Non il ne s’agit pas du marathon de Paris, la course à pied ce n’est pas trop mon truc et encore moins j’imagine celle de l’ami AlainX, organisateur de notre marathon, le marathon des blogueurs auquel j’ai participé pour la première fois.

Je voulais donner à chaud mes impressions et ressentis mais le temps passe, les impressions s’éloignent, c’était il y a deux semaines, ça va être du réchauffé. Tant pis !

Le principe de cet atelier d’écriture est très spécifique. Il s’agit d’écrire sans discontinuer pendant au minimum trois heures. Il n’y a pas de consigne, sinon celle-ci justement, l’obligation de durée et puis, écrire, écrire, écrire, à s’en fatiguer les phalanges, à s’en faire clignoter les yeux. On met les textes en ligne, au fur à mesure qu’on les produit, avec un texte au minimum par heure. Les textes sont accueillis dans un forum, à accès réservé aux seuls inscrits au marathon et dans lequel chaque participant dispose d’un espace de publication.

Je connais l’existence du marathon depuis son tout début et j’ai toujours eu envie de faire l’expérience. Chaque fois je me suis trouvé des bonnes raisons pour ne pas me lancer. Le manque de temps bien sûr. Mais le manque de temps à bon dos. Si on veut vraiment on peut toujours trouver quelques heures pour s’isoler et pour écrire au cours de la dizaine de jours sur laquelle s’étend le marathon. C’est qu’au-delà du manque de temps, il y a, bien sûr, des résistances.

Moi qui ai l’écriture lente, nécessitant temps de pause et de maturation, moi qui me lis et me relis avant de publier, je me sens mal à l’aise devant l’obligation de rapidité. Et je pense aussi qu’écrire ne se commande pas, qu’on ne peut pas décréter qu’on va s’y mettre à tel ou tel moment. Il y a les moments avec et les moments sans. Il y a alors la peur que l’espace de temps qu’on s’est réservé pour le marathon soit précisément un moment sans. Et du coup il y a la crainte de ne pas y arriver, de ne pas produire quelque chose qui se tienne et donc de mettre à mal mon image de quelqu'un qui passe pour avoir un certain talent d’écriture.

Au-delà de tout ça, et bien plus fondamentale, il y a sans doute une autre peur, la seule véritable, celle que je ne m’avoue pas vraiment à moi-même, dont je n’ai pas même vraiment conscience, la peur de me laisser aller, de me débrider, la peur de ce qui pourrait surgir des profondeurs, celle qui explique que j’ai l’écriture lente et que je ne sois jamais ou si rarement dans l’écriture du flux immédiat, indépendamment de tout marathon ou de toute consigne.

Et c’est l’existence même de ces résistances qui me donne l’envie du marathon même s’il en rend le déclenchement difficile. Car qu’est-ce qu’un marathon réussi, sinon un moment où s’ouvrent les vannes.

Ce sont toutes ces raisons qui expliquent aussi je crois pourquoi j’ai longtemps résisté à l’idée de participer à des ateliers d’écriture Mais quand je m’y suis risqué j’ai constaté que ça fonctionnait, que les consignes et le groupe dans lequel on s’inclut étaient porteuses et déclencheuses. Pour le marathon c’est évidemment pareil, car même s’il n’y a pas de consigne, même s’il n’y a pas la présence physique des coécrivants, il y a néanmoins cette obligation que l’on se donne de produire (ce qui en soi est une consigne) et l’idée que d’autres écrivent en parallèle de vous, que vos textes vont être attendus. Et de fait quand on se met à écrire ainsi, il y a forcément des mots qui viennent et les mots entrainent les mots, la page blanche ça n’existe pas.

N’empêche que lorsque j’ai été près de m’y mettre j’ai eu du mal. Un contretemps objectif s’est produit juste au moment où j’avais prévu d’écrire. Lorsqu’un peu plus tard j’ai eu la possibilité de me lancer je n’étais plus dans les meilleures conditions, je n’avais plus un laps de temps vraiment confortable devant moi. Du coup j’ai hésité, j’ai repoussé encore le moment d’y aller. Le contretemps objectif est devenu un joli prétexte sur lequel mes résistances ont pu s’appuyer. Pendant un moment j’ai même cru renoncer. Je me suis senti plutôt mal pendant ce moment d’hésitation, l’une des options (y aller) me paraissait soudain aussi impossible que l’autre (passer mon tour).

Finalement j’ai écrit. Sans difficulté particulière à partir du moment où j’ai démarré. Je me suis appuyé sur mon présent immédiat. Or qu’était-ce mon présent immédiat sinon justement ce contretemps et mes résistances ! C’est donc là-dessus que j’ai écrit. Pourquoi pas. Mais il aurait alors fallu que ce ne soit qu’un démarrage, qu’après je puisse basculer sur d’autres éléments, qu’au fil du temps, qu’au fil des mots j’aie pu commencer à tirer sur une autre pelote, à partir d’un souvenir, à partir d’un rêve, à partir d’une imagination, et que je m’y lâche et que je m’y perde. Je n’en ai pas eu le temps. Mon marathon ce fut un demi-marathon, comme un exercice d’échauffement.

Cela dit je ne regrette pas. J’ai tenu mes trois heures. J’ai rempli le contrat minimum. Je ne me suis pas déjugé par rapport à ce à quoi je m’étais engagé. (Me déjuger en la matière n’aurait eu aucune importance en soi, c’est moi seulement qui aurais eu tendance à mal le vivre. Je me connais ! Donc tant mieux pour moi-même que je ne me sois pas déjugé). Et il est sûr que ce galop d’essai me donne envie d’y revenir et que je serai en principe partant avec la volonté d’une plus grande et plus longue implication lors d’une prochaine édition.

Un marathon ça ne se conçoit pas sans les autres, leur présence est consubstantielle à l’exercice, présence de nous à eux par la lecture des textes des autres, présence de eux à nous par les regards qu’ils portent sur les nôtres. Bien sûr on ne peut pas lire vraiment pendant le moment ou soi-même on écrit (ou alors au plus survoler ceux qui écrivent au même moment) mais on lit avant, on lit après et notre propre écriture est ainsi baignée de celle des autres.

Pendant le temps du marathon on entre en empathie avec les autres écrivants, on se trouve embarqué sur le même bateau, dans une sorte de cercle, de salon où l’on serait ensemble et dans une forme très particulière d’intimité. Car le salon est fermé, seuls y accèdent ceux qui eux-mêmes participent, on se trouve à l’écart du tout venant, des grands vents de la toile publique. Il y règne le climat convivial et chaleureux de l’entre soi. Parfois d’ailleurs avec un peu d’excès. Les textes produits sont forcément inégaux. Tous ont leur valeur en ce qu’ils sont l’expression authentique d’une personne. Ce n’est pas pour autant qu’on doive partager toutes les idées qui sont soutenues, être en empathie avec tous les sentiments qui sont exposés et séduit par tous les styles et toutes les plumes et donc je trouve certains dithyrambes un peu artificiels ou forcés. Peut-être sont-elles sincères, dans l’enthousiasme de la participation, mais je crains qu’il n’y ait aussi une volonté à tout prix de faire plaisir et un peu de complaisance. Cela dit cet excès vaut mieux que l’inverse. Car ce climat fait d’empathie, de bienveillance, d’encouragement aux autres est fondamental et contribue puissamment à stimuler l’écriture de chacun.

Dans mes lectures j’ai retrouvé pas mal d’anciens, certains toujours actifs et qui font partie de mon cercle de longtemps mais d’autres aussi perdus de vue (Nada par exemple). Mais j’ai aussi découverts de nouvelles plumes, certaines très talentueuses et qui pour beaucoup s’expriment sur Kaléidoplumes. J’ai visité à l’occasion quelques jolis blogs que je ne connaissais pas. Eternel dilemme : il est évidemment impossible de tout suivre de ce qui pourtant nous donne des envies d’y revenir.

Je n’ai pas encore tout lu. Je continue cahin-caha. C’est plus difficile lorsqu’on n’est plus dans le climat du marathon lui-même, on se sent moins concerné, moins impliqué par les textes, même forts, lorsqu’on les lit à distance temporelle plutôt qu’au moment où ils sont produits et où on est soi-même engagé. D’autant que la structure en forum de l’interface n’est pas très pratique pour la lecture fluide. Il faut cliquer sans cesse ce qui est préjudiciable à la continuité de la lecture. Je préfère les ateliers d’écriture sous forme de blogs comme étaient Paroles plurielles ou Les petits cailloux et ricochets des blogueurs. (C’est une des raisons d’ailleurs qui fait que je n’apprécie pas trop Kaléidoplumes et que je vais rarement le lire, ce dont j’ai une certain tristesse en raison de la sympathie que j’ai pour sa fondatrice et de la qualité de certaines des plumes qui s’y expriment).

Ce que j’apprécierais ce serait l’existence d’un Pdf que chacun pourrait imprimer. Ce serait le livre du marathon que l’on pourrait déguster à son rythme et à son choix, en en feuilletant les pages. Je reste décidément un homme du livre et de l’imprimé, je ne suis pas près de passer à la tablette, ma vrai lecture toujours ce ne peut être que la lecture de pages imprimées. Chacune des participations formerait comme un chapitre de l’aventure collective. Ce serait aussi un souvenir du marathon que l’on garderait, qui lui permettrait de survivre à la violente mise à mort à laquelle procède Alain en effaçant au bout d’un temps tous les textes. Peut-être que cette garantie du caractère éphémère de ce qui est posé, comme le fait que la lecture des textes soit réservée aux seuls participants, permet à certains de se lâcher plus facilement. Il n’empêche (on connait mon goût, sinon mon obsession, des traces !) que j’aimerais pour ma part qu’une trace en soit conservée.

Voilà un peu tout ce qui trainait dans mon esprit à propos de ce marathon. J’ai eu du mal à mettre ces notes au clair. Pour le coup ce n’était pas un marathon mais de petits moments d’écriture laborieuse et d’autant plus que le temps passait. Mais j’avais envie tout de même de poser tout ça avant de fermer boutique quelque temps, avant de me mettre pour une dizaine de jours en mode déconnecté ou quasi déconnecté, avant de partir après-demain d’abord chez une amie au bord de la belle bleue puis dans notre maison lauragaise.