Ce matin petit-déjeuner, grisaille dans le ciel, morosité de la reprise, envie très modéré de me mettre en route mais il le faut…

Et puis à la radio, Stéphane Hessel…

Je n’ai pas encore lu son petit livre mais le succès qu’il rencontre est en soi une bonne nouvelle. Je ne m’illusionne pas sur la portée que tout cela peut avoir une fois passé le moment d’intense médiatisation, mais tout de même ce succès est le signe d’une certaine attente d’une partie de la société qui rassérène et ces mots sont des petits cailloux semés.

Je l’écoute : une voix amicale, une élocution nette, un peu d’humour aussi ce qui ne gâche rien ; un homme aussi, qui en plus de tous ses brillants états de service, est nimbé pour moi, lecteur de Pierre Yves Roché et admirateur de Truffaut, d’une sorte d’aura à être un peu le fils de Jules et Jim (ce dont pour le coup il n’a évidemment nul mérite personnel !) ; des propos sobres simples et directs, sans fioriture, sans sophistication, sans effet de manche, un appel à la responsabilité de chacun, un appel citoyen, l’antithèse absolue aux gesticulations populistes d’extrême droite ou d’extrême gauche.

Je suis admiratif, simplement admiratif, devant cette capacité, en dépit de son âge, à ne pas être tourné vers le ressassement du passé, à être dans le présent le plus immédiat et tourné vers l’avenir.

Ça fait du bien, toujours, de pouvoir admirer.

Il faut simplement que l’admiration des hommes et des parcours remarquables, ne se traduise pas dans la tristesse ou le dépit à ne pas se sentir soi-même humainement et moralement à la hauteur, il faut qu’elle contribue à nous insuffler, lorsqu’on se sent désemparé par la façon dont va le monde, un peu de sa capacité d’indignation, un peu de son énergie à agir, ne fut-ce que d’une façon infiniment modeste, ne fut-ce que dans le cadre de notre extrême proximité.

Sans que ça ne puisse chasser les nuages, ce serait trop simple, c’était tout de même, cette voix et cette parole, un petit coup de soleil dans la grisaille, comme l’était aussi dans un autre ordre, la lumière de Monet…