C’était étrange. Je me suis éveillé l’autre jour avec ce nom dans la tête : Xavier Lepage. D’où venait ce nom ? D’un rêve ? Mais alors d’où venait le rêve de Xavier Lepage ? En tout cas je ne connais personne qui s’appelle ainsi, et même en recomposant le nom, en jouant des anagrammes, je ne vois pas.

En même temps, il y avait dans cet éveil des pensées autour de ce que j’écris, de l’anonymat, du nom de plume. Le texte « Traces » que j’ai déposé à l’APA a donné lieu, après un écho de lecture que j’avais refusé, à un autre dans lequel cette fois je me suis bien mieux retrouvé et qui sera donc publié dans le prochain volume du Garde mémoire de l’Association. En plus il est vaguement question que je retravaille une partie de ce texte et que je le donne à une maison d’édition amie qui est intéressée. Je n’ai pas encore décidé sous quel nom d’auteur présenter « Traces ». Au départ j’étais parti sur l’idée de le signer des initiales de mon nom réel. Mais finalement cette demi mesure ne me satisfait pas. Ça fait bizarre un texte signé d’initiales ! Il me faut soit assumer mon nom, soit prendre un pseudonyme. Le nom imprimé c’est autre chose qu’un nom sur internet, dont on peut changer comme de chemise, il faut que je me décide en sachant que c’est cette fois une décision de long terme que je prends.

Trouver un pseudo n’est pas évident. Une fois épuisé les anagrammes de son nom (je n’ai rien trouvé de bien sonnant à partir du mien) on se lance dans des élucubrations variées cherchant à jouer des sonorités, des évocations, voire des symboles. On finit à ce jeu par gonfler de sens le nom à choisir, au point de l’excéder, de le saturer. (C’est un peu ainsi que j’avais procédé pour Valclair aux symboliques transparentes dont au demeurant je suis satisfait mais Valclair n’a pas de prénom et puis c’est mon nom en ligne, ce ne peut être mon nom de plume).

Alors pourquoi pas au contraire un nom neutre, le plus neutre possible ?

Et c’est là que le lien entre mes deux songeries nocturnes s’est fait.

Pourquoi pas ce Xavier Lepage surgi de nulle part ? Je ne l’aime pas trop ce nom ! Je n’aime pas en particulier le prénom Xavier. Mais après tout, son nom, on ne le choisit pas ! Il vous tombe dessus. Alors puisqu’il m’en tombe un dessus, envoyé cette fois non par les ascendants mais par les petits dieux de la nuit, pourquoi ne pas l’adopter sans autre forme de procès. Sur le moment j’ai été convaincu. Je me suis dit Xavier Lepage, Xavier Lepage, bravo, vive Xavier Lepage, ça me va très bien, tope là, l’affaire est faite…

Mais quelques heures plus tard, passé l’euphorie des pensées exaltées du réveil ce n’était déjà plus pareil. Non décidément je ne le sentais pas ce Xavier Lepage, Xavier surtout. Je ne le voyais pas en haut de l’affiche (enfin, disons, en haut de l’articulet, de la brochurette, du livre à diffusion confidentielle) et surtout je ne me voyais pas avec lui. Donc exit Xavier Lepage, aussi vite qu’il avait débarqué.

Mais j’ai envie de garder la méthode, de noter des noms qui me traversent l’esprit, qui surgissent comme ça sans trop que je sache pourquoi. Evidemment, si je suis dans l’attente, il va en surgir plus mais peut-être moins spontanés. Mais du moment que je ne cherche pas à leur attribuer du sens, que je me contente de les appréhender comme sonorité, comme forme, je peux essayer. Je ne sais si c’est possible d’en rester là, si je ne vais pas les charger de sens, même à mon corps défendant, influençant le ressenti premier. Deux autres noms en tout cas ont surgi depuis, Lucas Salvator, Lucas Marinier, va-t-en savoir d’où venu ces deux là aussi…

Je n’en tire rien pour l’instant. Je n’ai même pas encore décidé si vraiment je voulais un pseudonyme ou si je voulais assumer mon nom c’est à dire plus exactement le mouiller de mes mots, me mouiller de mes mots.