Voilà le séjour est terminé. Le temps s’est très vite remis au beau et j’ai repris les randonnées quotidiennes après mon suspens d’une journée lundi dernier. Malgré mon peu d’entraînement cette année je me suis rendu compte que je marchais encore bien, et mieux que certains gamins ou gamines quarantenaires ! Je me suis surpris à ne pas être trop ratatiné après un seize-cent mètres de dénivelée (1400-3000). Du coup j’ai un peu regretté de ne pas m’être intégré au petit groupes de marcheurs confirmés qui sont partis en refuge et ont fait une sortie haute montagne avec un 3800 à la clef. Je me suis dit en pestant que j’avais laissé passer une occasion unique qui ne se représenterait peut-être plus de refaire un peu de haute montagne (bonne mise en jambe de la première semaine, météo idéale et stable, présence de personnes compétentes pour mener les cordées). Mais je me suis repris et j’ai pu profiter pleinement de deux très belles randos auxquelles j’ai participé pendant que se faisait cette ascension. J’ai repensé pour m’y aider à la phrase exergue du blog de Paquita !

Sur le chemin du retour nous faisons une étape à Annecy. Annecy c’est la ville de mes grands parents maternels. J’y ai passé de très nombreuses vacances petit garçon puis adolescent. Nous alternions les vacances chez les deux paires de grands parents, les paternels à Toulouse et en Espagne, les maternels à Annecy. Nous étions, ma sœur et moi, les deux seuls petits enfants des deux couples et ils voulaient nous avoir un maximum, si bien que nous n’avons jamais passé de vacances en colonie ni dans de larges cousinades : belles vacances dans de beaux lieux certes, mais avec des adultes et beaucoup de vieilles personnes. Ils croyaient bien faire, les pauvres, et n’ont sans doute jamais imaginé à quel point les apprentissages qu’implique une vie collective ont pu nous manquer par la suite, je parle pour moi, mais je suis quasi sûr qu’il en est de même pour ma sœur.

L’appartement de mes grands-parents appartient désormais à ma sœur et il est loué mais par accord avec la locataire qui est là depuis plus de vingt ans, nous gardons la jouissance de deux pièces et d’un petit cabinet de toilette. Tant que ma mère vivait et qu’elle n’était encore pas trop malade, mes parents ont utilisé relativement souvent ce pied à terre. Maintenant c’est devenu plus exceptionnel. Je n’étais moi-même pas repassé ici justement depuis l’enterrement de maman en novembre 2002. J’ai redécouvert la ville avec plaisir ainsi que les berges du lac, c’est vraiment un très beau lieu. Mais aussi des souvenirs ressurgissent, parfois à travers des éléments minuscules qu’on croyait oublié, ainsi le grincement caractéristique de la robinetterie dans le cabinet de toilette, un jeu de diamino dans un tiroir, quelques livres d’enfants lus et relus : les madeleines ne sont pas que gastronomiques ! J’ai feuilleté aussi quelques vieux albums photos des années 20, avec ma mère bébé et petite fille, avec les voyages en Belgique (ma grand mère maternelle était belge et avait atterri à Grenoble où mon grand père occupait son premier poste au sortir de la première guerre mondiale) et en Roumanie (en voiture, une inévitable traction avant Citroën, passage du Danube par bac et routes approximatives dans les Carpates ; mon grand père, mondialisé avant l’heure, était ingénieur dans les pétroles dans ce pays, il y est resté jusqu’à l’approche de la seconde guerre, ma mère y a passé son adolescence). J’ai trouvé aussi une carte postale que je n’avais jamais vue, représentant un groupe de poilus dont un de mes arrières oncles que j’ai bien connu, avec, d’une petite écriture serré mais merveilleusement lisible, quelques nouvelles de la vie dans les tranchées adressé à mes arrière grands parents, Jules et Lucrèce C., instituteurs à L. commune de D. (Haute Savoie), les prénoms, la profession, c’est déjà tout un programme qui fleure bon la troisième république laïque et militante ! Trésors des armoires familiales !

Du plein midi à la tombée de la nuit autour du lac d'Annecy. Images cliquables bien sûr

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