Le temps encore a filé sans que je le voie passer. Je n’ai pas été spécialement occupé pourtant, je ne suis pas parti en week-end et j’ai disposé de temps libre car, outre le jeudi férié, je ne travaillais pas vendredi.

Pour autant je n’ai pas écrit une ligne quels que soient les vagues projets qui flottent dans ma tête. Je n’ai pas été lire les blogamis. A vrai dire c’est à peine si j’ai ouvert mon ordinateur et j’ai même laissé passer plusieurs jours sans aller consulter mes mails.

L’écriture et l’ordinateur sont donc plus que jamais à distance. Ce n’est pas dû à une spéciale intensité de vie, non je ne suis pas dans ces moments qui font dire : « ah mais, je vis, je vis, quel tourbillon, alors se regarder le nombril, regarder le monde, écrire, tout ça, bof, j’ai bien mieux à faire… »

Pour autant je ne me suis pas senti dans le malaise comme parfois, lorsque j’ai l’impression de patauger dans la dispersion ou dans l’apathie. Il me semble que simplement je me laisse vivre. Doucettement. Tout doucettement !

Au bureau tout est plutôt calme pour moi en ce moment, avant la période d’intense commissionite et réunionnite à laquelle je ne couperai pas pendant la seconde partie du mois. Oserais-je dire que je me suis mis dans une attitude mentale de pré-retraite ? Il y a de ça. Je tire les dernières longueurs sans enthousiasme. Il me reste un petit mois de vrai travail jusqu’au 8 juillet puis il y aura une semaine fin aout mais là ce sera classement vertical et préparation de mon départ.

J’aurais pu m’attendre à ce que cette baisse de pression soit favorable à une implication accrue sur d’autres terrains, sur d’autres projets et spécialement sur les plus personnels, notamment l’écriture, ce livre, ces livres peut-être, dont je me dis depuis longtemps que je les écrirai lorsque j’aurai le temps ! Il n’en est rien. Est-ce juste un sas de décompression inévitable ? Est-ce l’entrée dans un autre temps de la vie où rêves et projets s’étiolent, où l’on se contente du quotidien tel qu’il vient, qu’on s’efforce juste de rendre le plus plaisant possible ? Sont-ce nos intérêts eux même qui changent, rendant moins désirable tout ce qui viserait à l’affirmation de soi par la réalisation d’une « œuvre » même sans prétention, toute petite et toute dérisoire qu’elle soit, mais qui, du moins, serait une marque, une trace à laisser de soi ? Je n’en sais rien et refuse de m’en torturer la tête. Ça aussi c’est symptomatique !

Mon week-end n’a pas été inactif pour autant. Une randonnée à Fontainebleau vendredi, rien de très spectaculaire, cinq heures de marche tranquille, suffisamment pour me rendre compte que j’avais le pied et le mollet bien rouillé ; des courses diverses, vêtements, chaussures de marche justement, bref la panoplie de l’été ; l’accueil d’une amie lyonnaise venue faire découvrir Paris à sa petite nièce, quelques bons moments conviviaux partagés avec elle ; du temps de lecture tranquille à l’ombre sur ma terrasse : « Ecritures de l’intime », un bouquin collectif auquel Coumarine a participé et qui offre nombre de perspectives intéressantes et puis, dans un tout autre registre, « Trois femmes puissantes » de Marie Ndiaye. C’est le premier bouquin que je lis de cette auteure et je ne sais pas vraiment ce que j’en pense. Il y a à la fois un style original, puissant justement, fait de retours et reprises, comme une sorte de litanie par laquelle les personnages sont dévoilés peu à peu, de plus en plus en profondeur, jusqu’au cœur de leurs échecs et de leur névroses. C’est assez fort mais quelque chose me gêne, dans la construction peut-être, ce sont trois histoires suspendues qui restent un peu en l’air et rattachées entre elles de façon très artificielle. Tout ça fait que je suis resté un peu sur le seuil de ces récits, sans adhérer vraiment et que j’ai éprouvé une certaine déception en refermant le livre.

J’ai été un peu au cinéma aussi : « Belleville-Tokyo » un petit film pas désagréable mais qui sera vite oublié. Et puis la fameuse et controversée palme d’or de Cannes « The tree of life ». Je me range plutôt dans le camp des détracteurs. Je reconnais que les images sont très belles, qu’elles sont montées en de magnifiques séquences qui constituent autant de somptueux poèmes visuels. La façon de filmer la lumière, les arbres sur le ciel, la ville provinciale des années 50, les immeubles de verre et de métal de la mégalopole d’aujourd'hui (séquences particulièrement belles !), les paysages de déserts ou de bords de mer, tout cela est époustouflant. Le final est visuellement particulièrement somptueux, ce passage du sas de la vie dans la mort, cette chorégraphie sur la plage des personnages qui se retrouvent par delà les âges de la vie est d’une grande beauté. Mais cela à mon sens ne suffit pas. Indépendamment même de la fameuse interminable séquence qui évoque l’histoire de l’univers depuis la formation des galaxies jusqu’à la naissance du petit homme (sans oublier de passer par la case dinosaure !) je trouve la symbolique de l’ensemble très lourde. Il y a des séquences émouvantes sur l’enfance, la fratrie, la difficulté d’être et de grandir dans le contexte de l’Amérique réactionnaire des années 50 entre une mère douce mais écrasée et un père aimant mais rigide et violent. Mais le propos trop pesant finit par éliminer même cette émotion. Les personnages ne sont plus que des archétypes, on est au spectacle, on se berce de somptuosité visuelle mais sans plus se sentir ému ou concerné. Sans doute fallait-il distinguer Terence Mallick car son œuvre est puissamment originale mais peut-être plutôt qu’une Palme d’or aurait-il fallu pour lui un prix spécial ou bien une distinction qui n’existe pas comme un grand prix de l’image ou du poème visuel !