Je suis revenu à Paris depuis presque une semaine. J’ai repris le travail depuis quelques jours et pour quelques jours encore, jusqu’à mercredi et puis ce sera la quille…

Je me suis connecté deux, trois fois en juillet, pas du tout en aout. Cela ne m’a pas manqué. Pas du tout. Je me suis reconnecté bien sûr dès mon retour, pour aller voir mes mails, pour gérer quelques affaires en cours. Mais, jusqu’à hier soir, je n’avais pas poussé la porte du blogomonde. Pas ouvert mon blog, pas ouvert mon agrégateur, pas ouvert à fortiori mes blogs favoris ! Je m’en étonne moi-même. C’est comme ci tout un pan de ma vie au cours de ces dernières années était passé à la trappe brusquement, sans regret et sans faire résistance, comme si la page d’elle-même s’était tournée et brutalement refermée. Sans regret ? Et pourtant non, ce n’est pas si simple…

Hier soir donc j’ai replongé le nez chez mes blogamis mais au départ, presque en m’y forçant, en me disant : mais ces personnes dont tu apprécies l’écriture, ces gens que pour certains tu connais et que tu aimes, que deviennent-ils, au moins il te faudrait prendre de leurs nouvelles... Donc j’ai surfé, j’ai parcouru mes liens, survolé le plus souvent et parfois lu attentivement, j’ai eu des nouvelles des uns et des autres, parfois de bonnes et parfois de beaucoup moins bonnes. J’ai vu se confirmer des éloignements de la toile plus ou moins radicaux mais constaté aussi des retours et vus que certaines plumes étaient toujours bien vaillantes. J’ai pris plaisir à ce parcours au départ un peu forcé. Et puis m’est revenue l’envie de poser mes mots moi aussi. Aujourd'hui Constance allait déjeuner chez sa mère, je devais l’accompagner mais finalement je l’ai laissé partir seule, j’ai préféré rester paisiblement avec moi-même, prendre mon temps pour baguenauder dans le blogomonde et titiller le clavier. Je me suis juste aéré d’une promenade aux Tuileries et d’une visite de la belle exposition des autoportraits de Claude Cahun et, dans la foulée, de l’autre exposition du Jeu de Paume, les photographies, fort intéressantes aussi, quoique dans un tout autre genre, de Santu Mofokeng.

Mon été a été plutôt paisible, sans rencontres marquantes, sans grand voyage, sans grands travaux de quelque ordre que ce soit. J’ai lu un peu mais pas tant que ça. J’ai écrit un peu mais pas tant que ça non plus et rien de vraiment de personnel. J’ai laissé couler le temps, je l’ai laissé filer comme sable entre mes doigts. Mais sans vivre cela mal pour autant. Est-ce besoin, l’âge venant, de fonctionner en tout sur un tempo plus lent ? Ce qui en soi, d’ailleurs n’est pas un mal, ralentir, prendre le temps, dans notre société de stress généralisé. Est-ce une tendance à la procrastination parce qu’on a l’impression, illusoire évidemment, que, puisqu’on est à la retraite, on a le temps ? J’ai deux-trois vagues projets d’écriture qui me tourniquent dans la tête depuis des années et dont je me disais : on verra ça plus tard, ce sera un beau projet pour la retraite. J’y suis ou quasiment. Et les projets semblent se faire plus distants, évanescents, comme des mirages qui s’effacent au moment où on croirait pouvoir les toucher. Mais peut-être est-ce provisoire, peut-être est-ce que j’ai juste besoin de trouver mes marques au moment de ce changement de vie qui, même si on l’appelle de ses vœux depuis longtemps, n’est pas pour autant anodin et ne peut que secouer en profondeur ? Ou peut-être n’est-ce qu’une chimère qui se dissout ? Je m’inventais peut-être le besoin de me réaliser « un jour » par l’écriture d’une « œuvre » ou au moins d’une oeuvrette, pour compenser l’aspect insuffisamment créatif et valorisant de mon travail quotidien. Je me dis que si j’avais vraiment porté une œuvre en moi, je l’aurais certainement déjà écrite. Ce qui ne m’empêchera pas quelques petites écritures plaisir j’imagine. Je sais bien que j’aime écrire et que, lorsque je parviens à m’y mettre, j’y trouve du bonheur, j’en vois l’exemple même dans cette journée et cette soirée d’aujourd'hui.

Mais je sais, que ce genre de considération je les ai déjà faites plus d’une fois, ici ou là sur ce blog, signe encore que, sous cette forme, il a fait son temps !

Bien sûr ce qui retient encore ce sont ces liens ténus avec les blogamis qu’on ne voudrait pas tout à fait perdre et qui pourtant se perdent. Bien sûr je n’ai presque plus de commentaires et pour cause puisque je n’écris presque plus de billet ! Mais même ma boîte mail reste vide et les quelques correspondances nouvelles qui s’étaient installées dans la dernière période en marge du blog se sont éteintes une à une. On peut se dire : je garderai le contact autrement. L’expérience prouve que c’est difficile. Je vois bien que depuis que je vais lire les autres de façon très espacée, ils s’éloignent de moi, ils s’éloignent en moi à grande vitesse. Rarement mes pensées se tournent vers eux, y compris pour certains qui ont pourtant beaucoup compté. Il y a des exceptions mais rares, lorsque les relations sont vraiment passées sur d’autres plans et qu’elles perdurent au travers d’activités et d’engagements associatifs communs.

Malgré cela, malgré ce regret que je ressens, vraisemblablement je n’écrirai plus ici. Regret aujourd'hui parce que j’ai fait cette petite plongée blogosphérique ce week-end, comme un retour vers le passé, mais il n’était pas là, ce regret, au long de l’été ni durant cette première semaine parisienne ! Je ne jure de rien. Peut-être éprouverais-je le besoin à un moment ou un autre de déposer une page ici et je ne m’en priverai pas alors. Je ne sais pas comment tout ceci évoluera passé ce temps de flottement. Il est possible aussi que j’ouvre un autre blog, ailleurs, différent, sous mon nom d’état civil et plus directement articulé avec mon activité publique. Quand ? Dans six mois ? Dans un an ? Je ne sais pas. Jamais peut-être !

Je ne suis pas prêt cependant à tuer complètement Valclair, à faire ce clic fatal de destruction du blog et d’élimination de toutes les archives. Plus d’un l’ont fait et la découverte de la page nue, aussi à distance que je sois, m’a fait un choc. Non, je n’arrive pas à tuer Valclair. Je vais me contenter de le laisser à sa léthargie profonde. Valclair au bois dormant ! C’est joli ça. Peut-être, qui sait, attend-il qu’une princesse, d’un baiser, vienne le réveiller ?

Blague à part, même si je ne suis pas prêt à cette élimination radicale, je comprends ceux qui l’ont fait. C’est éviter de laisser des mots que l’on a mis à distance de soi à portée du premier venu, du passant de hasard, c’est marquer que la page est non seulement tournée mais le livre fermé et une assurance pour soi de ne pas y revenir. Peut-être le ferais-je, mais plus tard et pas avant en tout cas la prochaine tournée du robot de la BNF pour qu’au moins il reste trace quelquepart des dernières pages de ce blog.

C’est drôle, quoique en partance, j’ai tout de même éprouvé le besoin de mettre à jour ma liste de billets, de faire un ménage dans mes liens, ne gardant que ceux qui publient encore avec suffisamment de consistance. Comme si j’avais besoin, en garçon studieux, de laisser le cahier bien au net.

Allez, mes ami(e)s, au-revoir encore...

Je m’éternise, comme si finalement, j’avais du mal, ce soir, à vous quitter…

Gardez Valclair dans vos agrégateurs, on ne sait jamais, et puis, si je renais ailleurs, je ne manquerai pas de venir vous en informer ici…