Voilà, les bagages sont prêts, notre petit appartement est rangé, nous partons demain dès l’aube, enfin tout à l'heure j’écris ici au cours d’un réveil intempestif à trois heures du matin. Nous rentrons, peut-être qu’il est temps en fait, que j’ai besoin de retrouver mes points de repères parisiens et même si la perspective de reprendre mon travail lundi n’offre rien qui me réjouisse bien au contraire. J’ai des courbatures et un sérieux mal de gorge, chopé avant hier au cours d’une balade où je ne m’étais pas assez couvert, ça semblait se lever un peu, il y avait un vent de nord ouest plus que frais, arrivé sur la plage j’ai voulu profiter de quelques rayons de soleil vespéral après plusieurs jours de temps continûment froid et gris pour nager un peu, l’eau était sérieusement refroidie par les intempéries de ces derniers jours, il paraît qu’en Grèce les canicules se succèdent, déclenchent des incendies et font des morts, foutu été décidément !

Il y a eu plus d’un moment de mélancolie pendant ces vacances. Où est-ce que je suis ? Qui est là près de moi ? Je n’ai pas d’entrain, je n’ai pas d’énergie. Le mauvais temps aurait dû me permettre de faire mille choses du côté de mes projets d’écriture ou d’engagements que j’avais pris. Je n’ai rien fait. Je laisse couler le temps, je me fonds mécaniquement sans accroc et sans crise dans le déroulé paresseux des journées, mais il n’y a pas de véritable joie, il n’y a pas de vibration de coeur. Il n’y a personne ici ! Personne dans ma grande proximité, dans mon lien d’habitude, dans mon lien de toujours, on peut marcher dans les bois ou le long de la plage, on peut s’arrêter, prendre un pot dans un mignon café sur le port, on peut parfois même dans la nuit oser de furtifs rapprochements, il n’y a personne et cela me fait mal à dire, et j’en suis honteux de le penser et je m’en trouve monstrueux d’injustice.

Et il n’y a personne dans le lointain de ma blogobulle. Un mois et demi de sevrage m’en ont terriblement éloigné. Elle m’apparaît comme un mirage. Je suis passé une fois au cybercafé pendant le mois, j’ai relevé mon courrier, écrit quelques mails pratiques mais je n’ai même pas eu envie d’aller voir ce que devenait ma blogobulle, je l’ai moi-même tenue à distance.

Je ne suis pas dans le rationnel là, je suis dans les affres de la nuit. Mais voilà c’est ce que je ressens. Bien sûr qu’il a quelqu'un ici et j’imagine que ceux qui vivent de vraies solitudes ne me comprennent pas et que je dois leur paraître odieux à ne pas savourer ce qui m’est donné. Bien sûr qu’en rentrant je renouerai avec ma blogobulle, que j’y retrouverais des amitiés et des mouvements de coeur, ce qui fait se sentir vivant. Mais là, oui, je me sens dans le désert.

Tout ça ne peut plus durer comme ça. Il y faut du changement. Et pourtant cela dure, comme ça justement, depuis si longtemps. Il n’y a pas de changement de degré. Juste un enlisement un peu plus profond. Mes pas se font plus lourds, la boue colle plus fortement à mes jambes rendant le mouvement de plus en plus difficile, de plus en plus improbable. Car les années passent et ça ce n’est pas rien ! Nous avions posé fortement Constance et moi l’idée qu’il faudrait nous faire aider, mais ce qui paraissait proche, indispensable au printemps n’a plus été évoqué et de nouveau s’est éloigné. Je n’ai pas l’énergie de prendre le taureau pas les cornes, je laisse filer comme à mon habitude. Ou est-ce que je n’ai pas la motivation parce que je n’ai pas, je n’ai plus l’amour nécessaire ?

Encore une fois il y a eu apaisement à écrire. Ecrire c’est comme un cachet de valium. Ça traite le symptôme immédiat mais quel jolie fuite aussi. Tout à l'heure avec le jour tout ceci sera là encore mais adouci, éloigné, comme une simple trace mélancolique en moi et l’action, la présence au monde reprendra ses droits.

Je n’ai pas réfléchi. En ligne, hors ligne cette entrée ? Pour le coup elle est venue comme ça, sans vraiment penser. Mais je la mettrai en ligne sans doute, plus ça va plus il me semble que je me débarrasse de mes frayeurs et de mes pudeurs, de la dictature de l’image à donner de soi et quels que puissent être les lecteurs. Une parole n’a de sens qu’ouverte sur autrui.

(Ecrit le 24 Aout)