Ce matin, en sortant pour aller au bureau… D’abord cette impression de légèreté parce qu’il fait doux. Se dire : Tiens j’aurais pu mettre la veste et non le manteau ». Laisser le manteau ouvert. Tourner son visage vers le soleil un peu voilé. Entendre chanter les oiseaux qui s’en donnent à cœur joie. Ce petit air de printemps...

Ressentir cela en contraste aussi avec des pensées plus sombres qui virevoltent, autour de ce qui se passe au Japon, autour du grand inconnu du nucléaire. On croyait avoir pris les précautions nécessaires en terme de risques sismiques et pourtant… Je n’approuve pas les discours qui mettent le principe de précaution à toutes les sauces et qui fantasment une société où le risque n’existerait plus. N’empêche avec le nucléaire on est dans un registre particulier où on ne peut pas se permettre même un risque extrêmement faible car les conséquences en cas d’accident peuvent être véritablement catastrophiques. Faudrait que je discute de tout ça avec mon fils, jeune physicien très passionné de nouvelles énergies, mais qui considère, tout en votant néanmoins écolo, que les discours des anti-nucléaires sont démagogiques et irréalistes…

Tiens, surprise, voici que je croise les jumelles ! Pfou ça date ! T’en souvient-il Coumarine ? Cela faisait au moins deux ans que je ne les avais pas vues et, si j’avais pensé à elles, je crois bien que j’aurais imaginé qu’elles étaient mortes. Et bien non ! Les voici, égales à elle-même, un peu plus voûtées sans doute, mais toujours habillées strictement pareil d’un même manteau beige, toujours l’une tenant le bras de l’autre qui doit s’appuyer sur une canne, c’est la seule différence notable entre elles…

J’aime bien ce moment de sas, cette marche d’une petite demi-heure pour rejoindre mon bureau en empruntant de petites rues calmes et quasi provinciales, surtout quand les conditions météo sont celles là, permettant la légèreté. J’aime aussi ce moment où j’y arrive, vers huit heures et demi. J’y suis le premier, presque une heure avant les collègues et avant l’ouverture au public. Quand j’en ouvre la porte, je m’y sens chez moi, c’est presque comme si j’entrais dans une « chambre à moi », celle qui parfois me manque à la maison dans la promiscuité familiale. Je me demande parfois, s’il ne m’arrivera pas de regretter ces instants, dans quelques mois, lorsque j’en aurai fini de l’activité professionnelle. C’est le moment de mon efficacité maximum lorsque j’ai beaucoup de choses à faire pour le travail. Et c’est celui, dans les périodes plus calmes comme en ce moment, où je peux me permettre des échappées, m’autoriser à venir poser des mots pour moi, pour retenir mes impressions fugaces, ces pensées pendant la marche qui a précédé...