Hier je me suis senti léger.

Sans doute est-ce lié en partie au fait que la réunion que j’avais le matin ne s’est pas éternisée, que je ne suis pas retourné au bureau et donc que dès onze heure et demi j’étais chez moi, qu’il faisait beau avec un air frais et tonifiant, ciel bleu, soleil clair et que pour faire une jolie entrée en week-end je suis parti me promener en bord de Seine après un rapide déjeuner avant d’aller me poser dans la plus grande salle du MK2 Bibliothèque.

J’y ai vu « True Grit » des frères Coen, c’est un plaisant voyage, très bien filmé et rythmé, au pays des westerns de notre enfance, avec tous ses codes, ses bons et ses méchants, ses grands paysages de l’ouest, ses chevauchées, ses poursuites, ses coups de feu et tous les piments de l’aventure. Mais avec en plus une bonne dose d’humour et, ce qui fait la spécificité du film, la présence décalée dans ce monde d’une délicieuse demoiselle aux frontières de l’enfance mais à la détermination sans faille et à la langue bien pendue. C’est sur le trio improbable qu’elle constitue avec le vieux justicier alcoolique et le jeune ranger texan pour se lancer à la poursuite de l’assassin de son père que repose l’essentiel de l’originalité et du charme du film, je m’y suis régalé.

Et j’en profite du coup pour faire sur ce blog une petite halte cinéma, évoquer deux films, l’un vu ces derniers jours qui m’a déçu et l’autre, remarquable, vu il y a plusieurs semaine.

Je n’ai pas aimé « Black Swann ». Je trouve ce film, qui certes n’est pas mal fait, bien trop lourd et démonstratif. On a compris très vite. Tout est appuyé dans la psychologie comme dans les effets visuels. La mère est vraiment trop mère abusive, la symbolique sexuelle soulignée à l’envie et avec de gros sabots, la description du milieu de la danse, les sacrifices pour « l’art » et la concurrence effrénée entre les filles rendent compte de certaines réalités mais sont posées sans nuances. C’est d’ailleurs une chose qui m’a frappé à d’autre occasions dans d’autres films américains quoique je n’en ai pas en tête en écrivant, quand on se met à faire de la psychologie dans des films grand public on n’y va pas avec le dos de la cuillère ! En l’occurrence peut-être est-ce voulu pour bien nous dire que nous voyons les choses par le prisme d’une jeune femme schizophrène, même dans les scènes qui ne sont pas fantasmatiques. Peut-être mais du coup il n’y a aucune subtilité, on ne se sent pas concerné par le personnage, donc on ressent aucune émotion, ça reste du pur spectacle. Je ne suis même pas complètement convaincu par la prestation de Natalie Portmann pourtant porté aux nues même par ceux qui ont des réserves sur le film. Certes c’est une performance mais après. Dans un rôle qui a pas mal d’affinité avec celui-ci j’ai été beaucoup plus touché et ému par Isabelle Huppert dans La pianiste.

Il m’a manqué par contre de dire tout le bien que j’ai pensé du film « Incendies ». Je regrette de ne pas avoir fait un billet quand il était encore frais dans ma tête et présent sur les écrans. C’est un film puissant sur les tragédies de la guerre et plus précisément sur la guerre du Liban (même si, sans doute pour donner une portée plus universelle, le pays n’est jamais nommé), sur la résistance dans la tourmente, et qui prend sur la fin des accents de tragédie grecque. Le film n’est jamais pesant, jamais ennuyeux, il nous tient en haleine constamment. Il est très bien construit et par un habile jeu d’allers et retours temporels tout l’historique et la complexité des évènements nous apparait tandis que nous est révélé le drame individuel de la femme dont on suit l’histoire. C’est un film dont on a peu parlé finalement bien qu’il ait eu dans l’ensemble une bonne critique. En tout cas c’est incontestablement pour moi le meilleur des films vus depuis ce début d’année.


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