Ben oui, tout arrive ! Même à ce vieux Valclair, pourtant blanchi sous le harnois de sept ans de pratique assidue, il arrive d’avoir marre, très marre de son blog !

Pas seulement marre naturellement. C’est toujours mêlé à des satisfactions et même à du plaisir. Sinon je ne continuerai pas. Quoique… Car même ce plaisir n’est pas toujours sain. Il a quelquechose du plaisir que procurent les addictions.

D’abord, mais ça c’est plutôt superficiel, il y a l’aspect du blog, son look général, les deux colonnes qui balisent, le manque d’élégance de la graphie, il y a ce jaune, jaune soleil, jaune lumière certes, mais dont je finis par avoir une indigestion. Ça je pourrai le modifier facilement. Il suffit que je teste d’autres configurations de présentation et de couleur dans Canalblog. Ou alors que j’aille m’installer sous Dotclear, ce dont j’ai envie depuis longtemps mais qui est plus lourd et problématique à réaliser.

C’est précisément parce que la présentation du blog n’est qu’une part limitée de ma lassitude, que je ne me lance pas dans ce déménagement.

Derrière il y a une fatigue plus profonde…

J’ai le sentiment d’une écriture qui tourne en rond. Certes je vis des choses en partie différentes, une année n’est pas le clone de celle qui l’a précédé, je vois des films différents, je lis des livres différents, il y a d’autres émotions, d’autres promenades, mais les problématiques de fond, les questionnements, la façon d’écrire, sont tellement les mêmes. Je sais que certains me lisent depuis longtemps avec une constance qui m’étonne et qui certes me fait plaisir. Mais j’imagine que je lasse aussi, comme, surtout, je me lasse moi-même.

Je constate d’ailleurs que j’ai moins de visiteurs et moins de commentaires. Je ne suis pas un accro des statistiques et ne les scrute pas au jour le jour mais une évolution sur le long terme est significative. En gros je suis entre 2500 et 3000 visiteurs mois depuis cet été, alors que je naviguais plutôt autour de 4000 en 2007-2008. Certes il doit y avoir l’effet agrégateur puisqu’on peut me lire intégralement par cette méthode. Mais pas seulement, il y a aussi sûrement une certaine lassitude à me lire. (Je me demande d’ailleurs s’il n’y a pas aussi une relative désaffection générale de la forme blog, au profit de nouvelles formes de communication au travers des plateformes sociales, de twitter et compagnie, mais là n’est pas mon propos du jour).

Au-delà de cet aspect quantitatif pèse surtout le fait qu’une grande partie de ceux-celles avec qui s’était constitué « une intimité de réseau » s’est désinvestie de la blogosphère, soit en disparaissant totalement, soit en prenant de la distance. Le dialogue avec ces blogueurs (blogueuses), parfois direct par mail ou commentaires mais surtout indirect, par billets interposés, contribuait à notre dynamique d’ensemble, créait une sorte d’émulation. Quelques autres ont remplacé ceux qui se sont éloignés mais en moindre nombre.

La communication, même si elle n’est pas la source de mon écriture ici, en est un puissant carburant. J’ai écrit des journaux personnels bien avant de les mettre sur internet et une partie non négligeable de mes élucubrations actuelles reste sagement sur mon fichier word dans les profondeurs de mon disque dur et n’accède pas à la publication. N’empêche je suis sûr que le fait de donner à lire a entretenu mon ardeur à tenir journal, y compris paradoxalement pour la part qui n’en est pas publiée.

Peut-être donc est-ce bien cette fatigue du journal, cette usure de la source profonde qui est cause de ma lassitude, plus que la forme du blog, plus que la relative désaffection de mon lectorat et de mon blogomonde.

Alors, tout arrêter ? Certainement pas. Ça me manquerait trop. Essayer quelquechose de très différent, plus détaché de la forme journal ? Pourquoi pas… Ne pas courir après les livres lus, les films vus pour en rendre compte, écrire en tâchant de s’affranchir au moins en partie du décorticage intellectuel, essayer d’être dans la pure évocation des ressentis immédiats sans s’astreindre à les analyser, laisser sa place à des tentatives poétiques, à des pages de prose fictionnelle… Oui, pourquoi pas… C’est alors qu’il y aurait sens à laisser Canalblog et à passer sous Dotclear, il faudrait que le changement de forme et de lieu soit aussi un renouvellement de fond. Mais est-ce que j’y parviendrai ou bien est-ce que ce pli de ma forme actuelle d’écriture, pris depuis si longtemps, s’imposerait ? Chasser le naturel il revient au galop !

Je ne sais pas. A suivre, en tout cas…