Excellent week-end. Le TGV me ramène vers Paris. Une jolie lumière d’après-midi sur la vallée du Rhône a remplacé la pluie drue de ce matin. Je suis en première, salle haute, dans le sens du train, personne dans le siège en face de moi, je peux allonger voluptueusement mes jambes et regarder défiler le paysage. Pour une fois j’ai mon ordinateur avec moi et je peux donc écrire directement dans word et non sur mon petit carnet.

C’était un week-end de retrouvailles de blogueurs des temps anciens, l’ami Pierre et une amie chère, retrouvailles auxquelles comme chaque fois nous avons pris un immense plaisir. Mais c’était aussi un week-end de découvertes de blogueuses que je ne connaissais pas et de la petite ville où nous devions faire une animation. C’était la chaleur de l’accueil de l’amie qui nous a tous hébergé pendant ces deux jours, qui nous a fait découvrir sa maison dans la campagne des hautes collines, qui nous a régalé de sa cuisine et avec qui nous avons fait mieux connaissance par les discussions autour de feu de bois dans le soir tombé.

Mais il y eu autre chose…

Etrange, si improbable, un surgissement soudain d’un passé vieux de près de quarante ans.

Donc, nous parlions blog devant une petite assemblée dans le centre culturel de la petite ville.

Dans le public un visage m’a très lointainement rappelé quelqu’un.

Et tout de suite une personne, un prénom me sont remontées, m’ont traversé l’esprit : « Tiens cette femme, elle a quelque chose de J… »

Jamais je n’aurai trouvé ce prénom si je l’avais cherché, cette personne ne m’avait jamais été spécialement proche mais elle l’était d’autres qui elles avaient beaucoup compté pour moi.

L’impression a été fugace. Je ne m’y suis pas attaché plus que cela, j’ai été pris dans la suite de la discussion, sollicité par les échanges avec la salle. A la fin, au moment de la dispersion le flash s’était effacé et peut-être serais-je parti sans plus y penser.

Mais la femme s’est approchée de moi. Et dès qu’elle a commencé à parler « j’ai une question qui n’a rien à voir avec le sujet d’aujourd'hui mais est-ce que par hasard… », je l’ai interrompue et j’ai dit très vite, et c’était un signe absolu de reconnaissance, son prénom et le nom de l’organisation dans laquelle nous avions milité ensemble à l’aube des années 70. Il n’y avait pas erreur. Nous étions dans la surprise et, dans le contexte, nous n’avons pas été en capacité d’échanger vraiment au-delà de quelques phrases sur ce que nous étions devenus. Mais enfin nous nous sommes donnés nos mails et sans doute nous nous contacterons pour une rencontre lorsqu’elle viendra à Paris.

Ce n’est pas la première fois que je tombe par hasard sur une personne de ce temps là. La dernière fois, il y a sept-huit ans, quelqu’un m’avait reconnu alors que j’intervenais dans un cadre professionnel, dans une réunion d’information à destination de parents d’élèves. Il était venu me voir à la fin de la séance, s’était présenté comme un ancien, j’étais gêné, je ne le reconnaissais pas mais je n’en ai rien montré. Il m’avait invité à dîner quelques jours plus tard. Pendant toute la soirée j’ai eu beau faire, j’ai été incapable de le « remettre », ce qui était pour le moins perturbant. Il était convenu que je l’invite en retour, je ne l’ai jamais fait. Je m’explique à peu près ce déséquilibre : à l’époque de notre rencontre j’étais cadre de l’organisation et lui était un plus jeune militant. Et puis, et sans doute c’est surtout là qu’est l’explication, c’étaient de mauvaises années où j’étais en crise par rapport à mon militantisme sans encore le montrer, c’est un temps dont j’ai largement effacé les détails. J., elle, a surgi du temps des débuts et des enthousiasmes, de ce temps dont j’ai des images précises, fraîches, comme si c’était d’hier.

Étranges jeux de la mémoire et de l’oubli.


Post scriptum : Écrit dans le TGV dimanche soir. Resté au fond de mon ordinateur jusque là. Pas par refus de publier, juste par manque d'intérêt à le faire. Encore un signe de cette mise à distance...