C’est vraiment déprimant ce retour. Je suis confronté à quantité de dysfonctionnements du vaste système dans lequel mon service est un intervenant marginal, on essaie tant bien que mal de régler des situations mais on rencontre parfois des impossibilités administratives quasi kafkaïennes. Dans ces périodes la part gestionnaire de nos tâches l’emporte, la part humaine, celle qui peut être attachante, est réduite à la portion congrue.

Dans ce tournis je ne me suis même pas arrêté plus que ça sur l’idée que c’était ma dernière  vraie rentrée !!!

A vrai dire je ne l’ai même pas encore intégré profondément. Ça me paraît tellement étrange, improbable, irréel, que j’atteigne au cours de l’année à venir ce temps de ma vie où il va devenir possible que je demande « à faire valoir mes droits à la retraite » comme on dit. C’est pour ça que j’ai mis un point d’interrogation, j’ai du mal à croire moi-même que j’en suis là, je n’ai encore acté nulle part cette décision, elle reste en quelque sorte virtuelle. Mais ma décision est prise depuis longtemps, ça fait plusieurs années que je sais que je partirai dès que je pourrai et mon vécu professionnel de cette rentrée ne fait qu’accentuer les choses. Je serai loin d’avoir les annuités nécessaires pour toucher une retraite complète mais, basta, je ferai avec ce que j’aurai, le privilège de ne pas avoir de loyer à payer et d’être propriétaire de ma maison (et même de deux) m’y autorise.

Mes collègues au bureau commencent à me questionner. Je resterai muet le plus longtemps possible. Ils savent qu’une personne dont, disons, le style de management est très différent du mien et beaucoup moins cool, lorgne sur le service. Ils me disent : « tu ne t’avises pas de prendre ta retraite, hein, reste longtemps encore ». C’est plutôt plaisant de s’entendre dire ça mais bien sûr ça ne changera rien à mes choix.

Hier je disais qu’il était temps que je passe à autre chose. Et je savais bien qu’il y avait cette perspective. Mais il est un peu plombant de penser que cette autre chose c’est la « retraite » avec tout ce que porte ce mot. Naturellement je n’ai nullement l’intention de le prendre à la lettre, j’essaierai de vivre ce temps comme un nouveau départ, comme un plus de liberté, comme l’occasion de faire des choses rêvées, remises depuis longtemps. Mais cela me renvoie tout de même à cette incapacité que j’ai eu de rebondir professionnellement lorsque j’ai réalisé que je ne m’épanouissais pas vraiment dans mon boulot. Et ça ne date pas d’hier. Vraiment pas. A part le fait de candidater puis d’obtenir une fonction de responsable de service au sein de ma petite corporation, toutes mes autres envies de remises en cause plus radicales n’ont jamais été que des rêveries, au mieux des amorces de préparatifs de changement, jamais je n’ai été au bout d’un projet. Ma peur du changement et de la prise de risque m’a vissé à ce qui n’était pas si mal, à ce qui m’offrait un salaire décent, la sécurité, de bonnes conditions de travail. J’ai eu quelques satisfactions professionnelles naturellement mais jamais, sauf au tout début, je n’ai été passionné par mon travail. Je me fais l’effet de Swann constatant après trop d’années à propos d’Odette: « décidément elle n’était pas mon genre ». Ce qui est douloureux ce n’est pas tant finalement de n’avoir pas bougé que le sentiment de ma propre pusillanimité que cet immobilisme réactive sans cesse en moi. Je pense avec une sorte d’envie ou plutôt avec de l’admiration à mon ami aux quatre métiers. Non tant pour les métiers par lesquels il est passé (ou va passer) mais pour ce que son parcours révèle de sa capacité personnelle à oser des remises en cause parfois aventureuses mais sources de rebonds et finalement d’avancées. Cela vaut pour la vie professionnelle mais sans doute pas seulement pour elle !

Valclair retraité l’an prochain ! Non, j’y crois pas…