Ce Chirac est vraiment lamentable !

Bon ce n’est sûrement pas un scoop que j’énonce là, c’est une impression partagée très largement et dans tout l’échiquier politique.

Promulguer une loi en disant qu’elle ne doit pas s’appliquer ! Dans une même phrase dire donc une chose et son contraire ! Oh la belle leçon d’instruction civique : les lois, c’est bien connu, sont faites pour ne pas être appliquées !

Imagine-t-on un De Gaulle ou un Mitterrand, accepter de se ridiculiser en passant sous les fourches caudines d’un premier ministre, uniquement pour empêcher celui-ci de démissionner ! Non sans tout aussitôt le dessaisir officieusement du dossier, au profit de l’autre, du fils haï, du méchant dont il faut se servir parce qu’on ne peut faire autrement.

Mais quelles couleuvres ! Comment peut-il les avaler ? Comment se sent-il le soir quand il se regarde dans la glace ou quand il discute au coin du feu avec Bernadette ? Peut-il ne pas avoir au fond de lui-même, dans son intime, le sentiment d’un échec sur tous les tableaux ? Sauf sur un seul, survivre au pouvoir le plus longtemps possible.

J’ai souvent en moi-même brocardé l’orgueil de De Gaulle ou de Mitterrand avec leurs idées de grandeur, leur conception quasi régalienne du pouvoir, leur volonté de laisser une trace pour l’histoire. Mais peut-être que cet orgueil leur permettait finalement une certaine hauteur de vue, un certain respect d’eux-mêmes et de la fonction qu’ils incarnaient qui les ont empêché, quelles qu’aient été leurs ombres, de tomber à un tel niveau de dégradation du politique.

Quelle irresponsabilité. L’image du pays est atteinte. L’image de la politique, qui bon sang n’a vraiment pas besoin qu’on en rajoute, est atteinte une fois de plus. Il y a de vrais risques pour la démocratie à laisser la situation pourrir même si je pense qu’elle ne pourrira pas très longtemps, Sarko va pouvoir reprendre la main, la fatigue va jouer, la mobilisation n’ira pas en s’amplifiant à l’infini, l’agacement de la population face à d’inévitables mouvements de radicalisation et à des débordements tout aussi inévitables peut même entraîner de sérieux retours de bâton.

Chirac aurait eu l’occasion pourtant de s’élever à une dimension historique. J’ai vaguement rêvé qu’il le ferait, qu’il saisirait cette occasion qui lui était donnée après les élections totalement atypiques de 2002, qu’il serait capable de se dégager des étroitesses de son camp, de rebattre radicalement les cartes, de restructurer le champs politique. Je n’ai pas vraiment cru qu’il le ferait à vrai dire car il y avait déjà l’expérience de 1995, vous vous rappelez la fracture sociale de la campagne de 1995 et ce que ça a donné immédiatement après, dès l’élection acquise, sans la moindre honte, sans la moindre gêne apparente, aller strictement à l’opposé des promesses. Depuis ça n’a fait qu’empirer. A chaque coup il a joué la petite politicaillerie, il a joué sa seule survie, à chaque coup il a joué perdant. Ah ça oui, il survit, mais à quel prix. Et ce n’est pas bon un pays avec un pouvoir qui survit.

On pourrait rigoler de cette farce. Mais je n’ai pas envie de rire. Je me sentais déjà bien éloigné du politique et bien blasé mais franchement là, ça me plombe. Je ne crois pas à une alternative qui se construirait dans l’affrontement camp à camp, je ne crois plus à cela, je crois en l’élaboration de compromis et de consensus et cette politique fait tout pour rendre ces compromis, ces consensus de plus en plus difficiles à atteindre.

Et pourtant aujourd'hui ça sentait sérieusement le printemps, ça bourgeonne de partout, les oiseaux chantent, est-ce qu’il n’y a plus que ça, regarder le ciel et les saisons…