Depuis quelque temps je me cherchais un nom de plume, autre que mon nom de toile, pour mes textes adressés à l’APA, Traces que j’ai déjà déposé, comme d’autres que j’envisage de déposer un jour, un nom aussi pour publier aussi peut-être un jour. Ça y est, je me suis décidé, ce sera Lucas Verdier.

C’est un nom surgi un peu au hasard sans trop chercher. Je n’ai pas voulu me hasarder dans la recherche du nom « parfait », d’un nom qui serait comme une quintessence de mon moi. Dès que j’ai senti que la sonorité, les assonances, les images qui pouvaient en surgir m’allaient à peu près, je me suis décidé.

J’ai quand même vérifié sur 123people, non pour voir s’il y en avait, il y en a quelques uns forcément, puisque j’ai volontairement choisi un nom plutôt sobre, plutôt banal, plutôt passe-partout. Je voulais juste m’assurer qu’il n’y en avait pas dont les activités puissent conduire à des confusions gênantes. Il y a un éditeur certes qui porte ce nom (et un éditeur intéressant d’ailleurs) mais qui n’est associé heureusement à aucun prénom.

Je n’ai pas cherché de connotations particulières. A posteriori cependant je note que Lucas avait été l’un de mes pseudos dans l’organisation militante dans laquelle je m’étais investi corps et âme dans les années de l’après soixante huit. Quant à Verdier, j’y entends vert, le vert est une couleur que j’aime, le vert de la nature, celui des campagnes, des prés et des bois, le verdier c’est un oiseau aussi je crois, bref tout ça n’est pas si loin des connotations portées par Valclair.

Mais je n’ai pas envie de m’étendre, de creuser, c’est Lucas Verdier, c’est tout.

Alors bien sûr je m’interroge par rapport à cette envie longtemps affirmée de chercher à assumer l’unité de ma personne derrière mon nom d’état civil. J’ai pu rêver d’associer un jour toutes mes facettes sou un même et unique nom,  voire pourquoi pas jusque dans une page Facebook, ce que j’ai fait et été au cours de ma vie, qui je suis ou plutôt qui j’étais dans mon monde professionnel (car là, inévitablement, j’aurais attendu de ne plus en être!), qui je suis pour les « copains » et connaissances de la vie courante et de la famille, tout cela donc, tout en étant aussi ce type qui écrit et qui notamment se raconte d’une façon qui à beaucoup paraîtra bizarre pour ne pas dire quelque peu névrotique.

Or voilà que moi qui jouait déjà de deux noms, je m’en invente un troisième !

Mais double ou triple nom ne veux pas dire étanchéité absolue, barrière dressée et maintenue, style Ajar-Gary, volonté à tout crin de conserver la fiction de la personne multiple, avec l’inévitable schizophrénie qui va avec. Je peux fort bien ressentir l’unité de ma personne, ne pas la masquer d’ailleurs à ceux qui partagent différents aspects de ma vie – et c’est bien pourquoi je n’hésite pas à évoquer ce nom ici – mais choisir de me présenter différemment selon à qui je m’adresse, un peu de la même manière que je ne m’habille pas de la même façon quand je vais à une réunion professionnelle, quand je vais dîner chez Tante Charlotte ou quand je participe à une soirée littéraire. (Quoique ! J’ai tendance à m’habiller de plus en plus à peu près de la même façon quelles que soient les circonstances !)

Bon, de toute façon j’exagère un petit peu à dessein, il y a tout de même un peu plus de puissance symbolique dans l’adoption d’un nom que dans le choix de la cravate/veston et de la chemise/jeans mais enfin l’unité de la personne peut parfaitement et sereinement résister à la pluralité des noms alors va pour Lucas Verdier, va pour Valclair, et puis pour l’autre aussi…