi les moutons… ».

Cependant il faisait bon, la Techno Parade s’était éloignée, l’ambiance dans la queue était détendue, Eau de Paris offrait des verres d’eau fraîche.

Et la visite elle-même était intéressante. On nous conduit dans les sous-sols de la maison, là où arrivait l’aqueduc souterrain construit au 17° qui menait l’eau du plateau de Rungis jusqu’à Paris et d’où partait le système de répartition des eaux vers les quartiers de Paris et vers les jardins du Luxembourg dont il alimentait les fontaines. On découvre ensuite le grand réservoir aujourd'hui désaffecté construit au milieu du 19° par Belgrand et qui a fonctionné jusqu’à ce que celui de Montsouris prenne le relais.

C’est le dynamisme et l’enthousiasme du guide qui nous accompagnait qui donnait tout son intérêt à la visite. Ce bâtiment qui se trouve dans l’enceinte d’un foyer d’accueil tenu par des religieuses est progressivement restauré par l’Association de Sauvegarde du Paris historique dont j’ai découvert l’action à cette occasion. Ce sont des bénévoles de cette association qui conduisaient la visite.

En sortant nous avons été à l’Observatoire. Nous l’avions déjà visité il y a quelques années à l’occasion de semblables Journées. Mais il y avait cette fois beaucoup plus d’animations dans les jardins et dans les salles faites par différents personnels de l’Observatoire, dont des chercheurs pointus manifestement ravis de se retrouver face à des publics variés et de pouvoir faire passer dans un climat chaleureux un peu de leur science. Le public d’ailleurs le leur rendait bien, attentif et questionneur, y compris de nombreux jeunes enfants.

Là donc aussi, comme à la maison du Fontainier, on sentait les gens passionnés par ce qu’ils faisaient et c’est ça qui est la plus forte valeur ajoutée, c’est cet engagement des acteurs eux-mêmes qui rend ces initiatives intéressantes, bien au-delà de ce que seraient de simples visites.

Il y avait beaucoup de monde mais là je n’en souffrais plus. J’étais content au contraire, je ressentais tout ça comme un joli partage, offert à moi même , offert aux autres, et je pouvais me dire : finalement c’est très bien quand même ces Journées du Patrimoine…

21 septembre 2009

Eté indien

Ce week-end c’était l’été indien et ça a l’air de continuer…

J’ai joui, je jouis, de ce retour de la douceur et du beau temps.

Ce vendredi aussi et peut-être est-ce cela qui m’a psychologiquement fait ressentir l’été indien, j’ai enfin pu me libérer du boulot dès l’heure du déjeuner, la pression professionnelle baisse, j’ai pu renouer avec mes vendredis après-midi liberté.

Au déjeuner j’en ai profité pour retrouver une ancienne et très chère amie de blog et nous avons eu le bonheur d’un resto en terrasse dans une rue piétonne, réactivant sans peine et dans la pleine confiance nos discussions sur l’état de nos vies et de nos cœurs. Nous avons passé un moment ensuite à prendre le soleil dans un petit jardin public proche, où je n’avais pas mis les pieds depuis des années et où j’avais coutume de conduire mes enfants lorsqu’ils en avaient l’âge. Nous avons profité des caresses du soleil et poursuivi nos discussions tandis que, l’heure de sortie des écoles venant, le square s’est rempli de têtes blondes, de jeunes mamans et de nounous, contribuant à nous replonger nous parents de grands ados ou de jeunes adultes dans des ambiances passées.

Le curieux est que le lendemain matin j’ai eu un appel d’une autre chère amie de blog passant dans mon quartier et nous avons pu aller boire un café ensemble, retrouvant là aussi d’emblée le climat d’une totale complicité.

De ces deux amies, un temps très proches l’une de l’autre, qui furent blogueuses et qui ne le sont plus depuis lurette, j’ai été heureux de persister à être comme un lien indirect à quelques heures d’intervalle, et de ressentir dans le concret combien peut persister l’amitié vraie et pas du tout virtuelle au-delà de l’arrêt des blogs qui nous ont permis de nous connaître.

Tous ces soirs aussi, pour ce qui est du quotidien de la maison, nous avons pu remettre le couvert sur notre terrasse et profiter pendant septembre avancé de ce privilège estival du dîner dehors, dans le calme de la copropriété désertée ce week-end par nos voisins.

J’ai eu du temps ce week-end mais pas plus que le précédent je n’ai eu envie de me remettre à bloguer, de me remettre à écrire. Mais les commentaires laissés comme plusieurs mails que j’ai reçus ces jours-ci et qui m’ont conduit à initier de nouvelles correspondances m’ont reboosté pourtant. L’envie, disons, s’est rapprochée. Alors ce soir rentrant du travail, profitant encore une fois de la terrasse, j’écris sur cette douceur du temps, sur ce retour d’été indien.

Je me sens plutôt bien ces jours-ci, comme s’il y avait non seulement un été indien de la météo mais aussi un été indien du cœur.

Et je me dis, j’essaie de me dire que, quand on arrive au temps de l’été indien de nos vies, il n’y a pas d’autre choix que de tenter d’en jouir au mieux malgré les ombres qui éventuellement se profilent. J’ai puisé, tenté de puiser, des leçons de vie à cet égard dans un bref et beau billet d’Incertaine, comme dans ceux que donnaient souvent, jusque dans les derniers temps de sa maladie, notre amie récemment décédée et que je n’oublie pas.

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16 septembre 2009

De retour, un peu...

Ce soir j’ai repris la plume, enfin le clavier, et j’ai remis assez longuement le nez dans la blogosphère après un moment de presque complète mise à distance qui s’est prolongé plus que je n’imaginais.

J’ai carrément sauté à pieds joints par-dessus une semaine, sans venir déposer la moindre ligne ici, sans écrire non plus par ailleurs pour moi même. Il m’est même arrivé de rester quatre jours entiers sans aller sur internet (sauf pour lire et répondre à mes mails), sans faire tourner mon agrégateur, sans avoir la curiosité d’aller jeter un coup d’œil à mon propre site pour voir si un lecteur n’était pas éventuellement passé pour déposer un commentaire !

Bon, je sais, j’ai une rentrée professionnelle particulièrement chargée, je vais tôt au travail, j’en sors tard (enfin tard pour moi, ce ne sont tout de même pas des horaires de cadres d’entreprise !), je suis surtout absolument constamment occupé au bureau sans ces petits moments creux, fréquents en temps normal, qui sont de bienheureuses respirations. Et moi qui me débrouillais toujours pour prendre une après-midi hebdomadaire, en général mon précieux vendredi, je n’en ai pas pris une seule depuis la rentrée mais ça va venir cette semaine enfin, ouf…

Cela dit il n’y a pas que ça ! Parce que, tout de même, ce n’est pas la première fois que je traverse des zones de forte intensité professionnelle et ça ne m’empêche pas le soir de gribouiller un billet, de faire la tournée les blogs, de commenter ici ou là.

Et puis de toute façon il y a les week-end qui m’étaient habituellement moments d’expression. Or j’ai laissé passer le précédent sans écrire et sans me préoccuper de ma blogosphère. J’ai flemmardé, j’ai un peu bouquiné, j’ai fini un livre médiocre à propos de Charles Juliet, j’ai été à une fête organisée par une amie que nous n’avions pas vu depuis longtemps, j’ai consacré un peu de temps à des tâches associatives, j’ai été au cinéma voir « Non ma fille tu n’iras pas danser »…

J’ai pensé écrire, sur ce film notamment, dont j’ai bien envie de dire et de partager ce que je pense, le bon et le beaucoup moins bon. Mais ça n’a pas été plus loin. Je ne m’en suis pas fait plus que ça. J’ai laissé passer le dimanche, j’ai plongé dans ma nouvelle semaine tout aussi encombrée professionnellement que les précédentes, en n’ayant en rentrant le soir d’autres envies que de me poser, lire mon journal, dîner, me coucher tôt avec un livre.

Il y a donc au-delà de ce temps encombré, une mise à distance plus profonde de mon activité de blogueur, aussi bien en tant que lecteur, qu’en tant qu’écrivant qui a sûrement des causes plus profondes mais que je perçois mal. C’est comme si je ne parvenais pas à renouer vraiment après l’assoupissement estival. Comme si, désormais, manquait l’envie véritable, comme si manquait le carburant, issue des forces profondes, qui donne l’énergie.

Je ne suis pas le seul et ceci aussi explique en partie cela. Nombre de ceux, de celles, qui m’étaient les plus proches ont tendance à se faire rares, certains même se sont tus. Je lis ceux qui continuent activement en survolant et je me sens peu motivé pour interagir. J’ai découvert quelques nouveaux aussi à l’occasion d’explorations déjà anciennes, effectuées en pensant à ce travail auquel je contribue autour de l’archivage du net. Les lecteurs attentifs auront remarqué d’ailleurs sur ma blogroll quelques nouveaux liens de diaristes qui m’ont paru dignes d’intérêt et de signalement. Mais j’ai fait ces explorations sans ressentir l’habituelle palpitation joyeuse devant une nouvelle découverte, je ne me sens pas accroché comme j’aurais pu l’être auparavant, je ne cherche pas à rentrer en résonance, je ne laisse pas de commentaires qui pourraient conduire chez moi, qui pourraient amorcer un lien, une relation.

Pourtant, ce soir, je ressens une certaine envie de renouer vraiment avec tout ça, dans sa version tonique, dynamisante, porteuse. Ces derniers jours c’était une envie molle qui ne me permettait pas de passer par-delà la fatigue du jour. Aujourd'hui j’ai retrouvé une plus grande énergie. Est-ce un moment isolé ou bien le début d’un retour plus sérieux ? Je voudrais que ce soit le cas. Vais-je trouver le carburant ?

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06 septembre 2009

Fin de week-end

Le week-end a démarré dans l’ombre portée de la nuit qui l’avait précédé. Il commençait donc plutôt mal mais il s’est mieux terminé heureusement.

J’ai cahoté samedi sans me mettre à rien de façon efficace. Je me suis un peu plongé dans les arcanes de dotclear tentant d’y voir clair pour préparer ma migration mais je me suis trop vite lassé. J’ai tenté d’écrire mais sans y parvenir. J’ai basculé dans du zapping internautique lisant à demi ici, à demi là, tout en me demandant sans cesse ce que je fichais là, si je n’y étais pas simplement dans le fil d’une habitude, devenue pas loin d’une addiction. J’ai changé non sans mal le pneu crevé de mon vélo et me suis agacé de mon agacement face aux objets lorsqu’ils me résistent ce qui est fréquent, plus non-bricoleur que moi, il n’y a pas…

Aujourd'hui il y avait un anniversaire familial. Je n’aime pas trop les anniversaires familiaux ! L’idée m’en plombe à l’avance mais pourtant, à moins d’avoir vraiment un autre projet, je ne cherche pas à y échapper, je ne veux pas faire mon ours mal léché. D’abord quelle drôle d’idée de fêter les anniversaires ! Pour les enfants je veux bien, mais pour les vieux croûtons, quelle idée de s’appesantir sur l’implacable comput des années qui passent. Encore ce serait en petit comité, avec des amis proches que l’on aurait soi-même directement choisis, pourquoi pas. Ce n’est plus alors qu’un prétexte pour une réunion d’amis chers, celui ci vaut autant qu’un autre. Mais l’aspect rituel au contraire de ces grandes assemblées, où est présente la famille, indépendamment des sympathies ou des antipathies éventuelles, où l’on fête plusieurs anniversaires simplement parce qu’ils tombent à peu près au même moment - là c’était les anniversaires de fin d’été et de début septembre - ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Mais bon je dois bien reconnaître que c’est surtout l’idée que je m’en fais à l’avance, en général finalement ce sont plutôt de bons moments. Là c’était le cas, les gens de cette famille sont dans l’ensemble sympathiques et s’entendent bien et comme en plus il faisait beau, qu’on était dans un jardin, que le champagne était bon…

Donc, voilà, ça va mieux…

Il faut dire aussi que samedi soir j’ai été voir le dernier Woody Allen « Whatever works » et qu’il m’a enchanté. J’aime bien Allen sans considérer que tous ses films sont par principe géniaux comme a tendance à le penser une certaine critique (allez, Télérama, pour ne pas le citer !). J’avais été relativement déçu par plusieurs récents opus, spécialement par « Vicky, Christina… » dont on a fait tout un plat. Mais ce film ci me paraît un bon cru. C’est un plaisant conte de fées avec super happy end, il faut seulement accepter de se laisser charmer. Le rythme est échevelé, aucune scène ne dure la minute de trop qui laisserait le temps de se dire que tout ça pourrait être un peu lourd, les rebondissements sont prévisibles mais tellement bien amenés, les dialogues sont diaboliquement intelligents et constamment drôles. Et derrière le rire se glisse par moments une once de véritable émotion, là aussi, à peine esquissée, sans lourdeur, mais qui donne un peu plus d’épaisseur au moment que l’on vit. Bref je suis sorti du cinéma de bien meilleure humeur que je n’y étais entré et mon week-end dès lors s’est mis sur de meilleurs rails.

Merci Monsieur Allen. Du moment que ça marche !

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05 septembre 2009

Mauvaise nuit

J’ai passé une sale nuit encombrée de mauvais rêves et de réveils intempestifs. Je n’ai pas basculé dans une insomnie classique avec franc réveil et incapacité à me rendormir. Non là je m’éveillais à peine, envahi d’anxiété, puis me rendormais pour me réveiller un peu plus tard. J’ai eu le sentiment d’une nuit hachée, avec de longs moments dans les limbes aussi entre veille et sommeil. Ce n’est pas mieux que de la franche insomnie face à laquelle je peux tenter de réagir en prenant un bouquin ou en essayant d’écrire, qui se révèle parfois riche et constructive. En tout cas au réveil matinal l’impression de fatigue n’était pas moindre.

Parmi quantité d’images qui ont surgi et dont pour beaucoup je ne me souviens pas, il y avait un examen à passer pour le lendemain, j’avais des auteurs à lire mais ne parvenais pas à m’y mettre vraiment, c’était un examen scolaire (le bac ?) mais j’étais pourtant dans ma peau d’adulte. Je me disais que je connaissais déjà un peu tout ça et puis que j’avais acquis à force d’habitude une certaine capacité à écrire, que je devrais être capable de présenter sans peine quelquechose d’acceptable à ce niveau mais cela ne suffisait pas à balayer mon anxiété de ne pas parvenir à plonger mon nez dans les bouquins.

Et puis, à un autre moment, il y avait Constance qui me disait que ça y était, qu’elle avait pris une disponibilité à son boulot, et qu’elle allait partir incessamment se ressourcer dans la verdure quelques mois chez notre amie dans les Landes. J’étais très surpris, je lui disais que c’était un peu brutal, qu’il allait falloir absorber cette baisse de revenu, que ce n’était pas évident surtout avec les frais qu’on allait avoir avec les travaux dans la maison brûlée. Elle me disait « mais si, mais si, tu savais bien que j’avais ce projet », et je répondais « oui, bien sûr, mais normalement c’était pour plus tard », et j’oscillais dans mon ressenti entre satisfaction de la liberté que j’imaginais à me retrouver seul quelque temps et l’inquiétude face à la soudaineté de la décision et à l’insécurité brutale, matérielle et affective qui me tombait dessus.

Je n’épilogue pas ! Il y a trop de pistes d’interprétation à ces rêves, dans plusieurs directions d’ailleurs et d’une presque trop grande clarté !

Mais au-delà du contenu des rêves, ceux-là et ceux que j’ai oubliés, le désagréable de la nuit c’était les bouffées d’anxiété qui m’oppressaient à chacun de mes réveils, une espèce de panique à la perspective de la journée à venir, la peur de l’ennui ou du manque d’appétence à tout ce qui s’offre, alors même que je sors d’un tunnel de boulot impressionnant toute la semaine dernière qui ne m’a pas laissé les temps de respiration qui me sont nécessaires.

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30 août 2009

Le journal d'Hélène Berr

C’est vraiment un texte poignant que ce journal !

Il est composé de deux parties, l’une rédigée entre avril et novembre 1942, l’autre entre fin août 43 et février 44, séparés donc par une interruption de quelques mois. Le changement de climat psychologique entre les deux parties est spectaculaire et cet écart contribue à rendre le texte bouleversant.

Dans la première partie on voit vivre une jeune fille juive de bonne famille bourgeoise assimilée, étudiante en anglais à la Sorbonne, qui parle de ses auteurs favoris, de son goût de la musique, de ses promenades à la campagne, de ses amitiés et de ses hésitations sentimentales. On se voit, on s’invite à goûter, on devise, on écoute et on joue de la musique (c’est une découverte la place de ces goûters dans la convivialité de ce milieu et de cette époque, pour moi le goûter ne me semblait être qu’un repas spécifique aux petits enfants). Bien sûr les ombres, déjà, sont là. Il y a les lois antijuives qui se multiplient, le port de l’étoile jaune à laquelle Hélène est confrontée, les rafles dont on entend parler. Le père d’Hélène est lui même interné pendant quelques temps avant d’être finalement libéré et le climat devient de plus en plus angoissant. Mais malgré les craintes, malgré les angoisses, il reste une certaine place pour les projets, pour des espoirs, pour des moments de vie insouciante tout simplement, de vie d’une jeune femme de vingt ans.

Á la reprise du journal la tonalité est très différente. La tristesse, l’angoisse désormais dominent absolument. Ceux qui restent parlent surtout de ceux qui sont pris, des abominations que l’on devine (on sait beaucoup de choses des conditions atroces de la déportation, de la mort par maladie ou épuisement, des assassinats de sang froid… mais on ne peut penser quand même l’inimaginable, la solution finale !). L’éloignement du fiancé engagé dans les forces françaises libres est pour Hélène comme un redoublement intime de la douleur liée à l’aggravation de la situation. L’étau se resserre. Hélène se sent en sursis mais, au-delà de la peur qu’elle peut avoir pour elle-même, ce qui lui brise le cœur c’est de voir les douleurs autour d’elle. La mort naturelle et douce de Bonne Maman est un contrepoint paisible, ressenti comme presque bienfaisant, aux disparitions qui ne résultent que de la folie meurtrière des hommes. Hélène tente encore de s’intéresser à sa thèse, mais le travail n’est qu’un palliatif qui n’a plus de sens, qui lui permet seulement parfois de dire «j’oublie que je mène une vie posthume ». Elle se culpabilise presque à ressentir encore par moment de l’émotion devant la beauté d’un texte ou d’une musique et écrit « le sens de l’humour me paraît un sacrilège ». Si elle reprend le journal c’est aussi dans l’idée de le transmettre, de le faire passer à son fiancé pour témoigner, c’est « la main vivante par-dessus le tombeau » dit-elle en citant longuement Keats, son poète favori. Les dernières pages sont des lettres à sa sœur, depuis Drancy, dans lesquelles elle tente de rassurer et qui en sont d’autant plus poignantes.

Evidemment en lisant ces pages je n’ai pu m’empêcher de penser au journal d’Etty Hillesum dont j'ai parlé ici et et de constater la façon différente dont ces deux jeunes femmes ont vécu la même tragédie. Force est de constater qu’il y a en Etty, grâce à sa foi, une sorte de lumière qui se maintient et même s’approfondit, quelle que soit l’horreur de la situation. Mais il est certain que le désespoir qui irrigue l’écriture d’Hélène est sûrement plus représentatif que la lumière intérieure d’Etty des sentiments de la majorité de ceux qui étaient dans la nasse.

Une autre chose, indépendante du texte lui-même, contribue à mon émotion. Il y a sur l’édition de poche une photo d’Hélène. Elle ressemble de façon très frappante, même coiffure brune, même regard et même forme de visage, aux photos de ma mère à la même période. C’est très troublant.

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