Et un peu plus même…

Un mois de silence, un mois d’abstinence d’écrire…

Dernière note : 28 aout ! Le mois de septembre entièrement sauté et octobre déjà à son tiers ! C’est la première fois, depuis janvier 2003, date à laquelle j’avais commencé ce journal en ligne, que je suis passé par-dessus un mois entier, sans écrire un mot, sans la moindre entrée. Je n’ai pas écrit en ligne mais pas plus non plus dans le privé de mon ordinateur. Normal me direz-vous. J’avais dit que j’arrêtais. Et c’est donc ce que je fais mais avec une facilité qui m’étonne moi-même. Je m’attendais à ce qu’il y ait des retours de flamme écrivante, des retours d’envie de titiller le clavier. Il n’en a rien été ou à peine.

C’est le moment de latence que m’offre ce matin un voyage en TGV qui me fait dire : tiens, ce pourrait être le moment de faire le point pour moi-même et puis aussi, et puis surtout, pour faire un signe à mes lecteurs, à mes amis.

A quelques moments, si, j’ai eu des velléités d’écrire. Telle impression de l’instant devant un ciel ou un paysage, à la sortie d’une lecture ou d’un film, lors d’un réveil nocturne impromptu, lors de ma dernière journée au travail, lorsque après avoir achevé mes rangements et mes tris, je suis resté un long moment méditatif dans le bureau déserté avant d’en clore la porte ou bien encore lorsque, allongé au bord d’un lac et profitant des douceurs de cette superbe arrière saison, j’ai pensé à mes petits camarades qui devaient être en réunion de rentrée…

Mais justement, ce ne furent que des velléités. Des mots me sont venus et des bouts de phrases. Mais je n’ai pas même été jusqu’à les écrire dans un carnet ou sur mon ordinateur. Ils se sont alors rapidement dérobés, ils ont quitté mon esprit avant que je prenne le temps de les poser, de les organiser, de les travailler. La volonté, la motivation ont fait défaut. Je me dis alors qu’ils n’avaient surgis que par automatisme, par réflexe, comme trace d’une habitude mentale que j’avais peu à peu contractée lorsque j’avais le souci d’écrire. Une habitude d’ailleurs que j’avais souvent jugé envahissante, celle qui fait que l’on ne ressent plus les choses pour elles-mêmes mais au travers des mots que l’on en tirera un peu comme un photographe qui finit par ne plus voir le paysage qu’au travers du cadrage de l’image qu’il pourrait en tirer. (C’est vrai cela mais est vraie aussi l’idée que parfois les mots auxquels on s’efforce contribuent à enrichir le réel perçu).

L’instant d’ailleurs… Les tâches blanches des charolais sur le vert des prairies vallonnées… Des effets de lumière assez somptueux et sûrement très éphémères entre bancs de brume et déchirures soleilleuses… C’est beau !

Le rapport aux personnes est ce qui, par moments, me donnerait des envies de revenir, d’écrire pour communiquer. Je ne lis presque plus de blogs et, d’ailleurs la plupart de mes blogamis et blogamies se sont eux aussi éloignés ou, à tout le moins, raréfiés. Il n’y a pas de mystère. Les relations non entretenues se distendent. Ce qui est valable pour les amitiés classiques, l’est tout autant, ni plus, ni moins, pour les amitiés internautiques. Et, bien sûr, cela rend un peu triste. Mais, de-ci, de là, je vois la trace d’un retour, le commentaire d’un ancien vient me titiller, ou au contraire c’est le passage d’une nouvelle lectrice qui m’émeut en me disant son regret de me voir partir au moment où elle me découvre. Tous ces commentaires, auxquels je n’ai pas même répondu, m’ont été doux, sachez-le. Et puis, il y a eu aussi la semaine dernière cette rencontre dans le réel dont je remercie l’initiatrice et qui a ravivé avec plaisir le temps ancien d’un certain someone carnet.

Vagues regrets donc du temps qui n’est plus de ma blogosphère vivante, envie fugace de la réactiver. Mais conscience aussi qu’elle ne pourrait revivre de la même façon, avec les mêmes engouements, les mêmes enthousiasmes, les mêmes désirs. Je voudrai retenir ce qui s’éloigne, ce que le temps implacable efface mais je sais bien que ce n’est pas possible.

L’écriture pour elle-même en tout cas ne me manque pas. Cette abstention d’écrire s’est inscrite dans une lassitude déjà bien ancrée mais tout de même qu’elle se soit radicalisé au moment même où j’ai arrêté mon activité professionnelle n’a pas manqué de m’interroger. En commentaire de mon précédent billet certains s’étaient questionné sur cette concomitance (Pierre, Gilda). Ce n’était pas voulu et ça m’a surpris moi-même. L’hypothèse de Gilda est assez juste je crois, mon écriture était aussi un exutoire ou plutôt un supplément d’âme à une activité professionnelle quotidienne ne m’apportant pas tout ce dont j’avais besoin en terme d’expression de soi et de créativité. J’ai moins besoin désormais de cette compensation, du moins pendant ce temps un peu suspendu et sans doute indispensable où il me faut trouver mes marques dans cette nouvelle organisation de vie, débarrassée des contraintes du travail obligé.

Mais que fais-je alors de mes jours de jeune retraité ? Les jours passent aussi vite, je me sens aussi occupé que lorsque je travaillais. Par moment je me demande ce que je fais de tout ce temps libre. Certes j’ai encore renforcé mon intervention dans l’association de collecte autobiographique que je contribue à animer. J’ai aussi passé beaucoup de temps à mettre de l’ordre dans les accumulations non traitées depuis des années qui encombraient mon appartement et utilisé assez largement poubelles et ventes en vide-grenier pour ce faire. Et ce boulot là, d’indispensable allègement, est loin d’être fini ! Nous sommes retournés aussi quelques jours dans notre maison du sud. Mais à part ça pas grand-chose, aucun grand chantier nouveau, aucune de ces choses dont on se dit : « ah oui, pour le moment je n’ai pas le temps, je n’ai pas la disponibilité d’esprit mais quand je serai à la retraite, alors là, on va voir ce qu’on va voir ».

Les deux récits fictionnels (enfin semi-fictionnels), un peu plus longs et ambitieux que de simples nouvelles et dont j’ai les sujets en tête depuis plusieurs années n’ont pas connu la moindre once de début de réalisation. Mais ils sont toujours là, au fond de moi. Peut-être les écrirais-je. Peut-être pas. Mais je n’ai pour l’instant, ni le souci de les écrire, ni le regret de ne pas le faire.

Quant à l’idée de créer un nouveau blog, cela reste aussi une possibilité vague. Je ne me suis pas encore penché sur le contenu et la forme que je lui donnerai. Laisser Valclair sans doute pour mieux renaître dans un blog sous mon nom d’état civil articulé avec mon activité publique, maintenant que celle-ci ne se partage plus en deux sphères, l’écrivante et l’associative d’un côté, la professionnelle de l’autre, deux sphères que je souhaitais absolument sans contact l’une avec l’autre. Mais Valclair c’était d’autres choses encore, des considérations aux frontières de l’intime qu’un blog à mon nom pourrait plus difficilement accueillir, une convivialité particulière née justement de ces échanges aux frontières, voire au profond de l’intime. Si je me lance, ce qui n’a rien de certain, il me faudra là-dessus, trouver le bon réglage.

Pas de regret, pas de frustration pour l’instant, à cette lenteur. Peut-être est-ce cela d’ailleurs pour le moment le bonheur de cette nouvelle période : un rythme plus doux, le sentiment qu’il n’y a pas à se bousculer. Et lorsque je déjeune à la maison, le plaisir ensuite de la sieste ! Oh une courte sieste, une demi heure en général, un quart d’heure de lecture, un quart d’heure d’assoupissement qui me tombe dessus sans que je puisse résister et dont j’ai l’impression qu’il me fait un bien fou. J’adore ce moment où, sortant de table, à l’heure qui était celle il y a peu de rendez-vous ou de réunions, je m’allonge voluptueusement sur mon lit avec un bon livre.

En tout cas, au-delà même du temps réapproprié, ma liberté d’esprit est le grand bénéfice de ma nouvelle situation. Je me rends compte par contraste à quel point mon travail était présent en moi, même sorti du bureau. Pourtant je n’avais pas des horaires démentiels, je me ramenais pas de dossiers du bureau, j’avais l’impression, sauf exception, de penser rarement à mon travail pendant mes week-end ou mes vacances, mais la préoccupation en était là tout de même, de façon permanente, en arrière fond, dans l’inconscient ou le semi-conscient. Quelle libération de s’en sentir totalement dégagé.

Ecrit dans le TGV mercredi, retranscrit et complété hier soir et aujourd'hui (le délai en lui-même en dit long !), et publié pour vous, mes lecteurs, mes amis, pour vous faire un petit salut, un petit signe amical, pour vous dire que Valclair, encore, de temps en temps, pense à vous…

Bon, c’est pas tout ça. Faut que je file déposer mon bulletin dans l’urne pour la primaire. Après moult hésitations finalement ce sera Martine…