Samedi dernier c’était la manif citoyenne contre les dérapages sécuritaires et la discrimination ethnique. J’y ai retrouvé une bande de blogueurs, Kozlika et sa troupe, toujours grande fédératrice d’énergies mais aussi mes amies Fauvette, Traou ou Elisabeth. C’était bien d’être là avec d’autres, avec des gens de connaissance. Dans les rares manifs auxquelles j’ai participé ces dernières années j’ai trop souvent souffert de solitude dans la foule, maintenant que je n’ai plus d’appartenance et on ne ressent jamais la solitude avec plus d’intensité que lorsqu’on est noyé dans la foule.

Notre petit groupe palliait à ce sentiment d’isolement sans être une appartenance justement, nous avons sûrement les uns et les autres des approches et des références bien différentes mais c’est très bien pour une manifestation comme celle-ci. Un moment on s’est trouvé coincé entre Lutte ouvrière et les anars, ce positionnement extrême ne m’aurait guère convenu mais très vite heureusement on s’est retrouvé à proximité du Mouvement des avocats et du Syndicat de la magistrature. Là ça m’allait beaucoup mieux et on a fait toute la manif dans ces parages.

J’ai fait bien sûr un peu de tourisme manifestatoire, montant et descendant le cortège : ici un groupe tonique et joyeux de l’Unef et des lycéens, là des groupes assez nombreux de politiques, chacun cherchant à affirmer son parti, des groupes d’africains et leurs percussions et puis ici le Chant des Partisans, venu de la camionnette du syndicat du nettoyage parisien, et la montée d’émotion que m’occasionne toujours ce chant, chant guerrier pourtant...

La plupart des manifestants cependant défilaient en silence. D’un côté ça fait un peu mou, un peu triste, mais d’un autre côté c’est aussi bien. Moi-même je me sens incapable désormais de crier des slogans. J’ai observé un moment d’ailleurs une femme qui criait dans un mégaphone derrière une camionnette : menton en avant, visage dur et fermé, sourcils froncés, corps secoué d’une sorte de spasme à chacune des reprises de son cri, comme si elle jouissait. Désormais une certaine façon d’être dans le militantisme me parait presque effrayante, quelles que soient les causes.

Je n’ai pas pris de photos. J’avais mon appareil pourtant mais ça ne m’a fait aucune envie, je n’ai pas voulu dédoubler mon regard.