Voilà, l’année se termine. Moment symbolique s’il en est ! Moment alors où tenter d’écrire ce billet qui est au bord des mots depuis des semaines mais qui jamais ne vient, ce billet pour clore.

Car il faut clore vraiment. J’ai commencé ce journal en ligne le 1° janvier 2003, cela fait donc neuf années de diarisme en ligne, enfin disons huit et demi puisque de fait je me suis quasiment arrêté au mitan de cette année. J’ai dit déjà ma distance d’écrire, mes envies qui parfois resurgissent sans que j’aille au bout, la mélancolie que j’ai parfois de cette aventure qui s’achève.

Mais elle s’achève sous cette forme en tout cas et il vaut mieux en marquer la fin plutôt que de rester dans l’indétermination de l’éventuel billet à venir.

Plusieurs fois des amorces de billets ont surgi, certaines sur l’ordinateur, quelques lignes seulement, d’autres seulement griffonnées sur un carnet ou une feuille volante lors d’un réveil intempestif.

Je les reprends aujourd'hui, non pour tenter de les réécrire, ça n’aurait pas de sens, juste pour en poser trace au moment de fermer boutique. En quelque sorte les billets auxquels vous avez échappé et moi avec vous, et dont voici ce qu’auraient pu être les titres :

Anniversaire : là bas dans la maison du midi j’ai eu un méchant de coup de blues à l’approche de mon anniversaire (ou au lendemain je ne sais plus). S’y mêlait le temps qui passe et ne revient pas, des petits soucis de santé sans gravité mais signes irrévocables de vieillissement, peut-être aussi quelque chose d’une sorte de dépression post-partum à être dans la maison enfin terminée et sans plus être porté par les soucis et le projet de sa rénovation. Quelques pages écrites au bord du lit dans l’angoisse de l’insomnie, mais pas reprises et même détruites peu après, il n’y a pas de sens à ces ruminations.

Sous la pluie : au cours de ce même séjour une promenade en solitaire juste pour aller respirer un jour de très mauvais temps, une certaine exaltation qui m’est venue, des mots, des phrases entières qui ont surgies dans le rythme même de la marche, décrivant le paysage noyé de pluie et mes ressentis mais que je n’ai pas pris le temps de poser lorsque je me suis retrouvé au sec à la maison.

Doubrovsky : de passage à Ambérieu début novembre pour diverses tâches à effectuer pour l’APA, j’en profite pour assister à une rencontre avec Serge Doubrovsky dans le cadre de la semaine « Ecrire sa vie » qu’organise chaque année la municipalité. Moment très intense. On voit d’abord ce vieil homme qui parait très fatigué, presque chancelant, on se demande comment il va pouvoir articuler les mots d’une longue intervention et puis c’est la magie de sa parole, il semble renaître à mesure qu’il parle, ses mots sont de plus en plus percutants et chargés d’émotion et lorsqu’il lit, la voix nouée, les dernières lignes d’Un homme de passage nos yeux se brouillent. On sent alors à quel point son écriture lui est vitale, on ressent son absolue authenticité, très éloignée du narcissisme et de la complaisance que certains lui reprochent.

Promenade : à Paris cette fois, une excursion dans un quartier où je ne vais pas souvent, les Hauts de Belleville. Rue Piat, une bouffée de souvenirs, j’ai tenté de retrouver le lieu précis où, pendant un temps, je venais souvent mais sans succès, l’immeuble peut-être a été détruit et remplacé par des constructions modernes. Promenade ensuite dans le beau parc aussi qui désormais dévale la pente de la colline et qui alors n’existait pas. Je me suis posé sur un banc et j’ai commencé d’écrire. Avant de partir, signe que je me sentais des envies d’écrire, j’avais rechargé un nouveau carnet dans un cher petit étui, joli souvenir de blogosphère. Mais le temps s’est fait menaçant, je n’ai pas terminé, je n’ai pas eu envie de m’asseoir dans un café, je n’ai pas repris à la maison.

Couriel : ma boîte Valclair ne reçoit plus de mail si ce n’est des spams. Je vais y jeter un œil de loin en loin, histoire de faire le ménage et avec l’espérance que tout de même quelqu’un m’ait écrit. C’était le cas justement. Un mail d’une lectrice que je ne connais pas « in real life » comme on dit,  et avec laquelle j’ai échangé très épisodiquement. Ça m’a fait très plaisir. Ça m’a donné envie d’écrire un billet mais il n’a pas vu le jour. Quel sens cela aurait-il eu un billet isolé, parlant de la nostalgie de mon blogomonde, de ce qui s’y nouait d’amitiés, de tendresses, voire de secrets fantasmes ?

Bouffées de rêves : ils sont venus en pack comme souvent. Pendant deux-trois jours je m’éveille à plusieurs reprises sur des rêves, alors que je peux rester plusieurs semaines sans m’en souvenir d’aucun. J’en ai noté trois au coin du lit. Je ne les ai pas retranscrits sur l’ordinateur dans les heures qui ont suivies. Aujourd'hui j’ai relu ces griffonnages. Mais c’est trop tard. Il n’y a plus qu’un squelette, les images elles-mêmes ne reviennent pas qui permettraient de raconter le rêve (de croire le raconter ? de le réinventer ?). L’un était très doux, pas érotique mais doucement sensuel, les deux autres étaient des cauchemars dont l’un surtout a laissé en moi une trace pénible pendant les premières heures de ma journée.

Cinéma : Arrivé en fin d’année j’ai jeté un œil sur ma liste de films vus. Je fais ça, un petit mémento, juste pour me souvenir, maintenant que je ne tiens plus chronique en ligne de mes principaux films vus. Je mets une appréciation, sans faire de classement. J’ai vu 57 films en 2011. A peu près comme en 2010 (58, je viens d’aller voir). C’est curieux, j’aurais pensé en avoir vu plus cette année, par effet retraite, mais non finalement. Je place au sommet pour cette année sans les classer : Incendies, Tomboy, Le gamin au vélo, Mélancholia. Et je pense Shame vu tout récemment. Shame fait partie de ce genre de films que l’on n’apprécie pas forcément énormément au moment où on le voit parce qu’il met mal à l’aise mais dont la puissance s’affirme progressivement, tout à l’opposé de certains films plaisants sur l’instant mais qu’on oublie vite. J’ai bien apprécié aussi, mais un cran au-dessous : Winter’s bone, Le discours d’un roi, La conquête, Hors Satan, Il était une fois en Anatolie, les neiges du Kilimandjaro, Donoma, Le Havre, ce dernier vu ce soir.

Liseuse : ça y est, je viens de m’acheter une liseuse. J’ai chargé quelques titres sur publie.net. A priori la lecture est agréable, il n’y a pas cette fatigue oculaire que génère la lecture sur écran d’ordinateur. Mais je ne sais pas encore vraiment ce que je pense de ce mode de lecture, moi grand amateur de livre-papier mais écrasé aussi par les amoncellements de ma bibliothèque. C’est à voir à l’usage. Voilà qui sûrement mériterait d’être chroniqué.

Je m’arrête là. Sur l’idée d’une chronique méritant d’être écrite ! Signe que je reviendrai peut-être. Mais si je reviens ce ne sera pas ici. Ce ne sera pas Valclair. Valclair c’est fini. Ce blog restera en ligne. Du moins pour le moment. Il ne sera plus alimenté, cette fois définitivement. Je viendrai seulement donner une nouvelle adresse, si nouvelle adresse il y a, si certains souhaitent m’y suivre.

A toutes et à tous, qui passeront ici, amies et amis, lecteurs anciens ou visiteurs de passage voire de hasard, je souhaite de belles choses pour l’année qui vient. Et j’adresse mes pensées plus particulières à celles et ceux que j’ai longuement croisé dans les mots ou en réelle présence au cours de ces années. A tous ceux-là, sans m’avancer sur ce que l’avenir réserve, je voudrais oser dire tout de même : A bientôt !