Donc j’ai repris le boulot cahin-caha, mais sans non plus trop de réticences malgré les habituels problèmes de rentrée et la charge de travail intense qui va avec.

Mais j’ai repris aussi ma lecture plus attentive de la presse, y compris en remontant quelque peu sur des évènements et déclarations de ces dernières semaines qui m’avaient en partie échappées.

Bon, évidemment je sais que rien de bon ne peut venir de ce gouvernement.

Je ne m’étonne pas qu’il multiplie les coups de menton et l’agitation fébrile, qu’il cherche à détourner l’attention de sa politique économique et de ses largesses et compromissions plus que mal venues avec les très riches et qu’il se remette à draguer sans vergogne l’électorat du Front National.

Tout ça est tellement prévisible, tellement conforme à ce que sont ces gens, à leurs petits calculs tactiques dérisoires, voire pour certains à leur idéologie profonde, qu’on oublierait presque de s’en offusquer.

Sauf qu’il me semble qu’ils n’ont jamais été si loin, qu’il y a un saut qualitatif.

Il y a vraiment désormais tout un groupe qui est visé, stigmatisé, en tant que tel, sur des critères ethniques.

On peut se dire que tout ça ce sont surtout des paroles, que les actes ne pourront pas aller très loin, qu’il y aura des freins institutionnels. Que de plus l’opération politicienne elle-même ne semble pas marcher, qu’elle suscite des oppositions même à droite et qu’elle menace de se retourner comme un boomerang contre ses auteurs. N’empêche il y a des personnes bien concrètes qui font déjà les frais de cette politique. Mais au-delà, bien plus grave, bien plus profond, bien plus criminel, je pèse le mot, il y a ce que ces discours légitiment tous les réflexes de rejet de la différence, présents chez beaucoup mais plus ou moins enfouis (et qui d’ailleurs pourrait être certain d’en être pour lui-même totalement affranchi !) mais qui ne demandent qu’à s’épanouir. Il n’y a qu’à entendre ce qui disent certains Roms, pourtant déjà habitués à susciter la méfiance, du changement palpable du climat autour d’eux, du caractère encore plus soupçonneux à priori des regards portés sur eux. Dans l’état de crise dans laquelle nous sommes et en cas d’aggravation de celle-ci, à quels déchaînements ces réflexes de rejets ainsi encouragés, pourraient-ils mener ? Qui le sait ?

Je ne suis pas dupe des raisons de Villepin et je sais bien que son attitude et ses déclarations s’inscrivent dans sa stratégie personnelle et relèvent d’abord de la haine mortelle qu’il porte à Sarkozy. Ses envolées lyriques sur la tâche et la honte sur le drapeau peuvent paraître grandiloquentes, n’empêche je pense que les grands mots ici n’ont rien d’excessif. Oui la dérive actuelle est bien une honte nationale !

Je ne pétitionne plus, je ne vais plus aux manifestations, je ne crois plus trop à l’efficacité de tout ça.

Mais là samedi je crois que j’irai à la manifestation organisée par la Ligue des Droits de l’Homme, Place de la République. Ce n’est pas ça qui changera grand chose. Ce n’est même pas ça qui me donnera bonne conscience, pour ça il faudrait s’engager de façon bien plus soutenue et quotidienne. Ce sera juste pour pouvoir me sentir propre, me dire à moi-même que je ne resterai pas totalement inactif, que je ne me laisserai pas aller à tout gober par habitude.

Je relaie aussi du même coup l’appel d’ATD Quart Monde signalé par Samantdi.