Après ce bref séjour à Sète nous voici « chez nous ».

De moins en moins je dis la maison de mes grands-parents et de plus en plus je dis « chez nous ». Je m’approprie psychologiquement cette maison ce qui n’était pas forcément évident au départ. Peut-on se mettre dans les pas de ceux qui nous ont précédés et se sentir chez soi et non pas comme en visite, comme en occupant illicite ? A modifier la disposition, le mobilier, l’esprit du lieu ne trahit-on pas et si on le conserve au contraire tel qu’en lui-même peut-on se sentir vraiment chez soi ? L’incendie il faut dire à fait beaucoup pour nous aider, ne laissant pas d’autre choix qu’une rénovation radicale et surtout en nous donnant la possibilité financière de le faire.

Une chose est sûre, je me sens très bien ici et j’ai de plus en plus envie de ne pas trop traîner pour en faire mon point d’attache principal. Les réticences qu’avaient Constance à venir s’installer ici s’effacent (sans doute a-t-elle perçue que de mon côté la décision qui murissait lentement avant l’incendie est devenue irrémédiable, dès lors qu’on se lançait dans les travaux de rénovation) mais elle est manifestement beaucoup moins pressée que moi de quitter Paris. J’aurais volontiers migré dès cet automne, nous attendrons le suivant.

Le temps a été merveilleux pendant la plus grande partie de notre séjour. Fraîcheur du matin, fond de l’air doux mais soleil généreux et déjà chaud. Repas du midi pris sans difficulté au jardin, celui du soir à l’intérieur encore. Dehors les floraisons, les iris et l’odorante glycine et même, inattendu, dans une plate-bande les clochettes délicates d’une bonne dizaine de pieds de muguet arrivés là par quel hasard. Le matin le soleil qui entre à pleines brassées côté chambre, illuminant l’éveil et, depuis la baignoire inondée de lumière, la vue du ciel et le balancement doux des branches du cèdre du jardin (quel contraste avec ma minuscule salle de bains parisienne sans air et sans lumière du jour !). L’après-midi et le soir soleil au contraire côté de la place, côté séjour et bureau, dorant les meubles. J’aime à m’y tenir dans ce bureau, à y lire ou à y écrire. Ne manque plus que l’abonnement internet mais ce sera pour cet été.

Nous sommes encore très occupés. Nous avons les dernières visites d’entreprise avec quelques queues de travaux, petites bricoles qui étaient restées en suspens et quelques erreurs ou malfaçons à faire corriger. Reste l’aménagement intérieur. Nous y travaillons mais à un rythme choisi, sans bousculade. Nous avons remis les tapis, raccroché quelques cadres, ressorti quelques bibelots. Pour d’autres on attend, on va voir ce qu’on a envie de remettre, pas tout certainement, on apprécie les pièces pas trop chargées et qu’il y ait des espaces nus et des respirations, cela nous change de Paris où les livres et les objets, dans un espace évidemment beaucoup plus resserré nous étouffent.

On a été pas mal occupé aussi par la lutte contre le petit peuple des mites ! On s’est aperçu que les deux meilleurs sommiers et les deux meilleurs matelas de la maison, dont ceux du lit que l’on occupe, en étaient infestées ! Malgré les traitements appliqués tout de suite mais à l’efficacité manifestement très relative, on retrouvait chaque matin des larves bien vivantes, alors, chaque matin, literie défaite, matelas tournés et retournés, coup de bombe antimite et branlebas d’aspirateur ! En partant on a appliqué un traitement de cheval, emballé couvertures et tapis des chambres dans des sacs plastiques fermés avec du produit. Pas sûr que notre puissance de feu en sera venue à bout ! On verra bien. Agaçant mais il faut en sourire.

Les deux derniers jours le temps a changé. Le ciel était toujours aussi bleu mais le vent d’Autan s’est mis de la partie. Il est toujours spécialement violent dans notre petite ville, on y marche courbé quand on est face au vent, il heurte de plein fouet la maison côté jardin, le choc contre la façade crée des tourbillons, ça mugit et ça secoue de partout, ce ne sont plus balancement doux des branches des arbres et toutes les fleurs de la glycine ont été dispersées, pas question de laisser les fenêtres ouverte et même il faut tenir les volets fermés pour éviter qu’ils ne claquent. Pas moyen évidemment de déjeuner dans le jardin ou d’aller y lire le journal mollement installé sur une chaise longue. Au printemps il n’est pas encore chaud comme il l’est l’été (ce qui le rend alors particulièrement désagréable), et du coup quand on met le nez au jardin on se croirait presque en Bretagne par temps de tempête, l’air marin en moins. Constance déteste ce vent, moi je m’en accommode plus facilement mais je dois bien reconnaître que quand il souffle plusieurs jours d’affilée il finit par porter sérieusement sur les nerfs. Mais bon il faut bien que le lieu ait tout de même son petit inconvénient !

Demain, retour Paris !


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La glycine, avant le vent, et, au gré d'une promenade, un petit cimetière de campagne qui me touche bien plus que le cimetière marin...