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Les échos de Valclair
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7 juillet 2008

Petite scène de rue

Je suis sorti du bureau vers 15h. Temps un peu tempétueux. Le vent décoiffe et est plutôt froid sur un fond d’air qui est doux. Des grosses masses nuageuses menaçantes passent puis juste après voici un grand coup de soleil très lumineux et chaud, un large espace de ciel bleu, les verts tendres des feuilles des arbres, secouées dans le vent, se parent de miroitements liquides. On se croirait en Bretagne !

Place d’Italie un appel sur mon portable m’a arrêté (je suis de vieille génération, j’ai tendance à ne pas faire trente-six choses à la fois, quand j’ai un appel sur le portable je m’arrête, voire, s’il s’en présente un, je m’assois sur un banc public). Je me trouve devant la sortie du métro. Une belle femme, quarante/cinquante ans, monte les marches, grande, svelte, robe mi-longue boutonnée sur le devant, les deux boutons du bas ne sont pas accrochés, découvrant haut ses cuisses à chaque pas. Sur le terre-plein se tient un homme tourné de l’autre côté. Elle passe devant moi, je la vois désormais de dos, elle a une belle chute de reins. Elle ralentit soudain son pas, s’approche de l’homme à pas de loups, on dirait une gamine qui joue, elle se love contre lui, il sursaute, se retourne, il la prend dans ses bras, ils s’embrassent, il a l’air bouleversé de la tenir dans ses bras. Je les regarde, tout en continuant à téléphoner (tiens, finalement je suis un peu multi-tâches quand même…), ma communication s’achève, je raccroche.

L’homme n’est pas très avenant, âge similaire, un peu replet, visage encore poupin, cheveux plats brossés en arrière, costard un peu tristounet d’employé de banque, attaché-case. Mais ils ne traînent pas. Ils s’en vont épaule contre épaule en se tenant la main. Ils prennent justement la direction qui est la mienne. Je les suis. Ils obliquent dans la première petite rue. Là ce n’est pas exactement mon chemin mais je les suis quand même, ça m’amuse et puis je trouve que la femme a décidément un joli balancement de hanches. A mi-hauteur dans la rue il y a un tout petit hôtel, à l’aspect minable, à la façade lépreuse non ravalée. Je ne l’avais jamais remarqué, aucune façade vitrée, juste une petite plaque discrète sur le mur : « Hôtel du… ». Devant la porte deux étudiantes étrangères se photographient, « Our hôtel in Paris ». L’homme s’efface pour laisser la femme entrer la première, ils connaissent, ils sont manifestement en terrain d’habitude. L’homme entre à son tour, la porte se referme derrière lui. J’imagine assez la précipitation de la suite…

Rien que de très banal me dira-t-on… Oui mais j’aime toujours à photographier de mon regard ces mini-scènes de vie et à laisser mon imagination filer à partir d’elles. Je sens facilement une nouvelle tout près d’éclore, je pourrais très vite faire venir à moi quelquechose de ces personnages, leur inventer une histoire. J’ai l’impression que le lieu jouerait un grand rôle dans la nouvelle. Je ne vais pas l’écrire tout de suite et sans doute ne le ferais-je jamais. N’empêche. Je mets en mémoire. Doublement. Dans la photo dans ma tête, dans ces mots que je dépose ici. Et puis j’ai déjà le titre de la nouvelle. Elle s’appellerait « Hotel du…, rue… ». Je n’écris pas les noms ici… Mais je note dans un coin d’un petit carnet. Si jamais je l’écris cette nouvelle…

J’aime bien accrocher ces petits croquis. Je me fais penser au littérateur de je ne sais plus quelle pièce de Tchékhov, toujours avec son carnet, toujours occupé à noter des mots, des phrases, des anecdotes pour on ne sait quelle œuvre future. On peut assez fortement supposer qu’il n’y en aura pas, il n’est guère qu’un promeneur velléitaire. Sans doute suis-je un peu du même tonneau mais ce n’est pas bien grave, je ne m’illusionne guère, je me contente de la promenade imaginaire, du plaisir du croquis sur l’instant. Il y a eu, récemment l’homme du métro, la femme sexuelle au musée, la femme aux deux amants… On pourra me dire que décidément mes sujets ne sont pas anodins, que ce qu’on mon œil accroche préférentiellement n’est pas tout à fait de hasard. Mais non, mais non. Qui me dirait ça aurait l’esprit bien mal tourné !

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Commentaires
V
Merci de vos passages appréciateurs, mes chères amies, ça me fait toujours plaisir.<br /> Ravi Pati d'avoir ainsi de tes nouvelles et d'apprendre que ton récit avance. Ton blog n'est pas en sommeil pour rien au moins...
P
arf... bon.<br /> <br /> ben voilà, c'est dit... j'ai donc l'esprit TRES mal tourné ! ;)))<br /> <br /> n'empeche, perso, j'aimerais bien que ces écrits de fiction ne restent pas à l'état de projet... <br /> non ?<br /> parce que, je t'assure, c'est sacrément chouette, d'écrire de la fiction. si j'osais, je te dirais bien que je prend un super panard, à écrire la mienne, mais tu vas encore dire que j'ai un esprit fort mal tourné... ;)))<br /> :)
S
J'aime beaucoup... ;-)
S
Toujours aussi délicieux ces petites scènes que tu croques...avec ce talent narratif et imagé qui est le tien..qui fait s'approprier totalement l'histoire...<br /> même lorsqu'il s'agit d' un homme pas " avenant " :)) <br /> te lire m'a fait penser à " mai fais ce qu'il te plait " on dirait que le printemps et l'été te réussissent ;)
O
Charmant instant croqué sur le vif, c'est le cas de le dire... J'aime penser que, même si tu ne connais rien de leur (véritable) histoire, ce couple entrevu deviendra personnages de pages de fiction. Qui sait, la réalité dépasse peut-être même ton imagination. Moi aussi, je l'engrange, cette image... ;-)
Les échos de Valclair
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