Je suis au bureau et complètement apathique depuis le début de l’après-midi.

Ça m’arrive de temps en temps, mais rarement avec autant d’intensité qu’aujourd'hui.

Il y a ce temps épouvantable qui n’aide pas, cette pluie sous laquelle je suis parti au bureau ce matin dans le jour peinant à se lever, cette pluie qui a continué une bonne partie de la matinée, ce gris qui perdure et noie tout. Déjà le jour baisse. On va passer de la nuit à la nuit.

Je n’arrive à me mettre à rien et ce matin déjà je n’ai pas été un foudre de productivité.

J’ai devant moi une pile de dossiers que je dois annoter. C’est une activité récurrente tous les ans à la même période. Ça fait partie du côté administratif de mon travail, c’est une activité très formelle, répétitive, sans enjeu. Cette année j’ai particulièrement du mal à m’y mettre. L’approche de la « quille » y est sûrement pour quelque chose. Je suis encore dans le boulot et en même temps je n’y suis plus tout à fait. Je sais que je ferai ce qu’il faut au dernier moment mais dans la presse et l’agacement. Je voulais m’avancer, faire ça tranquillement. Je n’y parviens pas.

Je regarde par la fenêtre. Je baille…

J’ai essayé de me mettre à autre chose. Rédiger des billets par exemple auxquels j’avais pensé ces derniers jours, sur des lectures notamment. Je n’y parviens pas plus. Je sais que je ne suis jamais très à l’aise pour travailler pour moi quand je suis au bureau, mais il n’y a pas que ça. Il y a la perte de motivation par rapport à l’écriture et mes interrogations constantes. Je ne me dis ni que j’arrête, ni que je continue. Dans le surgissement du moment, dans la communication qu’elle permet cette écriture a un sens, enfin un peu de sens. Dans son accumulation c’est plus douteux. Je cyclothymise sérieusement en ce qui concerne la tenue de ce journal !

Le week-end dernier j’ai travaillé sur les fichiers word dont il est constitué. Tout ce qui est ici, tout ce qui est dans mes anciens Echos, les pages aussi que je laisse volontairement hors ligne, soit près de 1500 pages quand même, dans une police serrée. Je voudrais en tirer une version papier, proprement présentée, ce qui implique un boulot non négligeable de mise en page. Mais remuer tout ça, plonger dans des textes écrits il y a des années, constater les récurrences et se confronter violemment à l’implacabilité du passage du temps, ce n’est pas précisément agréable et ça fiche plutôt le bourdon !

Pourtant c’est moi. Et maintenant que c’est écrit, je me dis que tant qu’à faire, autant le préserver, en faire une trace visible, lisible pour ceux qui me suivront, la trace d’un type comme un autre en ce début de 21° siècle.

Enfin je ne sais pas et c’est bien pour ça que j’oscille autant dans l’écriture. Par moment il y a une vraie joie à écrire et alors c’est infiniment plaisant. Par moments il y a le sentiment du dérisoire. A d’autres moments encore il y a juste le besoin d’écrire, soit par une sorte de réflexe d’addiction, soit pour contrecarrer l’ennui (comme par exemple en ce moment même !). Besoin ne veut pas forcément dire envie, le besoin peut parfaitement s’accorder avec le dégoût ou la détestation !

Bon, je suis parti loin au fil de la plume. J’en suis venu à ces mots là, pas spécialement plaisants ! Je ne sais si je vais les mettre en ligne. Quel intérêt pour les autres que ces considérations rebattues et que mes atermoiements. Ils n’ont pour eux que d’être la vérité de mon ressenti à l’instant où j’écris. Ils me sortent du pire de l’apathie, c’est déjà quelque chose. Mais bon à part ça…

(Ecrit au bureau entre 16h et 17h, gardé en magasin en hésitant à publier puis mis en ligne sans trop relire et sans m’attarder avant d’aller me glisser au lit avec un bon bouquin, le meilleur moment de la journée !)