Dur, ce matin…

Temps absolument sinistre. Ciel bas, petite bruine. Pensées moroses tout au long de la marche qui me conduit au bureau. En fait j’ai écrit ce billet en marchant, à peine arrivé au bureau, je me précipite sur mon ordinateur, sur word, je tape mon billet, avant même de regarder tout ce qui m’attend ici, avant l’arrivée des autres, avant d’oublier les mots, un peu comme je le fais d’un rêve au réveil.

Pas envie d’aller au travail, de me confronter à ma journée. En même temps je sais bien que lorsque je serai dedans ça se passera bien, je ne trouverai pas ça si horrible et même je trouverai ça occupant, distrayant !

Et si j’étais devant cette même matinée sombre, sans perspective, sans obligation, qu’en ferais-je, en ferais-je bon usage ? Bref c’est cette petite peur de l’après, de cet après-novembre quand j’aurai définitivement tourné cette longue page de ma vie.

Pensées vers ma sœur, vers mon père. Ce matin c’est le rendez-vous à l’hôpital, c’est l’entretien avec le chirurgien, toutes analyses faites, la détermination de la date de l’opération, le protocole qui sera suivi. Ils sont en route en ce moment même. Ça m’angoisse que mon père l’accompagne, ce n’est pas « naturel », pas dans l’ordre des choses, ce vieux monsieur de quatre-vingt cinq ans portant soutien à sa fille. Mais c’est important qu’elle soit avec quelqu’un pour cet entretien et à l’issue de cet entretien. Et qui pouvait être là, sinon lui ?

Hier soir j’ai eu une longue conversation téléphonique avec lui. J’ai senti cette fois son anxiété de façon palpable. Pendant les vacances avec nous il était détendu, avait pu mettre tout cela à distance, mais là ! Je vais aller déjeuner avec lui ce midi à la fois pour avoir les nouvelles et pour le soutenir.

Pensées roulantes, culpabilisantes. D’où vient ma propre angoisse ? D’un amour désintéressé pour ma sœur ? d’une compassion vraie ? Ou plutôt, égoïstement, de ce que tout ça nous dit de notre propre mort ?

Et puis cet allégement que j’ai à mettre tout ça en mots, est-ce tout à fait sain ? Est-ce que ce n’est pas donner les sentiments en pâture aux mots ? N’est-ce pas indécent de se plaire aux mots, d’en tirer jouissance, de faire quelque chose comme un soupçon de littérature avec ce qui est d’abord la douleur des autres, pas la mienne ? Puis, en les mettant en ligne, n’est-ce pas de surcroît donner les mots en pâture aux autres ? N’est ce pas chercher l’effet ou forcer un regard compassionnel ? Ne vaudrait-il pas mieux le silence, le silence intérieur ?

Ecrit ce matin à huit heures et demi, en arrivant au bureau.

Depuis j’ai eu des nouvelles. Elles sembleraient plutôt moins inquiétantes. Sembleraient. Mais c’est déjà ça !